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Les voies modernes et anciennes vers la démocratie. Espoirs et embûches

La structure clanique réinvente la démocratie.

D’après une étude du « Social Science Research Council (SSRC) », organisation internationale basée à New-York, dont les résultats avaient été publiés en janvier 2012 (Protests, Democracy, and Kinship Organizations in China), on assiste en Chine à la résurgence des réseaux familiaux, dont l’efficacité a été étudiée au travers de l’incident de Wukan de l’automne 2011.

Dans ce village minuscule de 13 000 habitants, la population, normalement éclatée par de nombreux intérêts divergents avait réussi à s’organiser avec une exceptionnelle efficacité. Soudés par un sentiment de confiance sans faille, les habitants ont créé des groupes de travail, se sont partagés les tâches, ont recueilli des dons, et procédé à leur distribution. Plus encore, pour échapper aux représailles policières qui répriment les regroupements de nature politique, ils ont agi clandestinement, et associé tous les résidents à leur action, évitant ainsi les risques de fuite et de trahison.

Cette performance a été possible grâce aux réseaux familiaux. Organisées autour des lignages patriarcaux, ces organisations, encore très actives dans la campagne chinoise, qui peuvent compter plusieurs centaines de milliers de membres, se regroupent autour des hommes portant le même patronyme, qui, en théorie, les renvoie à un ancêtre commun. Elles gèrent spontanément les affaires locales qui vont des services sociaux d’entraide aux donations et garantissent l’équité entre les membres.

Le Parti qui y voit une forme de sujétion destinée à tenir la population dans la dépendance économique, politique et spirituelle en confortant les discriminations, s’était appliqué à les éradiquer. Catalogués comme ennemis du peuple, les réseaux familiaux claniques avaient en effet disparu à la fin de la révolution culturelle, comme avaient été éliminés les documents généalogiques, les autels et les tablettes des ancêtres, tous détruits, comme des réminiscences féodales.

Mais le PCC n’a pas réussi à éradiquer l’esprit de l’organisation elle-même, les liens ancestraux et le partage des rôles. Peu après la fin de la révolution culturelle, ce tissu reprit de la vigueur, ponctué par les cérémonies aux ancêtres et les services à la communauté. Progressivement, il devint aussi la colonne vertébrale de la contestation sociale.

Quand la population de Wukan décida de basculer dans la manifestation de rue, l’organisation trouva très rapidement son efficacité. Agissant en dehors d’internet, trop surveillé par les autorités, un noyau dur d’une cinquantaine de personnes fut mis sur pied autour des principaux chefs des lignées familiales.

Contrairement à l’image autocratique véhiculée par le Parti Communiste, les clans familiaux sont des organisations démocratiques qui choisissent leurs chefs, non seulement en fonction de l’ancienneté, mais également sur des critères d’intégrité, d’impartialité, de capacités de leadership et de force de caractère, dont l’importance prend aujourd’hui le pas sur l’âge.

Les décisions qui prennent soin de ne marginaliser personne, ne se prennent pas à la tête et sont le résultat des discussions dans des réunions ouvertes où toutes les opinions peuvent s’exprimer. C’est cette machine clanique qui s’est mise en branle à la fin 2001 à Wukan, quand les villageois jeunes et vieux décidèrent de marcher sur la mairie et d’en découdre avec la police qui fut contrainte d’abandonner le village.

L’ancienne administration corrompue et complice de la captation de terres concédées sans concertation à un développeur immobilier qui distribue des pots de vin, ayant également été contrainte de fuir le village, les 47 clans désignèrent rapidement une assemblée locale chargée de définir une stratégie, de répartir les rôles, d’organiser l’information régulière de la population, de définir une politique de communication par le truchement de journalistes contactés secrètement, de lever des fonds et d’administrer le village.

Surtout, 13 représentants élus à partir de 117 représentants furent désignés comme « l’assemblée exécutive transitoire », chargée de diriger le village et de négocier avec les autorités, au nom de toute la population.

Cette organisation familiale spontanée qui fait revivre un schéma collectif ancestral semble opposée à la conception démocratique moderne qui privilégie le partage des pouvoirs et la responsabilité individuelle. S’exprimant par le truchement du suffrage universel qui, par divers scrutins et procédures donne la parole à des formations politiques opposées, il choisit à la fois un exécutif et le contre pouvoir des assemblées. Mais l’enchaînement des événements à Wukan indique que les voies de l’émancipation politique peuvent être diverses.

Dans ce cas , elles ont précisément emprunté des structures traditionnelles, dont les théoriciens de la démocratie ont toujours réclamé l’abolition. Ce qui tend à montrer que le transfert du pouvoir au peuple ne passe pas nécessairement par des partis politiques à l’occidentale, mais peut se construire de manière pragmatique, à partir des traditions populaires existantes.

Mais la route qui conduit à la disparition des spoliations, de l’arbitraire et des connexions affairistes est encore longue.


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