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Pékin, Aung San Suu Kyi, les Rohingya et les militaires birmans

L’implication de Pékin.

le 20 novembre dernier Wang Yi ministre chinois des AE ici avec le président birman Htin Kyaw, annonçait que le Bangladesh avait accepté le plan de paix chinois. Ce dernier restera cependant théorique tant que le statut des Rohingya au Myanmar ne sera pas réglé.


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Sans surprise, le pouvoir chinois est entré en lice à la fois pour protéger ses projets et aider la dame de Rangoon à réparer son image internationale passablement écornée. Au fil des mois l’attitude chinoise a cependant évolué. Le 17 mars, Pékin a, avec Moscou, opposé son veto à une brève déclaration du Conseil de sécurité sur le Myanmar condamnant les manquements aux droits et s’inquiétant des dérives répressives de l’armée birmane contre les Rohingya.

Mais devant la brutalité et l’ampleur des répressions contre les Musulmans, la position chinoise devenue intenable s’est ralliée à une « déclaration » du Conseil du 4 novembre « condamnant fermement la violence ayant causé l’exode de plus de 600 000 Rohingya vers le Bangladesh ». Il reste que, cette fois encore, Pékin a ménagé le pouvoir birman en s’opposant à une « résolution » légalement contraignante. Sur le fond, Pékin approuvait la déclaration d’Aung San Suu Kyi à des diplomates en poste au Myanmar que la manière dont la communauté internationale traitait son pays était « injuste. »

Deux semaines plus tard en visite au Bangladesh pour le sommet de l’ASEM, Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères chinois réitérait la volonté de la Chine de jouer les intermédiaires pour aider Naypyidaw et Dhaka à résoudre pacifiquement la crise des réfugiés Rohingya. Au cœur de la question : le retour des réfugiés au Myanmar.

Semblable à ceux proposés par la communauté internationale, le plan en trois points de Wang Yi comporte un cessez-le-feu, le rapatriement des réfugiés vers l’État de Rakhine et des pourparlers autour de nouveaux projets chinois en appui de l’économie de la province. Il reste que la proposition de rapatriement restera purement théorique tant que la question ethnique des Royingya, parias sans statut au Myanmar, ayant un accès limité aux services publics de soins et d’éducation et dont la liberté de mouvement est réduite, ne sera pas réglée.

Dans un pays toujours agité par les anciens raidissements nationalistes portés par les militaires héritiers de la junte contre les irrédentistes (occupant 50% du territoire) qu’Aung San Suu Kyi tente aujourd’hui, avec l’aide de Pékin, de rallier aux idées fédérales de son père, la longue histoire jamais résolue des tensions entre Musulmans et Bouddhistes, est un choc culturel de grande ampleur.

Croisant les luttes politiques et ethniques, héritages de l’histoire postcoloniale du Myanmar tiraillée par les tendances centrifuges des États séparatistes – dont l’État de Rakhine à forte population musulmane est aussi partie prenante depuis le début des années 50 par le truchement de l’armée d’Arakan forte de plus de 2000 combattants alliée aux indépendantistes de l’État de Kachin – l’affirmation religieuse antibouddhiste et prosélyte de certaines factions au sein des Rohingya génératrice de fortes tensions confessionnelles et sociales, complique sérieusement la solution du problème.

A ces racines du problème, il convient d’ajouter que la règle coloniale britanique qui gérait la Birmanie par le truchement de l’Inde avait favorisé les mouvements de population du Bengladesh vers l’Etat d’Arakan, devenu Rhakine. Ces migrations furent d’autant plus faciles qu’à l’époque les frontières n’existaient pas.

Enfin, l’arrière plan religieux des revendications séparatistes apparaît d’autant plus pernicieux aux nationalistes articulés à l’idéal unitaire cautionné par Pékin que la proportion de Musulmans dans l’État de Rakhine est très largement supérieure à celle dans le reste du pays.

Alors qu’en moyenne, l’Islam ne rassemble que 2,3% des croyants, dans cette région côtière ouverte aux influences des marchands arabes et perses depuis le VIIIe siècle, les Musulmans représentent plus de 42% contre 52% de Bouddhistes.

Rendu public le 27 novembre, l’accord entre Dacca et Naypyidaw qui ne dit mot de l’intégration nationale des Rohingyas reflète la méfiance crispée des Birmans et augure mal d’une solution acceptable pour les familles rapatriées. S’il est vrai qu’il affirme que « tout sera fait pour éviter leur regroupement dans des camps pour de trop longues périodes, » il limite « leur liberté de mouvement à l’État de Rakhine »..

