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Les retours de flamme de la « politique d’une seule Chine »

Les coulisses politiques des tensions (suite). La nouvelle galaxie du pouvoir à Washington.

Avec une majorité de son cabinet et l’appui des think-tanks conservateurs, Trump, ici en couverture du Global Times, surgeon national-populiste du Quotidien du Peuple, est clairement sur une trajectoire de confrontation avec la Chine.


*

Peter Navarro (67 ans)

Dr en économie de Harvard connu pour ses prises de position dures à l’égard de la Chine et co-auteur du livre jugé à la fois pessimiste et alarmiste par le New-York Times « Death by China, Confronting the Dragon – A Global Call to Action » (2011), choisi par D. Trump pour diriger le Comité National pour le Commerce, nouvellement créé et directement lié à l’exécutif.

Ayant affirmé que la Chine mettait en œuvre une « politique commerciale de destruction massive des emplois » contre les États-Unis, il suggère de « riposter de manière globale et agressive. ».

Robert Lightizer (69 ans)

Ambassadeur itinérant au commerce, en charge des négociations internationales (Trade Representant), ancien de l’administration Reagan, connu pour ses positions protectionnistes et antichinoises. A la date de la rédaction de cette note, il n’avait pas été confirmé à son poste.

En 2008, il écrivait « Les partisans du libre-échange embrassent leurs idéaux avec une passion qui ferait passer Robespierre pour un modéré ». Pour lui « les marchés ne se portent pas mieux quand les unités de production industrielles migrent vers la Chine, encouragées par l’action du gouvernement américain ».

Wilbur Ross (79 ans)

Proposé, mais non confirmé au poste de Secrétaire d’État au commerce, le milliardaire, Wilbur Ross est connu pour ses opérations financières articulées autour du rachat à prix cassés de sociétés en difficultés et de leur revente avec de substantiels bénéfices « La Chine est à la fois le plus important fraudeur commercial et le pays avec lequel les États-Unis ont le plus gros déficit commercial ».

Rex Tillerson (64 ans)

Proposé, mais non confirmé au poste de Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, ingénieur de formation, il est l’ancien PDG d’Exxon Mobil, n°1 mondial des hydrocarbures.

En dépit de ses connexions d’affaires et de sa proximité avec la Russie qu’aux États-Unis beaucoup critiquent, son expérience stratégique internationale est limitée. Face à Pékin il a adopté une position dure : « Nous devrons envoyer à la Chine un signal clair indiquant non seulement qu’elle doit cesser le bétonnage des îlots en mer de Chine du sud, mais aussi que nous allons lui en interdire l’accès ».

Michael Flynn (58 ans)

Conseiller pour la sécurité nationale. Ancien officier général, Directeur des renseignements militaires (DIA) révoqué en 2014 par Obama qui lui reprochait son style de commandement brutal et son franc parler public mettant en cause ses collègues et sa hiérarchie.

Co-auteur du livre à succès « The Field of Fight : How We Can Win the Global War Against Radical Islam and Its Allies » (2016), il exprime une vision globale, très sommaire et américano-centrée des soutiens aux terroristes islamistes mis dans le même sac que « les ennemis de l’Occident », dans lesquels il inclue la Chine : « Les Islamistes radicaux sont alliés à des pays et des groupes qui, bien que n’étant pas toujours des fanatiques, sont animés par la même haine à l’égard de l’Occident : la Corée du Nord, la Russie, la Chine, Cuba et le Venezuela ».

James Mattis (66 ans)

Confirmé au poste de Secrétaire d’État à la Défense. Ancien officier général des Marines, parlant vrai et droit, au discours parfois choquant sur la guerre (en 2005, dans une discussion publique, il avait affirmé qu’on « pouvait éprouver du plaisir à tuer certaines personnes »), ancien chef des opérations au Pentagone, il est l’un des militaires américains les plus influents du moment.

Sur la Russie, qu’il considère comme une menace à l’égard des États-Unis, ses convictions stratégiques sont opposées à celles de Rex Tillerson et de D. Trump. A l’égard de la Chine dont il admire l’Art de la guerre de Sun Zi, il prône la fermeté. En 2015, il faisait pression pour augmenter la puissance navale des États-Unis « Il faut nier à la Chine son pouvoir de veto territorial en mer de Chine du sud ».

The Heritage Foundation

Centre de recherche conservateur créé en 1973 dont la pensée a influencé la vision stratégique de D. Trump. Selon les services de renseignements taiwanais, l’ancien président du Centre, Edwin Feulner, proche de Taiwan, aurait été à l’origine du coup de fil de félicitations de Tsai Ing-wen à Trump. Lire notre article Tempête autour d’un échange téléphonique

En réponse aux réactions de Pékin qui s’offusquait du coup de fil, Stephen Moore, l’économiste du Centre, ancien conseiller de Reagan, a suggéré, sans s’embarrasser de subtilité ni de diplomatie « Si les Chinois n’aiment pas, qu’ils aillent se faire “encul..“ (…) Peu m’importe qu’ils se sentent insultés ».

