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« Nouvelles routes de la soie ». Point de situation

Des absences significatives. Le cas du Sri Lanka.

Avec les États-Unis, premier partenaire commercial et l’Inde, grand voisin et grand rival, tous deux absents, les défections les plus notables, parce qu’elles renvoient à de récentes tensions avec la Chine, furent le Sri Lanka et la Turquie.

Le premier est aux prises avec une très envahissante emprise de la Chine dont les sociétés de travaux ont construit un centre de loisirs et de vie à Colombo et des infrastructures aéroportuaires (aéroport de Matalla) et portuaires (Hambantota) gravement surdimensionnées qui creusèrent inconsidérément la dette.

Pour faire bonne mesure, Pékin avait pesé financièrement dans les élections de 2015 sous la forme d’un chèque de 7,6 millions de dollars révélé par le New-York Times versé sur les comptes de campagne du Premier Ministre Rajapaksa. Son successeur Maithripala Sirisena, confronté à une dette massive dut céder pour 99 ans aux Chinois le port d’Hambantota objet, après le passage de sous-marins de la marine de l’APL, d’une polémique sur sa possible militarisation, démentie par Pékin.

Quel que soit l’angle de vue, la séquence « sri-lankaise » à l’œuvre depuis de longues années (lire : La huitième perle.) est une des expressions les plus significatives des stratégies d’influence de la Chine usant jusqu’à l’excès de la diplomatie financière pour asseoir son rayonnement, au risque d’aggraver la dette des pays cibles.

Quant à la Turquie, ayant récemment exprimé au nom de l’Islam modéré une condamnation de la manière dont les Ouïghour musulmans d’ascendance turque étaient traités par Pékin, elle s’est attirée une longue réponse de la porte-parole du Waijiaobu. Sa vigueur acerbe renvoyait au souvenir cuisant des émeutes d’Urumqi du 7 juillet 2009 où plus de 150 Han avaient été assassinés par des Ouïghour en colère.

Frictions turques.

Alors que la Banque Industrielle et commerciale de Chine 中国工商银行 a, l’année dernière, accordé un prêt à la Turquie de 3,6 Mds de $ pour des projets d’infrastructure, tandis que le groupe chinois Alibaba s’est, moyennant 278 millions de $, emparé de la plateforme turque de commerce en ligne Trendyol, Hua Chunying, la porte-parole du Waijiaobu a vertement exprimé la colère de Pékin.

Après avoir nié les accusations d’Ankara selon lesquelles le poète Abdurehim Heyit serait mort en prison, elle a accusé la Turquie de « déclarations irresponsables, basées sur des mensonges ridicules ».

Puis, revenant sur un des plus grands soucis du régime, représenté par les risques de propagation en Chine orientale de la menace terroriste islamique imbriquée à la contestation culturelle et politique des Ouïghour au Xinjiang, elle a repris le discours officiel du Parti fustigeant les « trois fléaux » du « terrorisme, de l’extrémisme et du séparatisme », ayant au Xinjiang « assassiné un grand nombre de victimes de toutes origines ethniques ».

Elle a ensuite fait l’éloge des « centres de déradicalisation » que Pékin appelle « Centres de formation et d’éducation professionnelle - 新疆职业教育培训中心 – », dont elle affirme « qu’ils sont sages et mériteraient d’être copiés par la Turquie et le reste du monde ».

En même temps, elle a énuméré les efforts de développement du Xinjiang consentis par la Chine pour élever le niveau de vie de la population.

La sècheresse de la réaction révèle cependant une inquiétude où se croisent la crainte de la menace terroriste, l’angoisse face aux menées séparatistes des défenseurs du « Turkestan oriental » et le malaise inspiré par les critiques occidentales stigmatisant l’absence de droit et la règle du Parti unique.

Cette « alchimie » des craintes chinoises s’étaient déjà exprimée le 23 septembre 2014 quand un tribunal d’Urumqi avait condamné à la prison à vie, Ilham Tohti professeur d’économie à l’université des minorités de Pékin, dont le principal tort avait été d’exprimer ses critiques sur la chaîne américaine VOA financée par l’exécutif américain.

Lire : Condamnation à la prison à vie d’un intellectuel ouïghour.

« L’aigle russe » s’est tourné vers l’Est.

Si parmi les grands acteurs, les États-Unis et l’Inde étaient absents, alors que le Japon cherche un apaisement après plus de 10 années de tensions ravivées depuis 2010 (lire : Pékin « teste » le Japon. et Relations Chine-Japon. Les non-dits de l’irrationnel ;) s’il en est un qui a retenu l’attention c’est bien Vladimir Poutine.

Abondamment commenté par les analystes à Pékin et Moscou, l’intervention du président russe n’a laissé aucun doute sur sa proximité avec Pékin et son appui aux « nouvelles routes de la soie ».

