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Où en est la reprise économique ?

Les dettes de ChemChina, symbole des réformes en panne.

On se souvient qu’au printemps 2016, ChemChina, l’un des deux protagonistes de cette fusion hors normes créant un monstre industriel dont la capitalisation boursière serait de 114 Mds de $, avait réalisé, déboursant 43 Mds de $, la plus grosse opération de rachat de l’histoire en s’appropriant à la fois le Suisse Syngenta et ses dettes (lire : ChemChina se paye SYNGENTA. Objectifs : progrès technologiques et modernisation des campagnes).

A l’époque du rachat, dénoncé par l’ambassadeur de Chine en Suisse Geng Wenbing et présenté par les critiques financiers sérieux comme le résultat de l’impatience cupide de actionnaires du groupe suisse dont les comptes étaient en pourtant cours de redressement, les dettes de Syngenta étaient, selon Bloomberg, de 22 Mds de $.

Aujourd’hui, plus de quatre années après l’absorption, celles du groupe ChemChina augmenté de Syngenta sont évaluées à 63,6 Mds de $ par le même Bloomberg. Soit + 189 %

La vérité est que le monstre n’a pas réussi à redresser ses comptes, en dépit des annonces initiales spéculant sur l’élargissement du marché du groupe grâce au rachat du géant Suisse. Ce dernier a gardé son marché de n°1 mondial de l’agrochimie, les produits phytosanisatires et les semences, mais la synergie des marchés espérée par ChemChina n’a pas eu lieu.

Lire : China’s Chemicals Mega-Merger May Have Come Too Late

Le 8 septembre, dans Bloomberg, David Fickling, décrivait une inquiétante fuite en avant de l’affichage nationaliste par la taille, ignorant les principes les plus élémentaires de la gestion et révélait que les revenus du groupe ne couvraient même pas la charge de sa dette.

Confirmant qu’un malheur n’arrivait jamais seul, l’article signalait aussi que ChemChina et Sinochem figuraient depuis août dernier sur la liste des groupes que la Maison Blanche considérait passible de sanctions pour leurs relations avec le système militaire chinois.

Pour Flicking, si Washington déclenchait des sanctions, contre le géant hybride sino-suisse, seul un démantèlement de sa fusion avec ChemChina pourrait sauver Syngenta de la ruine.

Vents contraires sino-américains. Routes de la soie en berne. Le vaste espoir du RCEP.

A l’extérieur, l’expansion de l’économie chinoise est placée sous la contrainte insistante des attaques / ripostes de la guerre commerciale avec Washington, aggravée par la pandémie ; elle subit la désaffection du public américain de plus en plus critique de la Chine, poussant Pékin aujourd’hui plus focalisé sur l’Asie du Sud-est, à se détourner du marché américain.

En même temps, l’économie accuse aussi les effets du ralentissement des projets des Nouvelles Routes de la soie.

Le déclin des enthousiasmes est à la fois du à la pandémie et aux effets secondaires de la politique étrangère agressive du « Loup guerrier ». Ces facteurs s’ajoutent aux craintes des partenaires des routes de la soie d’une accumulation des dettes, devenant un levier de pression politique à la racine des accusations de « rivalité systémique », Pékin étant soupçonné de vouloir modifier le paradigme politique des sociétés occidentales.

*

Dans ce paysage de vents contraires, la Chine dispose cependant encore en théorie de la très appréciable marge de manœuvre du « Regional Comprehensive Economic Program (RCEP) – Programme de partenariat économique global – en Chinois 区域全面经济伙伴关系 - ».

Après la fausse manœuvre de l’abandon du « Trans Pacific Partnership » par D. Trump, corrigée en avril 2018 par une volte-face (note 4), le projet RCEP qui fut une initiative conjointe de Pékin et de Tokyo en 2011, porte l’espoir de la plus vaste zone de libre échange de l’histoire, entre les dix pays de l’ASEAN, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Le marché qui met en place la presque totale liberté de commerce avec des droits de douane réduits au minimum, dans un marché équivalent à la moitié de la population du monde et 30% de son PNB, pourrait, disent les experts, ajouter 209 Mds de $ aux revenus globaux compensant en partie les dégâts de la pandémie.

Le 27 août a eu lieu par vidéo-conférence la 8e édition de la réunion des ministres des 15 pays du partenariat, présidée par Tran Tuan Anh, ministre de l’industrie et du commerce vietnamien. La déclaration publiée à l’issue qui laissait présager une signature finale à brefs délais et insistait sur l’importance de la libre circulation commerciale alors que la pandémie avait poussé aux fermetures, a laissé ouverte la participation de l’Inde.

L’incidence est remarquable. Alors que Pékin et New-Delhi s’écharpent à leur frontière himalayenne, la proposition traduit, entre autres, la volonté chinoise de désolidariser l’Inde des États-Unis, alors que Washington utilise le concept stratégique de la zone « Indopacifique » pour minimiser l’importance de la Chine.

Les vastes perspectives ainsi évoquées tracent clairement une route de contournement des États-Unis par la Chine. Il est évident que celle-ci ne serait viable que si l’actuelle direction politique chinoise réussissait à apaiser ses relations avec ceux des pays de la zone, notamment l’Australie et quelques autres de l’ASEAN avec lesquels Pékin a engagé une stratégie de force à l’opposé de la convivialité commerciale nécessaire à la mise en œuvre de l’accord.


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