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Les grandes mutations de la Chine vues par un chanteur de rock sino-américain

Frugalité, consommation de masse et luxe tapageur.

Alignement de Ferrari sous la tour TV de Shanghai. En dépit de la campagne de frugalité lancée par le régime et malgré la lutte contre la corruption, les modèles haut-de gamme de Ferrari, Aston Martin Maserati et Mc Laren se vendent toujours très bien en Chine. S’il est vrai que Ferrari a connu un recul en 2016, pour Mc Laren, Porsche et Maserati l’année, durant laquelle le nombre de millionnaires a augmenté de 10%, fut même une année de ventes record. L’engouement est resté intact en 2017 en dépit des taxes imposées en décembre appliquées aux véhicules de plus de 1,3 millions de Yuan (160000 €).


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En 30 ans la vie quotidienne a également connu de considérables bouleversements. Alors que les carrioles à légumes et à choux ou chargées de briquettes de charbon compressé tirées par des mules ont disparu, que les vélos noirs ont été remplacés par les tout terrains modernes aux couleurs vives des lycéens de la classe moyenne et que les embouteillages congestionnent les centre-ville, les banques, autrefois lentes et procédurières, offrent des services en ligne à leurs clients qui payent tous leurs achats par téléphone portable, depuis le café à « Starbuck » à la Toyota hybride dernier modèle.

Quand les anciens petits, étroits et instables « minivans » que les Chinois appellent les « mianbao che 面包车 – combi – baguette » produites par Daihatsu à Changchun se font plus rares, Kuo constate, au milieu des voitures occidentales aux noms imagés qui sont autant de slogans publicitaires, Volkswagen Jetta, (大众 捷达 dazhong jieta- “grand triomphe populaire“ –) Mercedes 奔驰 (benche, “galop rapide“) et des BMW (宝马- Baoma “cheval précieux”), que les Citroën 雪铁龙 (Xue Tie Long, Dragon de neige d’acier) tentent laborieusement de concurrencer, la prolifération anormale du très grand luxe signé Ferrari ou Maserati, tandis que les Audi noires de l’administration sont devenues les symboles de la corruption bureaucratique.

Par son ampleur et sa puissance, la révolution des télécom fut plus étourdissante que partout ailleurs dans le monde, évidemment articulée à la démographie et à l’engouement irrépressible de la classe moyenne.

La bourrasque des nouvelles technologies.

Le graphe montre la progression des abonnés à Internet depuis 2005, passés de 111 millions à 731 millions en 2016 et un taux de pénétration multiplié par 7. En août 2017, le nombre d’internautes était passé à 751 millions avec un taux de pénétration de 54,3% contre 53,2% six mois plus tôt.


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Alors qu’à la fin des années 80 l’installation d’un téléphone fixe pouvait prendre des semaines et coûtait une petite fortune très au-dessus des moyens d’une famille moyenne, réservant le téléphone uniquement aux privilégiés de l’élite, la mode des « smartphones » et d’Internet a ébouriffé la société chinoise de plus en plus « connectée » avec 900 millions de portables et près de de 800 millions d’abonnés à Internet et aux réseaux sociaux Tencent, Sina.com, Sohu, 163.com, ce qui porte le taux de pénétration d’Internet à 53,2% (chiffres 2016).

Leur prolifération, cependant étroitement surveillée par le régime, est une réponse à la censure des sites étrangers comme Facebook, Youtube, Twitter, Instagram, Snapchat, Picasa, Google et quelques autres. Le régime les tolère tant que leur arrière plan reste ludique ou ne dépasse pas un niveau d’échanges d’idées politiquement acceptable et ne se fourvoie pas dans la consultation de sites politiquement ou moralement « toxiques ».

Consommation, restauration, pollution.

Les supermarchés n’ont plus rien à envier aux grands magasins occidentaux. Ici un Carrefour à Zhuhai, près de Canton.


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L’autre tourbillon accentuant encore le puissant marquage consumériste de la Chine fut l’accès des chinois à une grande variété de produits alimentaires et de consommation courante. Alors que dans les années 80 les Chinois étaient tenus à distance des « magasins de l’amitié » réservés aux étrangers et que le choix de légumes se limitait aux choux et aux oignions stockés dans les cours et les escaliers d’immeubles, aujourd’hui la classe moyenne envahit les supermarchés, centre commerciaux et galeries marchandes n’ayant souvent plus rien à envier aux enseignes occidentales ou japonaises.