Le pouvoir militaire, champ de mines nationaliste.

Le géneral Min Aung Hlaing, commandant en chef des armées birmanes avec Aung San Suu Kyi en 2015. Depuis cette date, l’homme fort du régime a clairement pris le pas sur la fille du général Aung.

Accusé par la communauté internationale, l’ONU et Human Rights watch de brutalités militaires contre les populations civiles des États frontières et de nettoyage ethnique contre les Musulmans de Rakhine, dont plus de 600 000 ont fui vers le Bangladesh, le Généra Min, par ailleurs reçu avec les honneurs en Australie, en Inde, à Pékin et en Israël se défend en expliquant que des extrémistes musulmans avaient tenté d’installer des points d’appui séparatistes dans l’État de Rakhine, un discours qu’Aung San Suu Kyi n’a pas démenti.


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Alors que le Pape François est arrivé sur place le 27 novembre portant l’espoir des persécutés musulmans que leurs souffrances pourraient cesser grâce à sa médiation, il apparaît que le terrain de son voyage est miné par un extraordinaire enchevêtrement de passions où se croisent les méfiances entre deux communautés religieuses et les tensions entre nationalistes et séparatistes.

Même le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoon, a conseillé au Saint-Père de ne mentionner les malheurs des Musulmans que d’une manière « qui ne choquerait personne », suggérant que l’appellation « Rohingyia » par laquelle les séparatistes musulmans se désignent eux-mêmes pourrait sérieusement handicaper l’apaisement de la situation.

Enfin, le simple fait que l’archevêque ait suggéré à François de rencontrer non seulement Aung San Suu Kyi, mais également le Général Min Aung Hlaing 61 ans, chef des armées depuis 2011, dont certains disent qu’il pourrait être le successeur en 2020 de Htin Kyaw, à la présidence de la République, indique que la situation est jonchée de chausse-trapes.

Doté par la constitution de pouvoirs étendus – contrôlant 25% du parlement, l’administration provinciale du pays, les services secrets et la sécurité intérieure – pouvoirs sur lesquels la fille du général Aung n’a, en dépit de sa victoire aux élections de 2015, aucune prise, le général Min est aussi l’homme que la communauté internationale et l’UNHCR accusent de mener une très violente campagne militaire assimilable à des crimes de guerre contre les civils des États irrédentistes du nord et d’avoir déclenché des opérations de « nettoyage ethnique » contre les Rohingyia que les Bouddhistes nationalistes considèrent comme des immigrants illégaux.

Mais, complication extrême qui transforme la situation en champ de mines, selon David Scott Mathieson, chercheur à Rangoon de la division Asie de l’ONG Human Rights Watch, cité par le New-York Times, le général Min est aussi une figure très populaire dont l’audience parmi la majorité bouddhiste n’a cessé de se renforcer en dépit des condamnations de la communauté internationale. « Six ans après l’instauration de “l’ère démocratique“, les militaires sont de plus en plus populaires ».

NOTE de CONTEXTE.

La Mouvance des Bouddhistes nationalistes alliés objectifs des militaires gagne en popularité en dépit des mesures d’interdiction, tandis que la photo d’Ashin Wirathu, circule sur les réseaux sociaux. Il est membre influent de l’association Ma Ba Tha qui signifie Association patriotique du Myanmar, ou « Association pour la protection de la race ou de la religion », devenu en 2017 la « Fondation philanthropique Bouddha Dhamma ».


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Au Myanmar, à 80% bouddhiste, mais seulement à 52% dans la province de Rakhine où les Musulmans comptent pour plus de 40%, la détresse des Rohingya a une très longue histoire. Eux-mêmes auto-baptisés Rohingyia qui signifie habitants de « Rohang » nom donné par les Musulmans de Rakhine à la province pour marquer leur longue présence, résideraient dans le pays depuis le XIe siècle, descendants de commerçants arabes et perses et du Bengale voisin.

En revanche, les Bouddhistes qui nient leur antériorité les appellent « Bengalis » et les considèrent comme des immigrants illégaux récents, au point de leur refuser un statut civique.

Une histoire de discriminations et de persécutions.

Les premières mesures discriminatoires contre les Musulmans clairement répertoriées remontent au XVIe siècle quand le roi conquérant Bayinnaung (1550–1581) unificateur du pays par la conquête de l’État Shan et d’une partie du Laos et de la Thaïlande, interdit les rituels « halals » de sacrifices d’animaux en même temps que les fêtes de l’Eid al-Adha (Aïd el Kebir). Au cours des siècles suivants les vexations et persécutions continuèrent presque toutes autour des rituels de sacrifices d’animaux et de l’interdiction de manger du porc.

