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Le limogeage de Chen Liangyu est d’ailleurs exemplaire. Il est moins le résultat d’une rivalité de pouvoir, prélude à d’autres purges à venir des fidèles de Jiang Zemin, qu’une réaction sévère à la manipulation frauduleuse des fonds de pension de la ville, encore aggravée par l’affichage ostensible d’une fortune aux origines troubles, couplée avec une vie dissolue (300 millions en banque, 9 villas à Shanghai et 11 maîtresses).
Mais le renvoi de Chen est surtout la réaffirmation sans concessions de la ligne politique du Centre, contre les critiques publiques et sans nuances auxquelles Chen Liangyu s’était laissé allé à plusieurs reprises entre 2004 et 2006. La controverse a d’abord porté sur le contrôle macro-économique exercé par Pékin pour freiner la surchauffe, que le Secrétaire du Parti de Shanghai estimait inefficace, voire nuisible. Elle s’est ensuite étendue aux mesures destinées à limiter la spéculation et l’envolée des prix de l’immobilier, qu’il jugeait « contraires aux lois du marché ».
Par ses prises de position publiques provoquantes, il attaquait de front la ligne politique du gouvernement, déterminé à mieux contrôler les dérives foncières des centres urbains. Il se posait aussi en fédérateur potentiel des opposants à la politique de rééquilibrage, nombreux parmi les spéculateurs immobiliers de la côte Est. Au-delà de son appartenance au clan de Shanghai et de sa vie trouble un peu trop voyante -mais d’autres qui n’ont pas été inquiétés, étaient et sont toujours aussi vulnérables que lui, y compris au sein du Bureau Politique-, c’est bien l’arrogance de sa position qui lui a coûté sa place à Shanghai et au sein du Bureau Politique. Gageons qu’un ministre d’un gouvernement occidental qui adopterait une attitude aussi radicalement opposée à la ligne officielle, perdrait également son poste. Mais en Chine, s’ajoute l’accusation bien réelle de corruption qui ouvre presque toujours une trappe sans fond, politiquement mortelle.
Hu Jintao et Wen Jiabao avancent donc vers le 17e Congrés, non pas en tenants d’une faction qui espère investir la totalité du pouvoir, mais bien décidés à mettre en œuvre le rééquilibrage industriel, économique et social, qu’ils estiment nécessaire, sous peine d’accident interne. En même temps ils imposent un contrepoids aux idées ultra-libérales, n’hésitant pas, au passage, à écarter brutalement ceux qui se mettraient trop ostensiblement en travers de leur route. A cet effet, l’arme absolue est et restera encore longtemps l’accusation de corruption, presque toujours infallible.
Tout indique cependant que Hu Jintao et Wen Jiabao devront continuer à composer avec les talents de la faction de Shanghai, centre urbain emblématique de la Chine moderne, ouverte sur l’extérieur, disposée à poursuivre son intégration accélérée dans le monde. Ce courant de pensée moderne et dynamique, mais aujourd’hui accusé d’avoir généré les effets pervers qui hypothèquent la croissance, ne cessera de peser sur la politique intérieure du pays.
Désormais celle-ci sera bien obligée de tenir une ligne associant l’ouverture libérale aux interventions macro-économiques et politiques, que l’urgence des défis rendra de plus en plus lourdes. En l’absence de vraies structures de contrôle indépendantes, alors que l’onction idéologique et politique du patriarche DENG Xiaoping s’affaiblit, l’efficacité des encadrements et régulations exercés par le Centre dépendra plus que jamais de l’habileté des responsables à naviguer entre le luttes d’influence et les courants contraires de la politique chinoise.
