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Les retours de flamme de la « politique d’une seule Chine »

NOTE de CONTEXTE

Les coulisses politiques des tensions.

Tout en mettant en garde les États-Unis contre le non respect de la politique d’une seule Chine et, exerçant de sévères pressions contre Taipei, la Chine a réaffirmé sa volonté de coopérer avec Washington. Photo Wang Yi, ministre des Affaires chinois, lors du sommet de l’ASEAN, le 26 juillet 2016 à Vientiane (Laos).


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Le potentiel de crise s’exprime à Taiwan par la relative stabilité du consensus sur la nature politique séparée de l’Île. Mais les sondages reflètent aussi une inquiétude face aux crispations, en même temps qu’un ressentiment latent à l’égard des politiques de part et d’autre du Détroit, incapables de gérer la situation de manière apaisée.

Quant aux élites dirigeantes, tout en considérant que la variable Trump confère une marge de manœuvre à l’exécutif taïwanais, elles expriment aussi la crainte que la nouvelle politique chinoise de Washington ne soit en réalité qu’un marchandage au détriment de Taiwan.

Membre de la délégation taiwanaise venue assister à l’investiture de Trump, l’ancien premier ministre Yu Shyi-kun (2002 – 2005) sous la présidence Chen Shui-bian, s’en est ouvert à Edwin Feulner (75 ans), ancien président du Think Tank conservateur Heritage Foundation qui l’a rassuré en évoquant le Taiwan Relation Act. Mais, en dépit des bonnes paroles, le malaise des élites taiwanaises, aujourd’hui placées entre l’inconnue américaine, les pressions chinoises et les attentes contradictoires du peuple, n’est pas près de disparaître.

Au pouvoir, le KMT instille l’angoisse de rapprochements dangereux avec le Continent laissant craindre une « réunification rampante ». Quant au DPP, une fois aux responsabilités, il réveille mécaniquement le harcèlement diplomatique et les pressions chinoises, et, dans l’opinion, la crainte d’un dérapage militaire dont la population de l’Île ne veut pas.

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La montée des tensions est également perceptible au travers des prises de position de l’entourage de Trump auxquelles répondent celle du politburo à Pékin et des grands centres de recherches du Régime.

A Hong Kong, le South China Morning Post a passé en revue l’entourage du nouveau locataire de la Maison Blanche et fait le point de ses récentes déclarations sur les relations sino-américaines, auxquelles il ajoute celles du « Hudson Institute » et de « Heritage Foundation », deux « Think Tank » ayant été en partie à l’origine de la pensée stratégique de Trump.

En contrepoint, le journal passe en revue les réactions du politburo et celles de la nébuleuse des centres de recherche qui gravitent autour de l’exécutif chinois. L’assemblage de ces morceaux choisis dessine l’image impressionniste des tensions qui montent.

On notera que, même modérée par quelques personnalités dont les discours tranchent avec les attaques de Trump et de ses proches, la gamme des prises de positions américaines est nettement plus agressive que celle de l’exécutif et des centres de recherche chinois.

Déclarations chinoises.

Zhi Luxun

Ce Vice directeur au ministère du commerce considère que les positions de Trump à l’égard de la Chine ont ajouté une incertitude et une instabilité au commerce avec les États-Unis. Wang Hejun, son collègue au département des enquêtes commerciales estime à la suite des accusations de Trump selon lesquelles la Chine manipulerait sa monnaie, que les perspectives sont sombres. (Note : l’accusation de manipulation est inexacte. Depuis juillet 2005, quand Pékin a laissé flotter sa monnaie, il est vrai de manière très encadrée, la valeur du Yuan a augmenté de 22,6%.

Wang Yi

Le ministre des Affaires étrangères affirme que « Ceux qui tentent d’attaquer la politique d’une seule Chine soulèvent un rocher qui leur retombera sur le pied ».

Fu Ying

L’ancienne ambassadrice à Londres et présidente de la Commission des Affaires étrangères de l’ANP met en garde : « Si l’émotion et les aigreurs américaines sur la propriété intellectuelle et le taux de change dominent les sentiments de Washington à propos de la Chine au point de modifier sa politique, il en résultera une crise des relations bilatérales ».

Chang Wenquan

Le ministre de la défense accuse : « Certains pays qui ne voient que leurs propres intérêts de sécurité au détriment de ceux des autres, ne cessent de renforcer leur appareil militaire et leurs alliances »

Académie des Sciences Sociales

Le plus puissant centre de recherche de Chine créé en 1977 et affilié au Conseil des Affaires d’État à la valeur académique incontestable dont les prises de position reflètent celles du Politburo, reconnaît les tendances protectionnistes de Trump et anticipe qu’il maintiendra une ligne dure antichinoise articulée autour de menaces de sanctions. Yu Yongzheng suggère à l’exécutif de tenir compte de la personnalité de Trump et de ne pas céder aux menaces. Pour lui une réponse ferme et directe pourrait être plus efficace que des tentatives de compromis.

L’Institut des Affaires étrangères

Le creuset de la diplomatie chinoise, estime que D. Trump poursuivra la bascule stratégique vers l’Asie, mais qu’il focalisera plus sur la compétition commerciale avec, en arrière plan, une culture de marchandage. Sa stratégie montre qu’une part importante de ce qui fait la complexité de la relation sino-américaine lui échappe.

L’Institut chinois des études internationales (Waijiaobu)

Pour son président Su Ge, les conflits commerciaux vont s’envenimer, mais les attaques unilatérales de l’une ou l’autre des parties infligeront des dommages aux deux économies.

Centre des Etudes Internationales et Stratégiques

C’est le plus influent centre de recherche dans son domaine, rattaché à l’Université de Pékin (Beida).
Dirigé par Wang Jisi, qui fut Directeur des Etudes américaines à l’Académie des Sciences Sociales, le Centre a, en 2015, produit un rapport signé de Wang qui mettait en garde les États-Unis contre les idées trop radicales à l’égard de la Chine.

Elles mettraient en danger la coopération stratégique et inciterait la Direction chinoise à répondre aux provocations par des réactions dures. Tout récemment, Wang a estimé que la plus grande menace posée par les États-Unis n’était ni économique ni militaire, mais politique. « L’Intention des États-Unis a toujours été de renverser le Parti Communiste et de manipuler notre politique intérieure ». Au passage cette appréciation est celle qui a le plus imprégné l’actuelle direction politique du Régime.

L’université du Peuple

Etablissement d’enseignement supérieur connu pour sa pertinence académique en sciences humaines et sociales. Pour Jin Canrong, « par le passé les États-Unis se sont alliés à la Russie pour contenir la Chine. Trump reprendra cette stratégie ». En 2014, Jin avait suggéré à la direction chinoise de ne pas se mêler de la question ukrainienne en Europe et de rester ambigüe sur l’annexion de la Crimée, ce qu’elle a fait.


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