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ANNEXE
Brève histoire de la croissance chinoise.
Porté par l’exode rural, réservoir de la main d’œuvre à bas coûts, le dynamisme accéléré par l’ouverture au monde du milieu des années 90 et l’entrée de la Chine dans l’OMC à ses conditions en 2001, propulsa l’économie alors « émergente » de la Chine à des taux de croissance 5 ou 6 fois plus élevés que ceux des pays développés.
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Partant de moins que rien à la fin de la catastrophe collectiviste du « grand bond en avant », la croissance explosa d’abord de moins 27% en 1960 à +18,6% en 1964. C’était à peine un rattrapage.
Après une autre secousse idéologique infligée à la Chine par Mao qui installa le chaos de la révolution culturelle pour reprendre la main sur le Parti, à partir de 1967 (moins 5,8%, soit une chute de plus de 16% par rapport à 1966), le pas de la croissance hésita comme celui d’un homme malade.
Après des hauts à +19,7% en 1970, elle atteignit en 1976, six ans plus tard, son dernier point bas à moins 1,6%, avant sa longue chevauchée vers les sommets.
A partir de 1978 (+11,3%) le pragmatisme de Deng Xiaoping la maintint toujours au-dessus de 5%. En 2001, elle était à +8,3%, quand, le 17 septembre de cette même année, son entrée dans l’OMC après 15 ans de négociations la propulsa en 6 ans à +14 % (2007).
Outre le dynamisme de l’économie et les talents commerciaux bien connus des Chinois, l’accélération fut aussi l’effet d’une dispense que Pékin réussit à négocier en se posant à la fois comme un levier essentiel de la croissance mondiale, vaste débouché des économies développées et « le premier pays en voie de développement ».
C’était le principal argument des dérogations qui, par un long texte de 900 pages, accordèrent à la Chine un « délai de grâce » de douze années dit « mécanisme de sauvegarde transitoire » destiné à protéger certains secteurs du marché chinois de la concurrence.
Mais la partie du texte – insérée en annexe sous le titre « protocole d’accession » - qui organisait la fin des exemptions était suffisamment généreux pour que le régime d’exception se prolonge en réalité au-delà de 2013, année de la fin des douze années d’exemption. Il prévoyait notamment que l’application stricte des normes de l’OMC ferait l’objet « d’accords mutuels », qui furent autant de marges de manœuvre utilisées par Pékin pour prolonger les dérogations.
En 2010, la machine tournait encore à +10,6%, dernier point haut historique de la croissance. Depuis elle freine. Après une première chute brutale en 2012 à + 7,86%, conséquence indirecte de la crise asiatique de 2008, la croissance continue à ralentir à un rythme régulier bridé à la fois par la hausse des salaires et l’augmentation des budgets sociaux (retraite, assurance maladie, budgets vieillesse, hausse de l’aide aux défavorisés).
Après 2012, la croissance a d’abord ralenti de manière plus progressive. Elle était de +7 % en 2015 et de +6,8 en 2018. Depuis cette date, elle chute à nouveau rapidement. Fin 2019, les statistiques chinoises l’évaluaient à +6,1%.
En dépit du rythme toujours élevé des investissements étrangers et d’un fort excédent commercial (près de 59 Mds de $ en août 2020) l’arrière-plan économique mondial en récession freine les échanges, pèse sur les profits des entreprises, notamment les PME, qui, en moyenne baissèrent de 27% au cours des quatre premiers mois de 2020.
La tendance est aggravée par les conséquences de la sévère guerre commerciale sino-américaine dont les perspectives sont aussi floues que les conséquences de l’épidémie. D’autant qu’au lieu de diminuer, le surplus commercial chinois des échanges sino-américains augmente. Il était de 34,24 Mds de $ en août contre 32,46 en juillet.
Notes.
Statistiques Chinoises.
1. Le manque de fiabilité des statistiques chinoises ne permet pas une vue précise du choc subi par l’économie.
Lancée en août 2016, « Yicai Global 一财全球 », antenne financière de Shanghai Media Group dont 30% des actions appartiennent au Groupe Alibaba de Jack Ma, travaillant avec Twitter, Bloomberg, Dow Jones, Nikkei, Cheetah Mobile et Flipboard, la société propose une image plus précise de l’évolution du PNB en analysant des agrégats de micro-informations et de données chiffrées éparses (fonctionnement des transports, densité de la circulation automobile, consommation de charbon et d’électricité, taux de chômage, faillites et création d’entreprises, indices des loyers, coût de la construction etc.).
