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Il reste que les conclusions générales du franc-tireur chinois de l’environnement sont logiques et donnent à réfléchir, dans un monde marchand, où la croissance reste essentiellement le fruit de la consommation et où la recherche effrénée du profit sape les efforts pour plus d’harmonie écologique. Elles insistent sur le fait que, compte tenu des déséquilibres population-ressources et du poids considérable de sa démographie, la Chine, qui ne peut « délocaliser sa pollution », ne pourra calquer son mode de développement sur ceux des pays occidentaux. Il ne suffira pas seulement de mettre en œuvre des techniques non polluantes ou des politiques d’économie d’énergie et de ressources, mais il faudra, explique Pan Yue, aller beaucoup plus loin et procéder, dans les 20 années qui viennent, à une véritable révolution économique, sociale, politique et culturelle.
Bardé de cet arsenal idéologique qui balise son action et le protège d’autant mieux des ripostes politiques que ses analyses sur les responsabilités et l’hypocrisie des pays développés sont souvent justes, Pan Yue libère totalement son discours et ne mâche pas ses mots. Il écrit par exemple : « S’il est vrai qu’en 30 années la Chine a rattrapé un siècle de retard économique, il est aussi exact que pendant cette période elle a accumulé des dommages environnementaux, dont le coût annule les bénéfices de la croissance » ; ou « le miracle économique chinois prendra bientôt fin car l’environnement saccagé ne suit plus.
Les pluies acides s’abattent sur un tiers du territoire, 50% des eaux des sept plus grands fleuves sont inutilisables, 25% de la population n’a pas accès à l’eau potable, 30% des populations des villes respirent un air pollué et, à Pékin, 70 à 80% des cancers mortels sont liés à la pollution, moins de 5% des déchêts urbains sont traités de manière rationnelle et durable » ; et encore : « nous utilisons trop de matières premières pour soutenir notre croissance : 7 fois plus que le Japon, 6 fois plus que les Etats-Unis, et , ce qui est peut-être le plus gênant , presque 3 fois plus que l’Inde » et enfin : « la Chine s’approche dangereusement d’une phase critique. Sa colossale dette écologique devra être payée d’une manière ou d’une autre. Faisons le pendant qu’il est encore temps et avant que le pays ne soit réduit à la faillite ».
Le constat est brutal et inquitétant. S’il est vrai que parfois il attribue trop d’importance aux causes extérieures du mal et pas assez aux mauvaises habitudes chinoises d’un développement mal géré, parfois sauvage, uniquement axé sur le profit, encore très largement alimenté par le charbon, sa vision mondiale des responsabilités est juste. La Chine, qui devient peu à peu un bouc émissaire écologique, n’est encore pour presque rien dans les actuelles dégradations du climat, provoquées par des décennies de croissance occidentale sans frein, que les grands protocoles sur l’environnement ne parviennent pas vraiment à enrayer.
On ne répètera jamais assez que la Chine n’est pas la cause des problèmes du monde, mais plutôt leur révélateur. Ainsi l’OCDE et l’AIE pourrait tout aussi bien adresser les même critiques à la communauté internationale qui, elle aussi, lutte trop peu et plutôt mal contre les dégradations de l’environnement.
Il est vrai que la Chine doit inventer un nouveau mode de développement sous peine d’aller dans le mur. Mais n’est-ce pas également la situation dans laquelle se trouve la planète ? Au lieu de chercher des boucs émissaires, prenons garde à ce que l’actuelle situation de la Chine, au bord de la faillite écologique, ne préfigure pas celle de la planète dans une vingtaine d’années et essayons de réfléchir avec Pékin à des schémas de développement moins esclaves du court terme et moins destructeurs.
