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›› Politique intérieure

Liberté de culte. Renaissance du verbe révolutionnaire. Lacunes de l’état de droit

Renaissance de la rhétorique révolutionnaire

Après Bo Xilai, secrétaire du Parti de Chongqing, c’est au tour de Wang Yang n°1 du Parti à Canton et proche de Hu Jintao, d’adopter un discours aux références révolutionnaires. Il y a une semaine, au cours d’une session d’études organisée dans sa province, il soulignait que les leçons de la guerre civile étaient toujours valables.

La remarque, qui renvoyait aux qualités de l’APL, principal facteur de victoire sur le Guomindang, a d’autant plus éveillé l’attention des observateurs qu’elle vient d’un militant de l’ouverture et de « la libération de la pensée », opposé à la langue de bois et aux faux semblants, connu pour son pragmatisme et ayant, en principe, tourné la page de la période idéologique.

Le retour aux sources révolutionnaires dans le discours politique en Chine s’inscrit dans un contexte où la plupart des élites politiques du Régime s’inquiètent, sans vraiment pouvoir y remédier, du fossé qui s’élargit entre le peuple et le pouvoir.

L’exemple vient d’en haut. Conviction ou machiavélisme, Hu Jintao, lui-même confronté aux inégalités croissantes de la société chinoise, et à la recherche d’une « démocratie conviviale, aux caractéristiques chinoises », débarrassée des risques du multipartisme, a souvent répété que la solution des problèmes de la Chine résidait en partie dans le retour au marxisme et à l’idéologie maoïste, tempérés par les traditionnelles valeurs confucéennes.

Mais le champion de cette tendance, qui confine au populisme, est le SG du Parti de Chongqing, Bo Xilai, fils de Bo Yi Bo, d’un des « huit immortels » du Régime, symbole syncrétique aux références à la fois taoïstes et révolutionnaires. Depuis son accession à la tête de la municipalité la plus peuplée de Chine en 2007, Bo Xilai n’a en effet pas cessé d’accumuler les références à la geste maoïste, qui, par ces temps de grandes inégalités, continue d’éveiller des échos au sein des laissés pour compte, offusqués et frustrés par les dérapages de la corruption, et des injustices.

Au point que la municipalité de Chongqing est devenue une référence en matière d’aides sociales - notamment dans le domaine du logement -. Récemment, le vice-président Xi Jinping en visite dans la municipalité autonome la plus peuplée de Chine a ouvertement loué les résultats et le style de Bo Xilai, qui s’inspire des vieux chants révolutionnaires (chang hong) et de l’étude des classiques maoïstes, considérés par le futur président comme « d’excellents moyens d’éduquer les masses et les cadres du Parti » (Willy Lam. Jamestown Foundation 17 décembre 2010).

Le retour aux références maoïstes apparaît aux yeux de quelques observateurs comme un pis-aller face aux contradictions de la société chinoise, impossibles à surmonter en l’absence de réforme politique. Selon Zhang Ming, professeur de sciences politiques à l’Université du Peuple, il s’agirait là d’un des signes les plus préoccupants de la détérioration de l’environnement politique en Chine.

D’autres y voient la mise en ordre de bataille de clans rivaux en amont du 18e Congrès, entre les partisans de Xi Jinping, à qui certains attribuent un tropisme conservateur, peu enclin aux ouvertures politiques, et ceux de la mouvance réformatrice plus proche de Wen Jiabao, mais dont la voix et l’influence ont fortement perdu en intensité depuis le dernier plenum

Etat de droit.

Le 29 novembre dernier, le Conseil des Affaires d’Etat publiait un document étrange en neuf points, intitulé : « Opinion du Conseil des Affaires d’Etat sur la consolidation d’un gouvernement obéissant à la force de la loi », dont l’Article 1er indiquait « que, compte tenu des défis qui attendent la Chine, allant du développement inégal entre villes et campagnes au déséquilibre grandissant entre les revenus, et contribuant à la multiplication des conflits, à la corruption et aux dysfonctionnements de l’appareil judiciaire, il était impératif d’établir un gouvernement fidèle aux principes de l’état de droit ».

Soulignant en contrepoint les lacunes de l’actuel système politique, le document se présente comme un vade-mecum de la bonne gouvernance, assorti d’injonctions qui mettent l’accent sur la formation des cadres du Parti aux principes de l’Etat de droit. Il appelle à l’élagage juridique des règlements et des procédures administratives et consacre de longs développements au suivi et à l’évaluation des décisions, ainsi qu’aux bienfaits de la transparence, condition essentielle de la responsabilité du gouvernement.

« En dehors de secrets d’Etat ou des secrets industriels, l’information ouverte doit être la règle et non pas l’exception. Elle doit tout particulièrement s’appliquer en matière de finances publiques, où la présentation du budget doit inclure tous les revenus du gouvernement ».

L’accent est mis sur la transparence « des secteurs des infrastructures et de l’aide sociale », des « budgets de fonctionnement des administrations, des entreprises et des services publics ». A cet effet le document recommande l’utilisation intensive d’internet, qui est aussi le moyen d’améliorer les relations entre le public et les administrations.

Cette prise de position édifiante du Conseil des Affaires d’Etat, qui sonne comme un rappel à l’ordre adressé au Comité Permanent, porte la marque de Wen Jiabao, champion des réformes politiques et de la modernisation de l’état. Le document semble avant tout cibler la corruption et l’injustice, fruits de l’opacité et des interférences politiques dans le système judiciaire, maintes fois critiquées par le Premier Ministre.


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