Les marchés et les innombrables restaurants, au moins dans toutes les villes de premier rang, proposent de vastes assortiments de denrées allant de la viande importée au Whisky en passant par les fromages, le lait et les yaourts.

Alors que jusqu’à la fin des années 80, la grande majorité des restaurants était pilotée par la puissance publique et gérée de manière bureaucratique avec un sens commercial voisin de zéro et des horaires administratifs fixes, aujourd’hui il n’y a pas qu’une profusion des restaurants de luxe, mais également un large assortiment d’établissements accessibles à la classe moyenne où le service et la cuisine sont excellents.

Mais la dérive consumériste aggrava encore les conséquences de la prévalence accordée à l’industrie et eut de considérables conséquences négatives pour l’environnement.

Quelques effets indésirables.

Pour autant, bien que moins directement visibles, les changements les plus radicaux depuis moins de 30 ans eurent lieu dans les domaines des mutations sociales et culturelles. Leur échelle est si vaste et si brutale que la plupart des peuples en auraient subi de graves conséquences psychologiques. Mais en Chine, s’il est vrai que tout le monde ne semble pas être sorti mentalement intact de ces bouleversements, la majeure partie des gens s’est montrée étonnamment stable, résiliente et souple.

Une des raisons est probablement que, pour la majorité des moins de 40 ans (environ 800 millions), la vie n’a cessé de s’améliorer au fil des années et tout au long de leur expérience vécue, produisant une sorte d’optimisme dynamique mêlé au sentiment que tout leur est du, conduisant à une hypertrophie des attentes. Rares sont par exemple les pays de la planète où de jeunes diplômés de l’université se plaindraient, comme c’est aujourd’hui le cas en Chine, de ne pouvoir acheter un appartement à la fin de leurs études.

Enfants gâtés, « petits empereurs » et désert moral.

Après 30 années de politique de l’enfant unique, et de développement accéléré, les conséquences sur la jeunesse sont contrastées. A côté des enfants gâtés et pleurnichards on trouve une catégorie de jeunes exigeants et sûrs d’eux-mêmes à l’excès, avec peut-être un déficit de spiritualité et, dans les cas les plus graves, de sens moral.


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La politique de l’enfant unique a également produit toute une génération de jeunes citadins dont les plus âgés ont aujourd’hui à peine plus de trente ans, ayant grandi sans frères ni sœurs avec autour d’eux 6 adultes (2 parents et 4 grands parents) très indulgents, souvent trop complaisants. Les conséquences sont disparates et parfois contradictoires.

S’il est vrai que les généralisations trop hâtives autour du syndrome du « petit empereur - 小霸王 xiao bawang - » peuvent être trompeuses, il est néanmoins exact qu’on rencontre souvent des jeunes émotionnellement infirmes, dépendants, trop gâtés, et à la fois insatiables et pleurnichards. D’autres sont indépendants – parfois de manière excessive -, égocentriques sûrs d’eux-mêmes et bien plus dénués de complexes que leurs aînés.

En même temps on ne peut nier que leur état d’esprit est comparativement plus préoccupé de consommation que de spiritualité. S’il est vrai que les jugements sur le « vide spirituel et moral » de la société chinoise sont en partie outrés, force est de reconnaître que nombreux sont les jeunes chinois dont les références morales sont fragiles.

L’attrait obsessionnel de l’argent est manifeste comme ailleurs, mais en Chine il atteint un niveau déprimant. Les vertus de la frugalité y ont dérivé vers la cupidité et la tendance aux combines au point que souvent l’éthique des affaires a disparu et que dans la société le niveau de confiance est faible.

Dans les zones urbaines, la règle est de jouer des coudes accélérant considérablement le rythme de la vie quotidienne avec, de surcroît, attisée par une frénésie de voyages à l’étranger, une mutation de l’ancien état d’esprit insulaire à la limite de la xénophobie il y a moins de 40 ans vers une sorte de dévotion sans limites aux nouvelles manifestations techniques de la culture occidentale.

Allant du piratage généralisé des musiques, des films et des logiciels à la dépendance totale à Internet et au portable, l’engouement va aussi à la découverte assez récente du tourisme de masse qu’il s’agisse de celui de l’extérieur vers la Chine ou de celui des Chinois vers l’étranger.


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