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Où en est le programme spatial chinois ?

Mais les délais optimistes des officiels (2017) - notamment ceux avancés pour le très emblématique projet vers la lune - ne sont pas confirmés par les ingénieurs chinois eux-mêmes. Ces derniers indiquent que, compte tenu des problèmes techniques qui restent à résoudre, il ne faut pas espérer que la phase d’exploration par un véhicule télécommandé puisse débuter avant 2020, dans le meilleur des cas. L’un des problèmes à résoudre parmi d’autres sera celui de la propulsion. Le professeur Jiao Weixin de l’université de Pékin souligne que la fusée américaine Saturne V, lanceur d’Apollo 11, permettait une charge utile de 120 tonnes. Or la prochaine génération des lanceurs chinois Longue Marche 5, qui ne sera pas prête avant 2017, ne pourra emporter que 25 tonnes. « Ce qui signifie - ajoute le professeur Jiao - qu’après un demi-siècle, la charge utile de nos lanceurs équivaut à peine à celle des rechanges nécessaires aux missions d’Apollo ». Au retard dans le domaine de la puissance et de la charge utile des lanceurs, s’ajoutent ceux dans les domaines des communications et l’automatisation.

Rappelons aussi que les Etats-Unis ont déjà posé un véhicule télécommandé sur Mars en 2004 et 2008, et que la NASA envisage un retour sur la lune en 2018 pour y installer une station permanente qui serait opérationnelle en 2024. L’agence spatiale américaine est aujourd’hui la seule à maîtriser la circulation des humains dans l’espace proche de la terre, grâce la navette spatiale qui sera remplacée en 2010 par une version modernisée. Elle est aussi la seule à avoir lancé des missions d’exploration lointaine du système solaire et au-delà. Son avance dans les domaines des robots télécommandés et du pilotage à distance des engins spatiaux lui permettra de rester encore longtemps à la pointe de l’exploration ou de l’utilisation de l’espace à des fins scientifiques ou militaires.

La Chine, qui développe une coopération spatiale avec plusieurs pays (Russie, Brésil, Canada, UE - dont une participation au projet Galileo, très controversée par Washington -), observe ces progrès, non sans inquiétude. Notamment parce qu’elle anticipe que la NASA recherchera et atteindra très vite une suprématie militaire à partir de l’espace. Pour cette raison elle a, à plusieurs reprises, tenté d’entamer une coopération avec l’agence américaine. Mais le tir de missile du 11 janvier 2007, par lequel la Chine avait détruit un de ses vieux satellites météo avait été perçu par beaucoup à Washington comme une menace directe. L’incident avait initié des commentaires alarmistes et sans fondement sur « une prochaine guerre de l’espace avec la Chine » et la plupart des projets de coopération avec Pékin avaient été mis sous le boisseau. Rappelons cependant que le tir du missile chinois vers l’espace, qui n’avait rien d’un exploit technique, était probablement une réponse acrimonieuse de l’APL aux fins de non recevoir de la Maison Blanche, qui refusait la mise en place d’un moratoire sur l’espace militaire et avait rejeté, assez brutalement, les propositions chinoises de négociation pour l’interdiction des armes spatiales.

Outre Atlantique, les avis sur une coopération plus étroite avec la Chine sont en réalité assez partagés. Au Pentagone et au Congrès, les opposants à tout échange avec Pékin développent trois types d’arguments : les risques de transferts de technologies sensibles, dont les plus pessimistes, pour ne pas dire les plus excessifs, prédisent qu’ils conduiront, in fine, à un « Pearl Harbour spatial » ; la compromission morale avec un pays qui ne respecte pas les droits de l’homme et dont les dirigeants seraient légitimés par une coopération avec la première puissance militaire et spatiale de la planète ; et enfin l’absence d’avantages politiques et technologiques directs pour les Etats-Unis.

Les milieux scientifiques, qui reconnaissent le sérieux des progrès chinois, sont en revanche moins fermés et prônent un rapprochement avec Pékin, mettant en avant une série de raisons inverses, dont certaines sont d’ailleurs assez naïves. Ils affirment qu’une meilleure transparence pourrait lever les incertitudes qui entourent les programmes chinois et ouvrirait la voie à un accord salutaire sur l’espace militaire ; que le partage des charges autoriserait de substantielles économies d’échelle ; et enfin que la coopération directe et les transferts de technologies freineraient la R&D chinoise et augmenteraient la dépendance de Pékin envers les Etats-Unis, conférant à ces derniers de solides avantages technologiques ainsi qu’un levier d’influence ou de pression. Rien n’est moins sûr. Il n’y a en effet pas d’exemple que la Chine ait accepté de sacrifier son indépendance dans un domaine qu’elle considère comme stratégique. Il est en revanche plus probable que, quoiqu’il lui en coûte, en temps, en énergie et en budget, elle s’efforcerait d’assimiler les technologies transférées pour leur attribuer un « label » purement chinois.

En attendant, l’éventail des échanges possibles autorisés par le Pentagone est déjà assez large. Il va des mesures de confiance (avec notamment des échanges de données sur les débris spatiaux, les conditions météo, l’environnement et la navigation) à un dialogue politique sur l’espace avec adoption d’un « code de conduite ». Mais, compte tenu de l’état aléatoire des relations politiques, il semble hélas qu’il faudra attendre encore un peu pour le développement d’actions communes autour de la station internationale ou des missions d’exploration lunaire ou plus lointaines.


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