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Mer de chine du sud. Mythes et réalités

Une revendication musclée…

Un garde-côte chinois près du récif des Scarborough occupé par la Chine depuis 2012. Les bâtiments chinois parfois équipés d’armes lourdes tiennent à distance les pêcheurs philippins en dépit du fait que le récif se trouve dans les ZEE des Philippines.

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La Chine n’est pas la seule à affirmer ses droits avec force. Les Philippines qui avaient été occupées par le Japon durant la guerre, ont commencé à réclamer des îlots des Spratly contre le Vietnam en 1968, date à laquelle des troupes de Manille ont pour la première fois été envoyées sur certains des plus grands îlots. Aujourd’hui, dans les Spratly, le Vietnam occupe 22 îlots, récifs et bancs de sable, la Chine 14, Taïwan une seule île qui est aussi la plus grande : Itu Aba [3], les Philippines 7, à l’est de l’archipel, tandis qu’au sud, la Malaisie en occupe 5 et Brunei 2. Quant aux îles Paracel réclamées par Pékin et Hanoi, elles sont contrôlées par la Chine, depuis la bataille de janvier 1974 entre les marines chinoise et vietnamienne.

…contre le Vietnam…

En mars 1988, 14 ans après la conquête de vive force des Paracels par l’APL qui tira profit de l’engagement de l’armée vietnamienne contre les États-Unis, un autre incident militaire meurtrier eut lieu entre les marines chinoise et vietnamienne aux abords des Johnson reef dans les Spratly qui coûta la vie à 64 marins vietnamiens.

Même si les responsabilités de l’ouverture du feu sont difficiles à établir, la violence de l’épisode contredit les intentions pacifiques chinoises et montre la détermination souverainiste de Pékin. Au début des années 90 la Chine a construit des digues protégeant le récif à marée haute. Depuis 2014, les travaux de remblaiement ont augmenté la surface du récif jusqu’à 11 hectares, tandis que l’APL y a installé un radar.

La force des revendications chinoises continue à s’exprimer par les pressions des garde-côtes chinois ou même par des démonstrations de forces de la marine de l’APL dans des zones très éloignées du continent.

…les Philippines…

En dehors du rejet philippin de la revendication extravagante sur toute la mer de Chine par Pékin, le litige avec Manille prend aussi racine dans l’occupation en 2012, par les garde-côtes chinois du récif des Scarborough. Situé dans la Zone Economique Exclusive (ZEE) des Philippines à 130 nautiques à l’ouest de l’ile de Luzon et à 500 nautiques des côtes chinoises, le récif entre dans la catégorie des espaces de ZEE où la convention sur les droits de la mer attribue aux riverains un droit de préemption. Mais en avril 2013 les garde-côtes chinois armés de mitrailleuses chassèrent les pêcheurs philippins de la zone et mouillèrent des cordages pour en bloquer l’accès.

Au total, le durcissement chinois au large des Philippines jetait une ombre sur les perspectives des pourparlers avec Pékin pour un Code de Conduite efficace, au milieu de tensions qui prirent une dimension internationale. Le 14 mars 2013, le Parlement européen manifesta en effet son soutien aux Philippines par une résolution appelant Pékin à « respecter la charte des Nations Unies dans la poursuite de ses objectifs de politique étrangère ».

Le texte appelait aussi tous les protagonistes au calme, à s’abstenir de toute action militaire et à s’en remettre aux instances d’arbitrage internationales, conformément au droit de la mer. Dans cette zone, comme en Mer de Chine de l’Est, il faudra plus que des discours diplomatiques pour calmer le jeu.

…et la Malaisie

A la fin mars 2013, plusieurs bâtiments de guerre de marine chinoise ont effectué une manœuvre de souveraineté pour affirmer la présence chinoise sur le récif de James Shoal Zeng Mu An Sha 曾母暗沙 en Chinois, situé à 80 km des côtes malaisiennes et à 1800 km du continent chinois. Sur la photo le bâtiment porte chalands de débarquement Jinggangshan.

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Mais l’une des initiatives les plus sensibles de la marine chinoise, complètement à rebours de ses déclarations de bonnes intentions sur le code de conduite [4], eut lieu du 23 au 25 mars 2013, quand une force navale ayant quitté Sanya le 19 mars, composée d’un destroyer, de deux frégates et du porte chalands de débarquement de 19000 tonnes Jinggangshan, effectua une manœuvre amphibie aux abords des récifs de James Shoal - Zeng Mu Ansha - 曾母 暗沙 - en Chinois -, avant d’en prendre possession symboliquement par une cérémonie militaire organisée sur l’un des îlots.

