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Nouveau coup de boutoir contre les Banques publiques. Dettes et scandales

Graphe Les dettes toxiques chinoises entre 2004 et 2014.

Les créances toxiques à nouveau dans le collimateur

Bien que les communications officielles du gouvernement ne rendent pas complètement compte de l’ampleur des dettes locales, les pouvoirs publics ont clairement pris conscience du risque financier, aujourd’hui encore aggravé par les fragilités du marché immobilier.

Déjà en janvier 2014, un audit public signalait qu’en moins de trois ans, les créances toxiques des administrations régionales avaient augmenté de 64%, tandis que le gouverneur de la Banque centrale mettait en garde contre les détournements de capitaux vers des projets très lucratifs mais peu utiles à l’économie du pays. Le tout accompagnait un tendance accrue à faire appel au marché financier privé mal règlementé encombré par le surgissement de sociétés de financement telles que le « trusts », principaux adjuvants de la finance grise, dont l’objet principal est de contourner les régulations mises en place par le Centre.

Selon la presse chinoise, reprise par l’Ambassade de France en Chine, la crise de la dette serait particulièrement sévère à Shijiazhuang (Hebei), Shenyang (Liaoning), Changchun (Jilin), Harbin (Heilongjiang), Hefei (Anhui), Lanzhou (Gansu), Xi’an (Shaanxi), Wuhan (Hubei), Kunming (Yunnan).

Contagion de l’endettement

Aux dettes des administrations s’ajoutent les créances toxiques des banques qui, selon une synthèse du rapport annuel des 12 premières banques chinoises publié début avril, ont augmenté de 19,5% (soit un accroissement en 15 mois de 16 Mds de $ et une accélération au premier trimestre 2014). Selon un analyste financier cité par le magazine Caixin, il y aurait des signes d’une contagion des créances toxiques vers les banques et une aggravation de l’endettement des filiales des grands groupes généralement considérées comme des clients sûrs, mais abandonnées à leur sort par des maisons mères elles-mêmes en difficultés. Beaucoup ont passé la ligne rouge des 70% d’endettement, notamment dans certains secteurs traditionnels comme l’acier et le charbon, dont les profits se sont évaporés.

Selon Zeng Gang, directeur du centre de recherche sur le système bancaire à l’Académie des Sciences Sociales (CASS), l’ampleur des dettes toxiques n’est pas encore mesurable, mais elle ne fera que s’aggraver dans certains secteurs industriels et dans les réseaux des petites banques de la cote Est, du golfe de Bohai et dans le delta de la rivière des perles. La CASS pointe une nouvelle fois du doigt la région de Wenzhou où l’exposition aux dettes non remboursables est 2,5 fois plus élevée qu’ailleurs et dénonce l’habitude générale de les effacer purement et simplement des comptes, une pratique qui aurait augmenté globalement de plus de 200%, avec les 5 grandes Banques d’État donnant le mauvais exemple puisqu’elles auraient récemment sorti de leurs écritures 10 Mds de $, soit + 159% par rapport à 2013.

Récemment la Commission de régulation bancaire dénonçait l’augmentation des dettes et la mauvaise habitude de certaines banques qui, ayant l’assurance que le gouvernement viendra à leur aide en cas de problèmes, accordaient des prêts à des institutions de financement locales à la crédibilité aléatoire.

Les dettes toxiques sont vendues à des sociétés de gestion et de défaisance comme la China Cinda Asset Management Co.Ltd dont le président Zang Jingfan explique que, dans le secteur productif, la plupart des créances non recouvrables viennent de l’immobilier, des secteurs en surproduction (acier et ciment) et des fabricants d’équipements liés à la protection de l’environnement dont l’offre de mauvaise qualité se heurte à la concurrence globale et souffre du ralentissement du marché en Europe. Enfin, perspectives alarmante, les administrations locales elles-mêmes ont créé leurs propres sociétés de défaisance pour se débarrasser de leurs mauvaises créances.

Mise à jour le 17 août : (Bulletin économique Chine. Ambassade de France à Pékin / DG Trésor). Le 25 juillet la Commission de régulation bancaire chinoise (CBRC) a approuvé les plans de lancement de trois
nouvelles banques privées. La première sera Webank basée à Shenzhen, dont l’un des actionnaires est Tencent, le plus grand portail internet chinois. Les deux autres banques seront implantées à Wenzhou et Tianjin. Les trois ne seront pas opérationnelles avant plusieurs mois. L’initiative vise à améliorer la qualité de l’offre financière aux PME et à mieux réguler le marché du crédit toujours encombré de spéculateurs.

Scandales aux garanties bancaires

Graphe Chute brutale des cours du minerai de fer après l’annonce fin juin de la manipulation frauduleuse des stocks de minerais à des fins de garanties bancaires par la société Decheng Mining, filiale de Dezheng Ressources, basée à Qingdao.

L’imprudence assez générale des banques grandes et petites qui comptent toujours sur le rattrapage par les finances publiques en cas de difficultés, a récemment éclaté avec la mise à jour par un contrôle de la Commission d’audit de deux scandales financiers : le premier concernait le port de Qingdao, le deuxième le commerce de l’or et de ressources agricoles ou minières ; tous deux sont liés à des fraudes à la garantie du risque crédit.

Un audit publié par la Cour des comptes la dernière semaine de juin, a révélé un nombre considérable de transactions du métal jaune falsifiées à des fins garanties bancaires pour obtenir d’importants prêts en partie utilisées par des spéculateurs jouant de la hausse du Yuan ou de la différence des taux de change entre le marché chinois et le marché international.

L’estimation des contrôleurs est qu’entre 2012 et la fin 2013, 1000 tonnes d’or (soit 42 Mds de $ au cours du 26 juin) ont été importées non pas pour répondre à la demande du marché, mais pour obtenir des prêts dans un contexte de resserrement du crédit. Les mêmes opérations frauduleuses qui comptabilisent plusieurs fois les mêmes stocks ont été effectuées avec des réserves de charbon, de coton, de céréales et des stock de minerais.

A Qingdao, 7e port mondial, c’est la société, pour l’instant identifiée par les compte-rendus de presse comme une « société de courtage privée », Decheng Mining, filiale de Dezheng Ressources Holding Co Ltd (dirigée à Qingdao par le Singapourien Chen Jinhong) qui s’est spécialisée dans les opérations frauduleuses de surestimation ou de réutilisation multiple des stock d’aluminium et de cuivre.

L’affaire a fait grand bruit sur le marché financier international car elle expose CITIC Ressources, la filiale de courtage de minerais du plus gros et plus ancien groupe financier chinois CITIC 中国中信集团公司, Zhōngguó Zhōngxìn Jítuán Gōngsī, fondé en 1980 par Rong Yiren, vice-président de la RPC de 1993 à 1998, dont le fonds souverain singapourien possède 11,46% des parts.

A l’annonce du scandale, l’action de CITIC Ressources a baissé de 8% en même temps que les cours du cuivre, du minerai de fer, du coton et de l’acier d’armature, avec un record pour le minerai de fer qui chutait de 25%.


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