Pour lui « l’Eurasie » cœur de son discours dont apparemment il exclut l’Union européenne remplacée par « L’union économique eurasienne » [2], penche clairement vers la Chine. A Moscou, l’Aigle à deux têtes, immémorial symbole des grands princes russes et des Tsars, s’est tourné vers l’Est.

Dans ce contexte où se mêlent d’une part les critiques toutes articulées aux méthodes chinoises creusant une dette insoutenable qui génère une dépendance politique et, d’autre part, les enthousiasmes spéculant sur la vertu de relance des finances chinoises – voir la note de contexte -, l’intervention du n°1 chinois était très attendue.

Xi Jinping « corrige le tir. »

Dans son discours d’ouverture du forum, après avoir répété les bienfaits attendus des nouvelles routes de la soie à la fois pour l’économie mondiale « mieux connectée » et pour les peuples bénéficiant grâce à la Chine d’une élévation du niveau de vie global, le président chinois a fait 5 promesses qui, en contrepoint, reconnaissaient les déficits d’ouverture et de transparence à la fois des projets des routes de la soie et de l’économie chinoise elle-même, dont il faut rappeler qu’elle ne répond toujours pas aux critères du marché auxquels Pékin promet de conformer les nouvelles routes de la soie.

Répétant à de nombreuses reprises l’exigence écologique, Xi jinping a notamment promis d’ouvrir plus encore le marché chinois aux investissements étrangers ; il a également annoncé des efforts pour mieux protéger la propriété intellectuelle et augmenter les importations chinoises de biens et services. Quant à ses 4e et 5e promesses, elles spéculaient sur une meilleure coopération macro-économique internationale et sur l’instauration d’une gouvernance mondiale plus efficace.

Le discours de clôture du 26 avril a tiré le bilan du forum, soulignant que 64 Mds d’investissements avaient été signés, tout en reconnaissant que les projets devaient être plus conformes aux règles internationales de la transparence et mieux se conformer aux lois et règlements des pays traversés. Il a aussi confirmé que la Chine travaillait en coopération avec les institutions financières internationales et « avec des pays et des marchés tiers ».

Enfin, après avoir fait allusion à la guerre commerciale avec Washington, qui à la rédaction de cette note, 3 semaines après le forum, était en train de virer au rouge vif, Xi Jinping a assuré que la Chine ne cherchait pas un surplus commercial, mais seulement « le bien-être du peuple chinois. »

*

Au-delà des promesses l’essentiel reste à faire. Pékin le sait et s’y attelle ou, à tout le moins, y réfléchit.

D’abord pour collecter des fonds extérieurs à la Chine, conditions de la durée ; pour créer une instance de règlements des conflits ; améliorer les retours sociaux des projets ; adopter les comportements chinois aux exigences écologiques et à celles de la responsabilité sociale des entreprises.

Sur la question critique de la dette des pays cibles, le ministère des finances a même lancé un fond pour les pays partenaires des « routes » à faible revenus.

Mais pour répondre au cœur des critiques qui pointent le manque de transparence et une entreprise pharaonique très majoritairement aux bénéfices de la Chine, Pékin devra encore instituer des procédures ouvertes d’attribution des marchés et, pour tenir la promesse de partage avec des pays tiers, une instance de coordination des projets menés conjointement avec d’autres partenaires.

Au passage notons que lors de la visite à Paris du Président Xi Jinping, le 26 mars dernier, le Président français avait répété – appel du pied souvent adressé en vain à Pékin par le passé - la piste « structurante » de coopération possible -, également évoquée le jour suivant par Angela Merkel, entre la France, l’Europe et la Chine en Afrique : « Nous ne sommes pas en Afrique des rivaux stratégiques. Mais nous pouvons y être bien d’avantage des partenaires dans la durée sur les plans de l’éducation de l’infrastructure, du développement et de la sécurité. »

Note(s) :

[2Le discours emphatique évoque une réalité bien plus modeste puisque, pour l’heure, l’Union économique eurasiatique créée en 2015 se compose de la Russie du Kirghizistan, du Kazakhstan, de la Biélorussie et de l’Arménie.

Il est vrai que si elle englobait les pays de l’OCS (Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Inde, Pakistan) comme certains l’anticipent, nous serions en face d’un ensemble regroupant plus de 3 milliards d’habitants (40 % de la population mondiale). Pour autant avec un PIB total de 17 000 Mds de $, elle n’en représenterait que 20% du PIB.

Enfin chacun voit bien les disparités d’un tel ensemble où la Chine domine sans partage et au sein duquel cohabitent de sérieuses rivalités stratégiques et culturelles entre le Pakistan et l’Inde, sans parler du contraste des systèmes politiques aussi différents que l’autocratisme à parti unique chinois et la démocratie indienne, en passant par la démocratie russe de pure façade.


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