Les données ainsi collectées et mises en perspective montrent que l’indice de production était normal en janvier 2020, mais qu’il s’effondra de près de 20% en février comparé à 2019. La croissance resta négative en mars, les PME ayant été frappées de plein fouet avec une chute de revenus de 60 %.
En avril la croissance était encore de moins 4,4% et repassa en positif à +0,6% en mai et à +1,4% en juin.
En d’autres termes, l’économie chinoise se redresse lentement après une sévère secousse en février due à la congélation de l’activité dans une partie du pays au début de l’année. Au 2e trimestre, les statistiques officielles faisaient état d’une croissance de +3,2%, dont une partie était probablement due au redémarrage du secteur de la construction.
Chine – États-Unis.
2. Fin août, dans une ambiance délétère d’attaques / ripostes, le gouvernement chinois a cessé de renouveler les accréditations des journalistes travaillant pour des médias américains. Sont visés : CNN, le WSJ, Bloomberg news et Getty Images. Selon le New-York Times, à la date de la rédaction de cette note, 5 journalistes ont été concernés par des mesures d’expulsion.
Dans le même temps, après les féroces attaques menées contre TikTok, WeChat et Huawei, (lire : Huawei sévèrement touché, mais pas coulé. La guerre sera longue et difficile.), la Maison Blanche vient de décider d’expulser 1000 étudiants chinois.
La décision fait suite à la déclaration de la Maison Blanche du 29 mai dernier qui mettait en garde que « les étudiants chinois aux États-Unis, ayant une connexion, même vague avec le complexe civilo-militaire chinois risquaient de perdre leur visa ».
La nouvelle attaque anti-chinoise de la Maison Blanche a été rendue publique alors qu’une enquête de l’Institut Australien de Stratégie Politique (ASPI) mettait à jour les connexions des universités chinoises avec le complexe militaire de l’APL et les centres de recherche de l’industrie de défense.
Les dessous de l’ouverture financière.
3. Déjà en avril dernier, UBS fut la première banque étrangère à détenir 100% du capital d’une agence de courtage chinoise. Au même moment, JP Morgan avait acheté pour 1 Mds de $ toutes les actions disponibles de la société « China International Fond Management », devenant ainsi l’unique actionnaire du groupe dont elle détenait déjà 45%.
Crédit Suisse, Nomura Holdings, JP Morgan, Goldman Sachs et Morgan Stanley ont également exprimé leur intérêt pour les secteurs de la gestion d’actifs et de la défaisance des dettes non recouvrables.
En juillet dernier, la Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine confirmait que les intérêts nationaux chinois dominaient déjà le secteur bancaire laissant une moindre opportunité aux acteurs européens.
Alicia Garcia Herrero, chef économiste Asie-Pacifique de Natixis, conseille des prises de participation dans la défaisance des dettes toxiques, dans le conseil et la gestion d’actifs « moins réglementés et moins encombrés », offrant des ouvertures pour, dit-elle, « des produits financiers plus sophistiqués à la rentabilité plus élevée ».
Trans Pacific Partnership.
4. Le TPP a repris une nouvelle vigueur après la volte-face en avril 2018 de D. Trump qui, mesurant le risque de la concurrence des projets chinois, exprima à nouveau son intérêt pour l’accord commercial lancé par Obama dont il avait dit beaucoup de mal durant sans campagne.
L’accord est entré en vigueur le 30 décembre 2018, pour les 6 pays qui l’avaient ratifié à cette date (Canada, Australie, Japon, Mexique, Nouvelle-Zélande, Singapour). Le 14 janvier 2019, le Vietnam a ajouté sa signature à la liste. Au total 11 pays prévoient d’y participer.
Alors que la participation de Washington est toujours en question, la Chine qui initialement ne remplissait pas les conditions de respect du marché fixées par l’administration Obama a, le 28 mai dernier, par la voix de Li Keqiang qui s’exprimait lors de sa conférence de presse annuelle de l’ANP,
exprimé son intérêt pour le partenariat, héritage de l’administration Obama.
En mettant perspective, d’une part, l’appel du pied fait à l’Inde par les membres du RCEP où prévaut l’influence de Pékin et, d’autre part, la déclaration de Li Keqiang signifiant, en dépit des tensions sino-américaines, l’intérêt de Pékin pour le TPP, héritage d’Obama, dont Trump disait pis que pendre avant de se raviser, force est de constater qu’à côté de l’affrontement direct conduit par une partie de l’appareil, ce dernier n’a pas abandonné les stratégies obliques de contournement.