Sur une des banderoles rouges déployées par les militaires chinois on pouvait lire « Zu Guo, Women Hui Lai Le ! 祖 国 我 们 回 来 了 !- Mère Patrie, nous sommes de retour ! ». voir la vidéo de CCTV China’s Navy fleet 中国海军 oath-taking ceremony @ Zengmu Nansha Islands ( James Shoal)

Il s’agissait de l’opération la plus au sud de la Mer de Chine jamais lancée par l’APL, à 60 nautiques des côtes malaisiennes, visant la revendication territoriale de Pékin la plus éloignée du continent chinois, à 1640 km de Hainan. Le 26 mars 2013, le Quotidien du Peuple présentait l’exercice comme une patrouille et un entraînement de routine, destinés à affirmer la souveraineté de la Chine dans la zone. Ni Washington ni Kuala Lumpur n’avaient réagi.

Les incidents contredisaient également la promesse faite le 5 avril 2013 par le n°1 chinois Xi Jinping au Sultan de Brunei, à l’époque président en exercice de l’ASEAN, selon laquelle la Chine favorisait la résolution négociée des conflits : « Pékin », avait dit le président, « souhaite développer le dialogue et la communication avec les membres de l’ASEAN, pour, ensemble, maintenir la paix en Mer de Chine du sud ».

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Après avoir attisé la fureur de Manille et de Hanoi, les incursions des garde côtes chinois commencent à éveiller la méfiance agacée de Kuala Lumpur, pourtant resté placide après l’importante manœuvre navale décrite plus haut dont une réplique a eu lieu en janvier 2014, exécutée sans préavis sur le récif de James Shoal situé dans la ZEE malaisienne. En mars dernier, un patrouilleur de la marine malaisienne a été choqué par la manœuvre d’un garde-côte chinois fonçant sur lui à pleine vitesse au large de Sarawak.

Précédemment, d’autres incursions de garde-côtes chinois eurent lieu aux abords des récifs riches en pétrole de Luconia, à 80 nautiques des côtes malaises. Le gouvernement malaisien poussé à la prudence par l’importance de ses relations économiques avec la Chine, a cependant décidé d’établir une base marine avancée avec des hélicoptères et des drones dans la région de Miri à 80 nautiques des gisements de Luconia.

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A ces crispations avec Manille et Kuala Lumpur, accompagnées par le raidissement de Djakarta, s’ajoute l’extraordinaire flambée de violence contre les intérêts chinois au Vietnam en mai 2014. A l’origine, la revendication globale sur la quasi totalité de la mer de Chine exprimée par la « ligne de base en 9 traits » de Pékin qu’aucune instance juridique internationale n’a jamais reconnue et que plusieurs pays riverains ont rejetée, y compris l’Indonésie qui pourtant n’a aucun litige territorial avec la Chine.

Alors que la Chine accélérait sa stratégie de « grignotage » par les « zones contigües » autour des îlots élargis par bétonnage sur lesquels elle affirme sa souveraineté, les mouvements populaires anti-chinois au Vietnam orchestrés par le pouvoir couvaient depuis longtemps, mais ils eurent au moins deux déclencheurs.

Alors que Hanoï n’avait jamais reconnu la souveraineté chinoise sur les îles Paracel et niait toujours que leurs abords où CNOOC avait déployé une plateforme de recherche pétrolière, puissent être contrôlés par Pékin, en janvier 2014 l’administration de Hainan publia un nouveau règlement sur les pêches vivement rejeté par le Vietnam qui s’appliquait à une zone couvrant une superficie voisine de 2 millions de km2, soit près de 60% de la mer de Chine du sud.

Note(s) :

[3Taïwan contrôle aussi l’archipel des Pratas ou Dongsha 东沙 d’une superficie de 240 hectares situé à 230 nautiques au sud-ouest de Taïwan et 130 nautiques de Hong Kong. L’archipel qui n’est occupé que par des fonctionnaires régulièrement relevés est une base opérationnelle pour les pêcheurs.

[4Les pourparlers pour la signature d’un code de conduite par les pays de l’ASEAN avancent très lentement prenant pour base la « déclaration sur le Code de Conduite » signée à Phnom-Penh le 4 novembre 2012, qui exhortait à la mesure, à la compréhension réciproque et excluait les provocations et l’usage de la force. Il définissait 5 secteurs de coopération (protection de l’environnement, recherche sous-marine, sécurité des lignes de communication et liberté de navigation, secours en mer, lutte contre le crime organisé, la piraterie et les trafics en tous genres).

En réalité le document signé à Phnom-Penh en 2012 n’a pas apaisé les inquiétudes des riverains attisées par l’extravagance des revendications chinoises sur tout l’espace de la mer de Chine sud, inacceptables par les autres parties.

La déclaration n’offre en effet à la voie diplomatique que des marges tactiques reportant la question des souverainetés aux calendes grecques, pour se concentrer sur les mesures de confiance militaires, la liberté de navigation et la coopération pour l’exploration conjointe et le partage des ressources. La réalité est que la mise sous le boisseau de la question de souveraineté dont Pékin n’accepte pas de discuter, explique que le Code de conduite n’ait jamais été signé.


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