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Meng Wanzhou est rentrée à Shenzhen. Les deux Canadiens prisonniers en Chine ont été libérés

Le 25 septembre, Meng Wanzhou est arrivée à Shenzhen par avion spécial affrété par le gouvernement chinois. On ne mesurera jamais assez l’humiliation ressentie par le régime que la fille du PDG de Huawei, symbole de la réussite technologique chinoise, ait été retenue à Vancouver pendant près de trois ans avec un bracelet électronique au pied. L’arrangement qui a permis sa libération a été initié par la justice américaine qui, a l’évidence, a recherché un apaisement politique. En revanche, les charges contre Huawei n’ont pas été abandonnées.


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Alors que l’arrestation de Meng Wanzhou à Vancouver le 1er décembre 2018 était devenu le symbole de la rivalité globale entre Pékin et Washington (lire : Meng Wanzhou, symbole de la rivalité globale avec Washington), le 25 septembre, après 33 mois en résidence surveillée au Canada, Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei et fille de Ren Zhengfei le fondateur et PDG du groupe est rentrée à Shenzhen, par vol spécial affrété par le gouvernement chinois.

Le jour même, elle était apparue par vidéo-conférence au tribunal de Brooklyn à New York pour conclure avec la justice américaine un accord qui diffère jusqu’à la fin 2022 les poursuites qu’elle encourt.

Impliquée dans les tensions sino-américaines à propos de l’Iran, elle fut le bouc émissaire des accusations de Washington irrité par les contournements des sanctions contre Téhéran. Plus précisément, elle était accusée de fraude bancaire pour avoir permis à Huawei de continuer à opérer en Iran en cachant à l’investisseur HSBC ses liens avec sa filiale Skycom domiciliée à Hong Kong et toujours active en Iran.

L’arrangement de différer les accusations jusqu’en 2022, comportait une contrepartie.

La justice américaine à la manœuvre. Huawei toujours sur la sellette.

Autorisée à plaider non coupable des accusations de contournement de l’embargo, Meng devait en revanche reconnaître qu’elle avait induit en erreur HSBC à propos de Skycom. Ce qu’elle a accepté de faire en signant le procès-verbal de cinq pages à l’en-tête du ministère de la justice américain (pdf) différant l’accusation jusqu’au 1er décembre 2022.

En échange, David Kessler, représentant le ministère américain déclara qu’il abandonnerait la demande d’extradition au Canada et recommanderait aux juges canadiens de libérer Meng Wanzhou sans le versement d’une caution. Ultérieurement, les charges contre Meng pourraient être abandonnées à condition qu’elle ne revienne pas sur ses déclarations.

Alors que Meng était à bord de son vol retour, Hua Chunying, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères déclarait que les accusations portées contre elle étaient politiquement fabriquées 对孟的指控纯属捏造.拘留是“任意”的 et que sa détention arbitraire avait harcelé 政治迫害事件une citoyenne chinoise « ordinaire 一名普通的中国公民 » avec pour objectif « d’abattre les entreprises de haute technologie chinoises, 目的是打压中国的高技术企业. »

L’arrivée de Meng à Shenzhen a été retransmise en direct par la télévision nationale où elle a été accueillie comme une héroïne. Alors que le plus haut immeuble de la ville portait sur ses façades l’inscription lumineuse rouge « 欢迎 孟晚舟 回家 - Meng Wanzhou, bon retour à la maison », Meng a posté sur WeChat sa gratitude pour « le puissant soutien de la nation chinoise ayant permis sa mise en liberté », ajoutant, non sans emphase patriotique, que « si la foi avait une couleur , ce serait assurément le rouge de la Chine 如果信念有颜色, 那一定是中国红 ! ».

Quand bien même Pékin avait toujours nié que la détention en Chine des deux Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor n’avait pas de rapport avec le cas de Men Wanzhou, le 25 septembre, son élargissement a aussitôt entraîné leur libération. Lire : La diplomatie du chantage. Quand le rapport de forces subjugue le droit.

Enfin - le point est rarement commenté - la justice américaine n’a pas renoncé à une action contre le groupe Huawei lui-même. Ce dernier, toujours vigilant et combatif, a officiellement réagi.

Encore n°1 mondial des équipements télécoms et n°2 des portables en 2018, aujourd’hui en sérieuse perte de vitesse suite aux coups de boutoir des sanctions américains [1] (lire : Huawei sévèrement touché, mais pas coulé. La guerre sera longue et difficile), le groupe a répondu qu’il continuerait à se défendre contre les accusations de la justice américaine.

Lire à ce sujet les vulnérabilités de Huawei et sa stratégie de contre-attaque : Guerre commerciale, rivalité d’influence. Huawei dans l’œil du cyclone.

Note(s) :

[1Le 1er août 2021, Huawei a publié un déclin historique de ses revenus en recul de 30% au cours du premier semestre 2021. La contraction est due à une série de causes cumulées. La vente d’une partie des actifs du secteur des portables ; les obstacles posés par Washington à l’accès aux technologies américaines et notamment aux microprocesseurs et au système d’exploitation Android de Google.


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