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›› Editorial

Postures guerrières, alliance sino-russe, accommodements raisonnables avec Washington et pragmatisme stratégique

La longue prévalence de la situation intérieure sur les choix stratégiques.

L’un des exemples les plus marquants de l’histoire chinoise où la situation intérieure avait influé sur la stratégie internationale de l’Empire, fut la destruction de la flotte laissée en héritage par l’Amiral Zheng He, l’eunuque musulman qui, au cours des trente premières années du XVe siècle porta la puissante influence de la Chine au-delà des mers, par sept expéditions maritimes vers l’Asie du Sud-est, l’océan indien et les côtes orientales de l’Afrique.

En 1525, un siècle après la mort de l’amiral, alors que le pouvoir des Eunuques violemment critiqués par les fonctionnaires lettrés était devenu exorbitant, - ils contrôlaient le palais, la garde impériale, la police secrète, la marine et l’armée -, l’une des premières décisions de l’empereur Jiajing issu de la classe des Mandarins, fut d’interdire la construction de nouveaux bateaux et d’ordonner la destruction de ceux existants.

Le règne de Jiajing fut une période faste, mais la disparition de la flotte au moment même où Vasco de Gama mourait aux Indes, cinq ans après la découverte par Magellan du passage entre l’Atlantique et le Pacifique, modifia radicalement la stratégie extérieure de l’empire.

Ainsi, durant le règne des Ming, au début du XVIe siècle, les conflits de politique intérieure autour de l’influence excessive des Eunuques, du coût des expéditions et des remises en cause cosmologiques par les explorations du mythe de la centralité de l’Empire « sous le ciel », furent à l’origine de la destruction de la flotte, provoquant une inflexion notable des relations de la Chine avec le reste du Monde.

Cinq siècles plus tard, la situation économique du pays (baisse de 24% des projets industriels liés aux investissements directs extérieurs – IDE-, chute de 44% des dépenses en capital, nombre de créations d’emploi en diminution de 39%, taux de chômage des jeunes à 20%), conduit l’appareil, conscient de ses dépendances aux flux d’échanges technologiques et commerciaux avec l’Europe et les États-Unis, à prendre ses distances à la fois avec la stratégie de Xi Jinping de rupture avec l’Ouest et avec les diatribes anti-occidentales sans mesure de Serguei Lavrov.

*

Quant aux perspectives d’un conflit direct dans le détroit de Taïwan au potentiel d’escalade catastrophique évoqué par Li Shangfu à Moscou le 15 août dernier, elles doivent également être tempérées par quelques réalités de politique intérieure rarement évoquées par la propagande de l’appareil.

La première renvoie à une récente enquête sociologique réalisée sur plusieurs années par deux enseignants chercheurs de Stanford d’origine chinoise, Jennifer Pan, professeur de communication, diplômée de Princeton 2004 et de Harvard (2015) et Yiqing Xu, licencié d’économie de l’Université de Fudan (2007) et de l’Université de Pékin (2010), Docteur en sciences politiques du MIT (2016).

Les conclusions sont sans appel. « S’il est exact que les sentiments patriotiques sont répandus, la majorité de l’opinion n’en soutiendrait par pour autant une déclaration de guerre. » ; En même temps, la plupart des personnes interrogées soutiennent la proposition selon laquelle le gouvernement devrait « protéger autant que possible la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale par des moyens diplomatiques et économiques en évitant un conflit armé. » Lire notre article : Plongée dans le secret de l’opinion publique chinoise.

La deuxième réalité vérifie sans ambiguïté le principe que la situation intérieure commande la stratégie extérieure et plus précisément l’opportunité de déclencher ou non une guerre dans le détroit de Taïwan.

Au printemps 2020, répondant à des journalistes du magazine chinois Bauhinia édité à Hong Kong, le général de l’armée de l’air à la retraite Qiao Liang, auteur avec son collègue Wang Xiangsui de « La guerre sans limites » (1999), mettait en garde contre le risque de se laisser aller à relever le défi d’une guerre militaire ouverte contre l’Amérique.

Le message était ambigu, mais résonnait tout de même comme une invitation adressée au Parti à ne pas se détourner de son objectif de renaissance nationale « fuxing 复兴 » par l’obsession de souveraineté dont la question taïwanaise est le symbole emblématique. « La renaissance de la Chine, disait-il, ne doit pas être stoppée par un conflit militaire 中国的复兴虽未必会被此一战打断 ».

Pour Qiao Liang, le moment d’un affrontement militaire n’est pas venu. Et les risques liés à un engagement armé direct trop importants. « La renaissance nationale ne se résume pas à la question de Taïwan. »

« Elle n’en est même pas le point essentiel 台湾问题并非我复兴大业的全部内容, 甚至连主要内容都谈不上 ». (...) « Le point clé de la grande cause de renaissance nationale est le bonheur des 1,4 milliards de Chinois. 复兴大业的主要内涵是十四亿人的幸福生活 » (…) « Tout le reste doit céder le pas à cet objectif, y compris la solution de la question de Taïwan 一 切都必须给这一大业让路, 包括台湾问题的解决. »


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