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Pan Yue et la catastrophe écologique chinoise. Un cri d’alarme à méditer

Mauvaise nouvelle pour Pékin qui tient tant à son image publique : l’Agence Internationale pour l’Environnement (A.I.E) et l’O.C.D.E ont toutes deux conclu l’année 2006 en pointant du doigt les graves problèmes de pollution qui accablent la Chine. Déjà premier émetteur mondial de dioxyde de souffre, la Chine dépassera dès 2009 les mauvais records américains en matière d’émissions d’oxyde carbone. Soulignant l’inefficacité des politiques chinoises et l’urgence à les renforcer, le rapport de l’OCDE dénonce l’inertie des bureaucraties locales enfermées dans les logiques mercantiles qui autorisent les pires transgressions, y compris la falsification des rapports et des chiffres.

Les dirigeants sont bien conscients de l’état catastrophique des cours d’eau, de la pollution massive des côtes, de l’érosion des terres, saccagées par des décénies de déboisement et de développement sauvage, tandis que les statistiques officielles leur rappellent sans cesse la dégradation régulière de la qualité de l’air dans la plupart des grandes villes chinoises. Le discours politique souligne encore parfois que la situation de la Chine en développement la dispense de se conformer complètement aux exigences de la protection de l’environnement, d’autant que les Etats-Unis, plus grand pays développé et plus grand pollueur, n’y consentent qu’à moitié. Il reste que le poids du nombre, ajouté à la violence de la croissance, souvent sans freins, créent en Chine une situation qui rend ce discours obsolète et dangereux, retardant les solutions, favorisant parfois des dommages irréversibles.

En fait, l’alarme est donnée depuis longtemps et parfois de manière brutale par des responsables chinois eux-mêmes. Ainsi Pan Yue, vice-directeur de l’agence nationale pour la protection de l’environnement, 46 ans, tient depuis plusieurs années un discours sans concessions qui pointe les responsabilités à tous les niveaux, égratignant au passage, et non sans raisons, le modèle de développement occidental. Il est difficile de dire si le style des déclarations très crues et très directes de Pan Yue récueille l’adhésion complète du Parti, mais force est de constater que sa pensée qui s’inscrit avec subtilité dans le discours et les slogans répétés à satiété par l’appareil politique, lui donne une sérieuse marge de manœuvre. Celle-ci est peut-être encore augmentée par le fait que, comme Hu Jintao, Pan Yue est membre des jeunesses communistes qu’il représente au Comité Central du PCC depuis 10 ans.

Ses communications qui tranchent par leur franchise s’inspirent de la pensée « éco-socialiste » développée par le parti des « Verts » en Allemagne, dont certaines idées sont en phase avec la doctrine de Hu Jintao et Wen Jiabao. Depuis 2002, en effet, ces derniers prônent le rééquilibrage harmonieux du développement, la correction des inégalités, la lutte contre les abus de toutes sortes, le respect des lois, seuls en mesure de favoriser l’émergence d’une société harmonieuse. Ce discours d’équilibre qui insiste, entre autres, sur une relation apaisée entre l’homme et la nature a de surcroît le mérite de renvoyer aux valeurs ancestrales de la société chinoise fracassées par des décennies de dérapages maoistes, mais que l’actuel pouvoir s’applique à remettre à l’honneur.

Toujours dans la lignée des « Verts », la deuxième référence de Pan Yue au discours politique ambiant est l’évocation des avatars du capitalisme. Ces derniers sont, selon Pan Yue, les véritables responsables des désastres écologiques. Ils ont en effet initié un schéma de développement colonialiste, exploiteur et polluant, dont la Chine, qui accueille la plupart des industries polluantes de l’Ouest, serait toujours une victime. En bref les pays occidentaux sont accusés d’avoir fondé leur croissance sur l’exploitaion des ressources de leurs colonies, puis d’avoir délocalisé leurs industries les plus polluantes pour - égoïstement - protéger leur environnement. Pour faire bonne mesure Pan Yue n’hésite pas à reprendre les thèmes les plus éculés - et invariablement contredits par les faits - de la pensée socialo-communiste, selon lesquels le « socialisme » serait « plus honnête et plus moral », voire « mieux à même de promouvoir la démocratie aux premiers échelons de la société ».


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