L’incidence qui nous ramène au « Fuck the EU » que Victorial Nuland sous secrétaire d’État aux Affaires étrangères d’Obama avait lancé à son Ambassadeur à Kiev alors qu’il lui recommandait de ménager les Européens, montre qu’à Washington, le langage de charretier n’a pas de parti. Une chose est sûre, comme le soulignait Sylvie Kaufman dans Le Monde du 9 février 2014, « la parole gagne en clarté ce qu’elle perd en élégance. »

The Hudson Institute

Centre de recherche conservateur créé en 1961 ayant lui aussi contribué à instruire Trump sur les questions stratégiques. Pour Mike Pillsbury, Directeur des questions chinoises, l’échange téléphonique entre Tsai et Trump est « un coup de génie ». Il a contribué à jeter la lumière sur le harcèlement chinois contre Taiwan depuis l’élection présidentielle de janvier 2016 ayant porté au pouvoir la mouvance indépendantiste de l’Île. Pillsbury estime aussi que Washington doit renforcer sa capacité et son esprit de compétition avec la Chine et cesser de la considérer comme un partenaire.

Stephen Bannon (63 ans)

Conseiller pour les affaires stratégiques. Ancien officier de marine, homme de média à succès aux centres d’intérêts éclectiques, doué pour les affaires et la finance, proche du très conservateur « Tea Party », catalogué comme un « nationaliste blanc » et intéressé par l’Asie, il attribue l’échec de la bascule stratégique d’Obama vers l’Asie à la faiblesse du dispositif militaire américain engagé dans le Pacifique, à la suite de la réduction du budget de la défense.

Stephen Mnuchin (57 ans)

Secrétaire d’État au trésor, non confirmé. Ancien de Goldman Sachs, Mnuchin est un expert de la finance, sans expérience de l’État et en apparence sans conviction politique précise. Sa présence dans l’équipe Trump contredit le discours d’une Maison Blanche opposée à la finance et à Wall Street. Ses vues sur la Chine sont plus modérées que celles de Trump. Il sait notamment que l’accusation de manipuler le Yuan est inexacte.

Elaine Chao (63 ans)

Secrétaire d’État au transport. Non confirmée. D’origine taiwanaise, née à Taipei ayant déjà occupé le poste de ministre du travail sous la présidence de Georges Bush et de vice-ministre des transports sous Bush père, Chao est la fille d’un armateur originaire de Shanghai, ayant fui la Chine communiste vers Taiwan en 1949.

Titulaire d’un MBA de Harvard, Elaine Chao est aussi accusée avec son mari, le sénateur républicain McDonnel, d’une trop grande proximité avec les affaires chinoises. Dans les tensions qui montent avec la Chine, elle est un élément modérateur en opposition frontale avec Navarro et M. Flynn. « Les relations sino-américaines sont parmi les plus importantes relations de la planète. Pour leur intérêt et la paix dans le monde, Washington et Pékin doivent développer une relation bilatérale efficace et profitable au deux parties ».

Mike Pence (57 ans)

Le Vice-président est un autre modérateur dans les tensions sino-américaines. Ancien membre du Congrès et gouverneur de l’Indiana, avocat de formation, évangéliste fervent, Mike Pence est un défenseur du libre échange ce qui le met en porte à faux face au Président. Sa position à l’égard de la Chine est également plus conciliante, même si à l’occasion il s’est insurgé contre l’invasion de l’acier chinois subventionné.

Terry Branstad (70 ans)

Ambassadeur en Chine. Ancien gouverneur républicain de l’Iowa six fois réélu, Branstad doit sa nomination à une rencontre avec Xi Jinping datant de 1985 durant une visite dans la province du Hebei où l’actuel président chinois était chef de district. En retour, le futur ambassadeur invita le futur président chinois à visiter l’Iowa. Ce qu’il fit quelques mois plus tard au sein d’une petite délégation venue officiellement s’informer sur l’agriculture aux États-Unis.

A l’annonce de la nomination de Branstad, le Politburo a aussitôt exprimé sa satisfaction en le qualifiant de « vieil ami de la Chine ».

Jared Kushner (36 ans)

Conseiller spécial à la Maison Blanche.
Gendre de D. Trump, héritier du magnat de l’immobilier Charles Kushner, J. Kushner recherche les investissements chinois dont certains sont proches du pouvoir à Pékin. Ce qui pose la question, soulevée par le New-York Times, d’éventuels conflits d’intérêts entre les affaires de la famille Kushner et la nouvelle politique chinoise de la Maison Blanche.



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