Au XVIIe siècle, des Musulmans indiens installés dans le Royaume d’Arakan, ancêtre de l’État de Rakhine, à la suite de Shah Shuja, vaincu de la guerre de succession entre les 4 fils du 5e empereur Moghol, furent massacrés dans la région de Mrauk-U non loin de l’actuel terminal gazier de Shwe.

Mais, dans cette zone littorale souvent abordée par des commerçants musulmans qui y firent souche au point qu’entre le XVe et le XVIIe siècle, 18 souverains du Royaume portaient des noms musulmans, les massacres, disent les chroniques, n’eurent pas un arrière plan religieux, mais une querelle entre le roi jaloux de des richesses de Shah Shuja et vexé que ce dernier lui ait refusé la main de sa fille.

Un enchevêtrement de rancœurs.

Durant la règle britannique la vindicte contre les Musulmans d’origine indienne fut aggravée par le souvenir des ressentiments provoqués par la rigueur prosélyte des conquérants Moghols en Inde qui discriminèrent les Bouddhistes. La rancœur religieuse se mêla aux sentiments anticoloniaux et s’aggrava avec la récession de 1929 où les musulmans d’origine indienne, désignés comme les suppôts des Britanniques, devinrent les boucs émissaires des difficultés économiques et du chômage.

Tel fut le contexte du massacre en 1930 de 200 indiens musulmans dockers du port de Yangoon dont les corps furent jetés dans le fleuve. Les émeutes au cours desquelles 2000 autres Indiens furent blessés se propagèrent par contagion dans tout le pays contre les Indiens et les Musulmans.

Après l’indépendance, les discriminations contre les Musulmans continuèrent ponctuées de massacres récurrents. En 1962, le général Ne Win, d’origine Hakka qui persécuta aussi sévèrement la diaspora chinoise, exclut de l’armée et de l’administration les Musulmans refusant de renier les pratiques de l’Islam. En 1982, toujours sous l’égide de Ne Win, une loi exigea que les candidats à la nationalité Birmane puissent attester d’ancêtres dans le pays avant 1823.

Le 16 mars 1997, à Mandalay un foule de plus de 1000 moines bouddhistes s’attaqua aux mosquées et commerces musulmans, brûlant publiquement des exemplaires du Coran après le viol jamais prouvé d’une jeune fille bouddhiste, tandis que la mort de 16 moines sur la centaine arrêtée lors des émeutes ne fut jamais élucidée. Comme en 1930, les agressions contre les Musulmans se propagèrent à Rangoon et dans plusieurs autres centres urbains, sans que la junte militaire au pouvoir ne réagisse.

Le 15 mai 2001, 2 mois après la destruction des Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan 200 Musulmans furent tués certains durant leurs prières, et 11 mosquées incendiées et détruites avec plusieurs centaines de maisons brûlées à Taungoo au sud de la plaine centrale dans la province de Pegou. Le 18 mai, après avoir imposé un couvre feu dans la ville, le ministère de l’intérieur en charge des affaires religieuses fit aussi raser la mosquée de Han Tha et celle de la gare.

Depuis 2012, les violences s’exacerbent. Selon les Bouddhistes nationalistes, elles visent la montée de l’Islam dans le pays pour en arriver aux extrémités actuelles unanimement condamnées par la communauté internationale dont les Musulmans de Rakhine sans liberté de mouvement, sans statut ni recours sont les victimes.


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Par Ethepin Le 6/12/2017 à 13h53

Pékin, Aung San Suu Kyi, les Rohingya et les militaires birmans.

Concernant le gazoduc de Shwe gas à Kunming, on se souvient que le chantier avait déjà été l’occasion d’atteintes aux droit des population locales https://ejatlas.org/conflict/shwe-gas-field-and-pipeline. Ce projet ainsi que le port en eaux profondes s’accompagnent de restrictions concernant les bateaux de pêche locaux, de spoliation des terres, de pollutions diverses.

L’éradication des populations de la bande côtière, loin de menacer les projets de développement de la zone, sont plutôt un facteur favorable aux investisseurs, qui ne seront pas ou peu confrontés à une résistance locale. Le développement ultérieur d’activités économiques significatives renforcera les liens économiques entre le golfe du Bengale et la Chine, constituant une garantie supplémentaire aux yeux des parties prenantes.

Ces éléments sont de très mauvaise augure pour les Rohingyia, dont le retour sur place semble très hypothétique.

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