›› Editorial
ANNEXE
Le dialogue quadrilatéral de sécurité.
Alors que dans la tourmente des pressions chinoises, Canberra et Tokyo viennent de signer un accord de défense bilatéral, les deux doivent encore trouver une harmonie dans leur approche de la question chinoise. Elle existe en théorie au sein du dialogue quadrilatéral de sécurité qui, dès l’origine, regroupait le Japon qui l’a créée en 2007, l’Inde, les États-Unis et l’Australie.
Pour autant, initialement positionnée contre la Chine du temps où les relations entre Tokyo et Pékin étaient tendues (lire : Relations Chine-Japon. Les non-dits de l’irrationnel.), la structure à peine créée perdait de sa force en 2008, quand Yasuo Fukuda au Japon et Kevin Rudd en Australie partisans de contacts plus ouverts avec la Chine sont arrivés au pouvoir.
En Australie K. Rudd, sinophone et sinophile, réagissait à des protestations diplomatiques de Pékin après une manœuvre navale commune des quatre avec Singapour. En Inde, Manmohan Singh aux affaires depuis 2004 avait lui aussi infléchi sa politique chinoise dans le sens d’une plus grande proximité avec la Chine.
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Neuf années plus tard, conséquence de l’affirmation par la Chine de ses « caractéristiques » opposées à celles des démocraties, accompagnée d’un inflexible durcissement de Pékin à l’égard de Taïwan après l’élection d’une Présidente issue d’une mouvance de rupture avec le Continent, le dialogue reprit de la vigueur encore attisée par l’expansion, au nom de sa prévalence culturelle ancienne, de l’empreinte chinoise en Asie du sud-est et en Mer de Chine du sud.
La relance s’articulait à un discours de Shinzo Abe qui spéculait sur la proximité idéologique et politique des « Quatre pays » démocratiques créant une convergence entre l’océan Pacifique et l’océan Indien, destinée à « contenir la Chine ».
Mais la nature même de ce regroupement, « OTAN asiatique » disent certains, ou, pour d’autres, rassemblement sans colonne vertébrale stratégique de pays aux intérêts divergents face à la Chine, reste encore à déterminer.
Les hésitations se lisent dans les résultats d’une enquête conduite au printemps 2020 par le CSIS de Washington auprès d’une vingtaine de responsables des questions stratégiques des quatre pays.
A la question : Seriez-vous prêt à soutenir le projet d’une réunion annuelle de chefs d’État et de gouvernement ? la moyenne des réponses est plutôt favorable avec un fort soutien de l’Australie et des États-Unis et un appui plus partagé de la part des responsables indiens et japonais.
A la question seriez-vous favorable à la création d’un secrétariat permanent avec une présidence tournante, tous les trois ans ? La réponse est unanimement défavorable (moins de 40%) avec la majorité des sondés opposés au projet, à une proportion allant de 75 à 85%.
Interrogés sur l’opportunité de créer une force permanente sous un commandement intégré, les 4 groupes se sont également montrés réservés, mais avec moins de réticence. La moyenne des réponses négatives est certes de 80%. Avec cependant des groupes au Japon, en Inde et aux États-Unis favorables à plus de 45%.
A la question d’une coordination sur des questions économiques qui serait assortie de canaux d’assistance mutuelle, notamment en matière de prêts, de développement technologique ou de promotion des droits humains dans la zone « indo-pacifique », les réponses sont globalement moins réticentes avec des groupes en Inde positifs à plus de 60% et aux États-Unis à plus ou moins 45%. En revanche les réponses japonaises et australiennes sont plus réservées à seulement 30% de réponses favorables en moyenne.
La conclusion de l’étude est qu’il n’y a aucune garantie que la relance de du dialogue « Quad » en 2017 réussisse mieux que la première version de 2007. Mais elle souligne néanmoins le fait qu’après plus de dix ans d’échanges diplomatiques – les réunions sont bimensuelles, la derrière ayant lieu entre les MAE, le 6 octobre à Tokyo - dans le contexte de coercitions de la Chine pesant sur ses voisin, les « quatre » partagent désormais « une appréciation commune plus précise que jamais de la menace chinoise. »
Le test de pérennité viendra quand les partis politiques ayant présidé à la renaissance de l’alliance auront perdu le pouvoir à la suite d’élections. L’éventualité existe en effet qu’une mouvance politique plus prudente à l’égard de la Chine au Japon et Australie laisse le groupe s’étioler.
