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›› Editorial

Par sa visite d’État, Xi Jinping revient dans le jeu à Pyongyang

La carte sauvage des tensions sino-américaines.

Pour la Chine et la Corée du nord, la présence de troupes américaines en Corée du sud et l’alliance conjointe sont des irritants de première grandeur. Après avoir accepté un moratoire sur les exercices de l’alliance en mars 2018, Washington menace aujourd’hui de les reprendre. En même temps la Chine ne cessera jamais de réclamer le départ des forces américaines. Elle le fera avec plus ou moins d’insistance en fonction de la situation générale.


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Enfin, si on aborde la question de la visite de Xi Jinping à Pyongyang sous l’angle de la relation sino-américaine empêtrée dans une querelle commerciale dilatée en une rivalité stratégique globale, on ne peut manquer de noter que le moment de la visite du n°1 chinois est intervenu tout juste une semaine avant le sommet du G.20 à Osaka.

Face aux quatre autres membres permanents du Conseil de Sécurité, Xi Jinping aura beau jeu de se présenter comme un facilitateur pacifique, face à l’intransigeance de la Maison Blanche.

Mettant Washington au pied du mur, Xi pourrait – c’est une hypothèse - tenter d’utiliser le levier nord-coréen pour chercher à tenir à distance les exigences américaines prétendant l’obliger à réformer l’essence même de son système socio-politique articulé au contrôle étatique des groupes publics (lire : Pékin – Washington : Les raisons des crispations chinoises. Plongée dans les arcanes du Parti.)

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A tout le moins, la manœuvre a t-elle la vertu de replacer Pékin sans équivoque aucune dans la position de médiateur, avec cependant une inclination nette en faveur de Pyongyang. Telle est en tous cas la nouvelle donne stratégique surgie après la visite de Xi Jinping dans l’héritier du « pays ermite ».

Andrei Lankov, le spécialiste russe bien connu de la question nord-coréenne éditorialiste au journal sud-coréen Korea Times, ancien auditeur à l’Université Kim Il Sung de Pyongyang, est plus prosaïque.

S’il est vrai qu’il juge que la visite de Xi le replace en position de médiateur, il estime que malgré la qualification de « visite d’État » ne signifie pas un rapprochement sans conditions et que les contours de sa stratégie à venir ne sont pas clairs.

Tout au plus peut-on considérer qu’il tentera de forger un compromis pour faciliter un assouplissement de la position américaine sur les sanctions, notamment en éliminant l’exigence préalable d’une dénucléarisation complète et vérifiable par l’ONU. Ce qui – note de la rédaction – sera difficile compte tenu de l’état actuel de la relation entre Pékin et Washington.

En même temps, Xi cherchera à persuader Trump de faire un geste d’apaisement qui – note de la rédaction - pourrait être l’ouverture d’un Bureau de représentation américain à Pyongyang.

La Chine dont le commerce avec Pyongyang compte pour la plus grande part des échanges extérieurs nord-coréens, est d’ores et déjà la mieux placée pour soutenir économiquement Pyongyang, mais, toujours selon Lankov, il n’est pas certain que Pékin ira jusqu’à réclamer la fin des sanctions à l’ONU comme le voudrait Kim Jong-un.

En revanche tout indique que Xi Jinping encouragera les échanges non officiels des entreprises chinoises de la frontière avec leurs homologues nord-coréennes. Enfin, Pékin offrira une aide humanitaire sous forme de livraisons de céréales pour compenser les pénuries récemment soulignées par le Programme Alimentaire Mondial. (Voir la note de contexte)

Note de Contexte.
Crise alimentaire.

Au printemps 2019, une experte de la F.A.O enquêtait sur les pénuries alimentaires en Corée du nord.


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Selon des experts du P.A.M et de la F.A.O, ayant effectué une mission d’enquête en Corée du nord en mars et avril 2019, plus de 10 millions de nord-coréens (40% de la population) souffriraient actuellement de privations de nourriture, dues à de mauvaises conditions climatiques, notamment une sècheresse prolongée, une canicule anormale et des inondations ayant réduit la récolte de l’automne 2018.

Les rations alimentaires individuelles du système de distribution public ont été réduites de 380 g à 300 g par jour et le contexte général laisse présager une aggravation des restrictions. Globalement le déficit de céréales après importations serait de 1,36 millions de tonnes.


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