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Nettoyage de la capitale et expulsions. Incendie et polémiques. Les migrants, « citoyens de seconde zone »

Le poids moral de la question des migrants.

Après que l’incendie du 18 novembre ait provoqué la mort par asphyxie de 18 personnes dans un atelier textile en sous-sol, dans le district de Daxing au sud de Pékin, (photo), la mairie a accéléré les démolitions et les expulsions de migrants. L’opération est partie d’un vaste plan d’aménagement urbain de la capitale. Les critiques accusent la mairie de se livrer à une « nettoyage social » pour débarrasser Pékin de ses migrants qualifiés en 2010 par une note officielle de « population de seconde zone ».


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Bien que les autorités nient résolument que « les soutiers du miracle » seraient victimes du mépris de la classe moyenne résidant dans la capitale, une polémique sur ce sujet a tout de même enflammé les réseaux sociaux où des internautes interrogeaient la mairie sur le sort réservé à la population « déclassée » de la capitale « - 低端 人口, diduan renkou- », une expression d’abord utilisée en 2010 dans un document officiel de la mairie.

La censure a aussitôt réagi en supprimant de Weibo les allusions à « une catégorie de population supposée de 2e zone » et a vivement démenti qu’une telle discrimination existait et que l’intention de la mairie était de « débarrasser Pékin des sa population de migrants » comme le suppose un article du South China Morning Post.

Toutes les discussions et critiques sur le sujet ont été effacées, tandis que la censure officielle bloquait les compte-rendu d’investigation des événements par des internautes. Le 28 novembre, le bureau de la censure émettait une directive aux médias stipulant que « la priorité devait être donnée aux rapports officiels ».

Mauvaise image.

L’entrée de Faijiacun (photo de 2014). La destruction est d’autant plus sensible que l’endroit s’est forgé une réputation de « village d’artiste », fréquenté par AI Wei Wei.


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Mais, les contrôles n’empêchent pas les fuites vers les grands médias occidentaux alimentées par des correspondants anonymes. Le 19 novembre, le New-York Times dont le site est bloqué en Chine depuis septembre, révélait l’état d’esprit de quelques expulsés. « Xi Jinping est de ma région » se lamentait une dame Dang Hui’e du Shaanxi où le président a passé sa jeunesse.

Venue à Pékin pour trouver du travail, elle a reçu trois jours de préavis pour évacuer son appartement avec son bébé de 9 mois. « Avons nous des lois pour nous protéger ? » dit-elle s’adressant virtuellement à Xi Jinping, « Vous faites la loi, vous êtes le Président. En quoi vos législations sont elles bonnes pour nous ? ». « Je n’ai jamais vu une chose pareille depuis huit ans que je vis à Pékin » disait une autre femme migrant au sud de la ville où les destructions ont été les plus nombreuses. Debout à côté des décombres de ses étals, elle se lamentait « Pékin ne veut plus de nous. Nous n’avons plus qu’à retourner dans nos provinces ».

Après une description du paysage dévasté comme un champ de bataille par les engins de terrassement - « la moitié du village de Xinjian grouillant de migrants avec leurs enfants il y a seulement deux semaines, n’est plus qu’un champ d’immeubles détruits ; attendant le déblaiement des décombres, les quelques résidents encore présents emballaient leurs affaires dans des valises et des cartons » -, l’article commentait le décalage entre cette situation et les bonnes paroles du Congrès.

« Les expulsions, écrivait le journal, contrastaient de manière saisissante avec la vision de Xi Jinping exprimée dans son discours du 18 octobre d’une « société socialiste modestement prospère de citoyens tous égaux entre eux dont le droit au développement équitable serait complètement garanti », « 全面建设小康 社会 Quanmian jianshe xiaokang shehui - »(…) « 全面 建设 现代 社会 主义 中国 人民 平等 参与 和发展 的权利 得到 充分 保障. – Quanmian jianshe xiandai shehui zhuyi zhongguo renmin pingdeng canyu he fazhan de quanli dedao chongfen baozhang - »

Information objective et censure.

La séquence jette aussi une lumière crue sur les rapports troubles du pouvoir avec l’information. La censure est omniprésente et s’attache à contrôler les réactions adverses des médias et de la société dans un système où, refusant les critiques, le Parti, soucieux de sa prévalence autoritaire, tente de nourrir l’illusion d’une société idyllique sans contestation portée à la fois par les progrès socio-économiques et la propagande nationaliste.

Le même phénomène d’occultation avait eu lieu quand la société de jardins d’enfants RYB – de son nom chinois 红黄蓝教育 Hong Huang Lan Jiao Yu – traduit en Anglais Red Yellow Blue (RYB) – cotée en bourse à New-York avait été confrontée à un scandale de maltraitance des enfants dont les premiers indices apparurent en 2015 à Tiexi dans la province du Jilin où des enfants portaient des marques de coups d’aiguilles infligés par certains éducateurs dont 4 ont été condamnés à 2 ans de prison après que l’école ait été fermée.

En novembre 2017 plus de 10 parents protestèrent que, dans une école RYB du district de Chaoyang à Pékin, leurs enfants portaient des traces de coups d’épingles.

Alors qu’un moniteur a été inculpé et un parent arrêté pour avoir « colporté de fausses rumeurs », le 28 novembre, le Bureau de la sécurité publique de Chaoyang préconisait aux médias « d’éviter « les exagérations malveillantes » et prescrivait aux senseurs de « supprimer du net toutes les exubérances des réseaux sociaux ».


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