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Nouvelles « Routes de la soie » et stratégies indirectes chinoises

L’alliance avec la Russie est un des volets du jeu chinois, motivé par son appétit pétrolier, la méfiance envers les États-Unis et sa stratégie eurasiatique. En Chine et en Russie des doutes subsistent sur la solidité du rapprochement.

Les incertitudes du « Jeu de Go » planétaire.

Dans ce vaste jeu de Go planétaire où, en effet, l’Amérique n’est plus surpuissante, les États-Unis et la Chine, premières puissances économiques de la planète se disputent le magistère moral et l’influence économique et stratégique en Eurasie. Alors que chacun a ses points forts et ses handicaps, les deux s’affrontent d’abord autour de deux conceptions différentes du commerce.

L’une chinoise, toute en souplesse aux règles floues, pilotée par la puissance publique, l’autre américaine corsetée par les règles inflexibles de la libre compétition, de l’abaissement des droits de douane et du respect de la responsabilité sociale des entreprises, où dominent les grandes multinationales, assez souvent américaines, capables de subjuguer par le droit et la finance, la puissance des États.

La force rémanente du magistère américain.

Les États-Unis, dont le système démocratique se pervertit lentement, tentent de corriger une image de puissance égocentrique, militairement intrusive, arrogante, cynique et créatrice de chaos, dont les effets se font sentir à la fois au Moyen Orient et dans la crise ukrainienne, conséquence, entre autres, de l’obsession américaine et « otanienne » « d’abaisser la Russie ».

En même temps, leur redressement économique récent, appuyé par une croissance proche de 3%, les réminiscences des engagements militaires en Asie et Europe au secours du Monde Libre contre des dictatures impitoyables et destructrices et, aujourd’hui encore, contre la peste de l’Islamisme radical meurtrier, la force de leur système éducatif qui permet aux universités américaines de se maintenir sans conteste à la tête du classement mondial, à quoi s’ajoute la rémanence du « rêve américain » qui obsède une partie des élites chinoises tentées par l’immigration, sont autant d’atouts qui confèrent encore à l’Amérique un puissant levier d’influence.

En Asie et dans les pays de l’Europe Centrale et orientale, ces avantages réels ou supposés - mais en l’occurrence, l’image pèse dans les esprits autant que la réalité – attribuent à Washington un pouvoir d’attraction capable de contrebalancer les stratégies chinoises d’autant que la plupart des états européens sont toujours alignés sur Washington et qu’autour de la mer de Chine, les petits pays riverains et, à l’Est de l’Europe, les anciens satellites de l’URSS, craignent la puissance de la Russie et de la Chine dont les intentions sont mal connues et dont l’aptitude au dialogue et au compromis n’a pas toujours été à la hauteur de leurs discours.

Forces et fragilités des stratégies chinoises.

Quant à la Chine, qui répète inlassablement son discours apaisant de bonnes volontés réciproques et de bénéfices partagés, elle avance dans ce jeu avec la formidable puissance de ses finances et l’extrême souplesse de son commerce, bien plus rassurante pour la plupart de ses interlocuteurs que les exigences douanières inflexibles des projets de partenariat trans-Atlantique et trans-Pacifique sous la houlette des multinationales bardées de conseillers légaux dont les objectifs sont essentiellement calibrés par l’exigence du meilleur profit. Un autre avantage et non des moindres est la continuité territoriale entre la Chine et l’Europe.

Pour autant, les stratégies de Pékin qui resteront tributaires de ses formidables appétits énergétiques et d’une longue série d’approvisionnements dans des régions instables, restent fragiles, d’autant que l’alliance avec Moscou, aux prises avec ses difficultés économiques, conséquences des sanctions européennes et de la chute des prix du pétrole est, de l’avis même des stratèges chinois, plutôt aléatoire.

Récemment, Zuo Fengrong, chercheur à l’École Centrale du Parti s’inquiétait de la rivalité avec Moscou en Asie Centrale où dit-il, les Russes pourraient prendre ombrage du caractère invasif des projets chinois. Cette source de friction potentielle s’ajoute à celle liée aux aigreurs possibles du contrat gazier conclu par Moscou sous la pression de l’affaire ukrainienne, à quoi s’ajoutent les ambitions chinoises dans la Baltique qui heurtent de plein fouet les intérêts russes.

Enfin, vus sous l’angle géostratégique, les investissements chinois accueillis à bras ouverts par les pays européens en manque de cash – l’un des derniers en date étant la prise de participation de capitaux privés chinois dans la gestion de l’aéroport de Toulouse -, ne sont pas moins suspects que les projets américains de véhiculer des intérêts égocentriques nationaux ou affairistes.

Nombre d’analystes européens estiment en effet que les intérêts chinois, pas toujours convergents avec ceux de l’Europe, seraient d’autant mieux promus par Pékin que ses finances auront pris pied dans les économies fragilisées, tandis que, compte tenu du flou des structures financières chinoises, la frontière entre capitaux privés et publics chinois est extrêmement poreuse.


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Par Caligula Le 31/01/2015 à 16h09

Nouvelles « Routes de la soie » et stratégies indirectes chinoises.

Bonjour et bonne année.

L’énergie déployée par la Chine pour rétablir la « Route de la Soie » doit être à peu près égale à celle déployée par les USA et leurs alliés pour la contrer.

Ce qui m’interpelle un peu, c’est le positionnement de l’Inde dans ce projet. Inde qui fait l’objet de toutes les attentions de la part des occidentaux mais aussi de l’alliance sino-russe. Entre les visites officielles du président US à New Delhi, l’envoi du porte-avions Charles de Gaulle (histoire de montrer de quoi sont capables les Rafales) à des fins d’exercices conjoints ; l’Inde est en passe de devenir le « gendarme occidental » de cette partie de l’Asie. Mais que fera le nouveau Premier Ministre indou ?
Surtout que le ministre de la défense russe a aussi fait le déplacement, histoire de montrer que le Rafale n’est pas le seul chasseur bombardier sur le marché. D’ailleurs en cas de signature d’un contrat en lieu et place de celui de Dassault, Paris perdrait bien plus que les 1.5 milliards d’€ des Mistrals non livrés...

Pour ce qui est de la solidité de l’alliance sino-russe, si une défaillance devait avoir lieu, elle ne viendrait pas de Moscou. Depuis la crise ukrainienne, Poutine s’est recentré sur l’Asie, et je ne le vois pas opérer un virage à 180° et relancer le projet South Stream.

Enfin, concernant l’OTAN, si les pays membres sont connus, les pays partenaires le sont moins ; et pourtant ils sont répartis sur la planète. La preuve ici : http://www.nato.int/cps/en/natolive/51288.htm

Qui eut crû que la Mongolie avait un partenariat avec l’OTAN ? Pas moi...

Merci pour vos articles, toujours aussi intéressant.

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