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La menace latente d’une crise financière.
Fermentant sous la surface, une crise financière serait déclenchée par la conjonction de deux dysfonctionnements dont l’un est déjà visible : l’accumulation de mauvais investissements générateurs de dettes toxiques non recouvrables. L’autre déclencheur contre lequel le système bancaire tente de se protéger en limitant les concurrences extérieures, serait une panique publique provoquant une épidémie de retraits.
Mais, à force de protections, l’efficacité du système s’est diluée. Alors que, par le passé, les banques publiques furent de puissants adjuvants de la modernisation et de l’aménagement du territoire, canalisant rapidement les capitaux vers les projets immobiliers, les grands ouvrages d’art (barrages, routes, ponts, voies ferrées, canaux) et les activités de production sources de l’excédent commercial, elles sont aujourd’hui moins performantes.
La raison en est que, tenues à l’écart de la concurrence, elles se sont mal adaptées aux conditions plus complexes de la croissance dont les fondements reposent aujourd’hui moins sur l’allocation quantitative de capital que sur l’innovation et la productivité.
Les signes avant-coureurs d’une possible secousse sont visibles. Avant la crise de 2008, les crédits et hypothèques émis par les banques permettaient des retours substantiels de sorte que le ratio macro-économique dettes / PIB, il est vrai élevé, restait stable autour de plus ou moins 100 % de la production nationale.
Mais, après 2010, il a grimpé en flèche à 317% du PIB. La dégradation du ratio suggère l’accumulation de financements ruineux aux rendements aléatoires accumulant les dettes non remboursables et dessinant, selon un rapport de la Commission de régulation bancaire, de sérieux risques de faillites pour les banques de moyenne et petite importance.
Pour cette catégorie de banques locales en majorité rurales, les risques sont encore aggravés depuis que la Banque Centrale a, en réponse à la crise pandémique, baissé les taux d’intérêts impactant directement les revenus des crédits consentis par les banques aux PME qui sont précisément la partie du tissu productif le plus sévèrement touché par la crise.
Le trompe-l’œil de l’ouverture financière.
A la fin juillet de cette année, répondant à des attentes déjà anciennes et après plusieurs annonces dont la première date de 2017 confirmée en 2018 (lire : Ouverture financière et contrôle politique), suivies des mesures d’ouverture ciblées, la Commission de la réforme et développement a supprimé les limites aux investissements étrangers dans cinq secteurs clés du système financiers chinois - Banques, assurance accident et assurance immobilière, assurance vie, gestion d’actifs, courtage d’actifs boursiers et d’investissements à terme -.
Il est trop tôt pour évaluer l’ampleur réelle des pénétrations étrangères dans les puissants enchevêtrements de la finance chinoise où se croisent les intérêts politiques et affairistes et les priorités aujourd’hui très envahissantes du contrôle social. On peut cependant déjà observer que la marge d’intervention extérieure dans le système bancaire est une portion congrue.
Nous l’écrivions il y a deux ans, en 2015 déjà, plus de 95% des actifs des banques étaient détenus par des intérêts chinois. De fait, la décision de supprimer les limites surgit alors que les marges d’intervention étrangère dans le système bancaire sont voisines de zéro.
La situation confirme que la priorité politique du pouvoir est de ne pas laisser les acteurs de la finance internationale contrôler l’épargne chinoise. Les opérateurs extérieurs qui ciblent d’autres secteurs que celui des banques, déjà encombré, l’ont bien compris (note 3).
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L’ouverture annoncée en juillet autorisant notamment les interventions étrangères dans l’assurance vie, n’en constitue pas moins un pas significatif pour la mise en concurrence dans des secteurs où, à côté des géants Ping An (平安) et PICC (Peoples Insurance Company of China 中人民保) déjà engagés dans la digitalisation contrôlée des clients modulant les prix en fonction de leur âge et de leur santé surveillés par « Big Brother », les petites et moyennes compagnies d’assurance se battent pour leur survie au jour le jour.
Ce n’est pas tout. La vérité est que les mesures affichées par la propagande en juillet dernier sont encore loin d’une réelle ouverture financière, puisque pour éviter une fuite des capitaux et les risques pesant sur Yuan, le compte de capital et la devise chinoises restent et resteront étroitement contrôlés.
Discours réformistes, contrôle étatique et monstres industriels.
Dans ce contexte, la situation florissante des groupes publics et des géants de l’assurance, alors que les opérateurs locaux des deux secteurs sont au bord de la faillite, oblige à s’interroger sur la réalité des intentions réformistes de l’actuelle équipe au pouvoir.
L’observation des faits montre en effet que les trajectoires animées par un affichage de puissance nationaliste donnant la prévalence aux géants, empruntent une direction opposée à celle de l’assainissement des groupes publics, du contrôle de leurs dettes, de la souplesse et de la réactivité voulue par Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque Centrales jusqu’en 2018.
La dernière annonce de la méga-fusion des géants publics de la chimie dont les noms chinois sont identiques à un caractère près, Sinochem Group.co 中国中化集团公司 et ChemChina 中国化工集团公司, est le plus flagrant écart entre les discours de l’appareil et la réalité qui, dans ce cas, paraît plus articulée à l’affichage de puissance contrôlée par la bureaucratie d’État centralisée, adossée au « Rêve Chinois » qu’au souci de souplesse et de réactivité industrielle et commerciale de la chimie chinoise.

