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Présidentielles 2024 : Lai toujours favori. L’écart avec Hou se resserre. Les perspectives du scrutin législatif se brouillent

La « colistière » de Lai. Une forte personnalité occidentalisée, activiste libérale et progressiste.

Hsiao Bi-khim en mandarin 蕭美琴, Xiao Meiqin, 52 ans, sa colistière pour le scrutin du 13 janvier, est encore plus clairement liée aux États-Unis que lui. Membre du Yuan législatif de 2002 à 2008 pendant la présidence de Chen Shui-Bian, puis à la césure entre Chen et Ma Ying-jeou de 2012 à 2016 et enfin jusqu’à 2020 sous le premier mandat de Tsai Ing-wen.

Depuis 2020, elle était la très active représentante de Taïwan à Washington pendant le 2e mandat de Tsai Ing-wen dont elle est très proche. En novembre 2023, le Min Jin Dang l’a désignée comme candidate à la vice-présidence de l’Île.

Née en 1971 à Kobe au Japon de Siao Chheng-hun (ou Hsiao Ching-fen), son père taïwanais, docteur en théologie du séminaire de Princeton qui fut aussi président du séminaire de Tainan et de Peggy Cooley, sa mère, Hsiao exprime à la fois une étonnante synthèse d’hybridation culturelle entre l’Occident et l’Asie et une alchimie politique mêlant détermination nationaliste, esprit de défense et pragmatisme.

Consciente de l’environnement stratégique placé sous les pressions agressives chinoises, elle rappelle que l’attachement au statu-quo dans le Détroit qu’elle prône et dont elle dit qu’il est aussi la meilleure garantie de paix dans la région, est la plateforme commune aux trois candidats à la présidence. Enfin, elle rappelle que le défi démocratique que l’Île pose au Continent est aussi celui de la communauté internationale des Nations libres. Dans ce cadre, la proximité avec Washington est, avec les récents efforts de l’Île pour augmenter l’esprit de défense, sa meilleure garantie de sécurité.

Américaine de Caroline du nord dont les racines familiales remontent aux « Pilgrims Fathers » premiers arrivants dissidents religieux britanniques à bord du Mayflower en 1620, Peggy Cooley , la mère de Hsiao, est diplômée de musique du séminaire de Westminster dans le New-Jersey. Comme son époux qui en était le Président, elle est attachée au séminaire de Tainan où elle a enseigné la musique.

Ayant au cours de sa scolarité primaire à Taiwan appris l’anglais en plus du mandarin et du dialecte Hokkien, Hsiao Bi-Khim a poursuivi ses études secondaires dans le New Jersey, puis dans l’Ohio. Après avoir obtenu un diplôme d’études d’Asie orientale à l’Université privée d’Oberlin (Ohio) aux racines presbytériennes, un des foyers historiques de l’abolitionnisme prônant un activisme politique libéral et social antiraciste et écologique, elle a obtenu une licence de sciences politiques à l’Université de Columbia de New-York.

Pour une analyse des postures et des chances des deux autres candidats, lire l’analyse proposée par Angelica Oung (lire : Élections présidentielles du 13 janvier 2024. Revue des candidats) datant du printemps dernier.

Objectivement, la progression constante depuis deux mois de la cote de Hou You-ih, candidat du KMT, augmente l’incertitude en amont des élections et voile les perspectives de victoire du « ticket » Lai – Hsiao.

Un ticket KMT moins brillant, mais plus rassurant.

Au KMT on espère que l’image purement taiwanaise et pragmatique de Hou parviendra à subjuguer la préférence élitiste du Parti pour la caste des politiques historiquement liés au Continent.

L’année dernière, sa réputation d’efficacité lui avait permis d’être facilement réélu maire de la ville du « New Taipei » (banlieue entourant la capitale). Contrairement à Lai qui le rejette, il reconnaît le « Consensus d’une seule Chine de 1992 ».

Espérant tirer profit de l’ostracisme dans lequel l’appareil chinois tient le Min Jin Dang, de plus en proche de Washington, et conscient de l’aversion de la majorité des électeurs pour les tensions portant des risques de conflit, il préconise des négociations avec Pékin.

Son colistier, bien moins charismatique que Hsiao Bi-khim, ayant peu d’expérience internationale et moins susceptible de séduire la jeunesse, est Jaw Shaw-kong, Zhao Shaokang 趙少康, 73 ans, vétéran du Yuan législatif où il a siégé deux fois de 1987 à 1991 et de 1993 à 1994. Ayant la réputation d’intégrité, il fut ministre de l’environnement de 1991 à 1992 dans le gouvernement du Général Hau Pei-tsun 郝柏村 ancien chef d’état-major des armées, décédé en 2020.

Dissident du KMT dont il désapprouvait la ligne insufflée par Lee Teng-hui (lire : Le « père de la démocratie taïwanaise » est mort) il avait, en 1993, fondé le très conservateur « Nouveau Parti 新黨 » partisan inflexible de la réunification pacifique. Dénonçant comme son chef de file Hou, les menaces militaires chinoises, il ne manque pas de répéter que le retour de l’Île dans le giron chinois ne sera pas possible tant que le parti communiste sera au pouvoir à Pékin.

Après un passage dans le secteur des médias de l’Île dont il a un temps contrôlé plusieurs plateformes radio, dont la Broadcasting Corporation of China (BCC, 中國廣播公司), fondée en 1928, déménagée dans l’Ile en 1949, il a réintégré le KMT en 2021 après avoir constaté le peu de succès de sa formation politique aux législatives.

Quant à Ko Wen-je, son recul dans les sondages qui fluctuent entre 17 et 26%, montre clairement qu’il n’a pas encore l’assise politique suffisante pour s’imposer dans la présidentielle dont le mode de scrutin à un tour ne lui laisse aucune chance. En revanche, sa ligne politique à la fois proche du KMT pour les relations avec Pékin et articulée à l’intérieur aux soucis pragmatiques de l’énergie et du logement, pourrait le placer en position plus favorable aux élections législatives qui se dérouleront en même temps.

Incertitudes législatives.

Cette fois, il est en effet peu probable que le DPP parvienne à maintenir ses positions de 2020, où il avait obtenu la majorité absolue avec 61 sièges contre seulement 38 au KMT.

Dans le mode de scrutin qui élit les 113 députés d’une chambre unique par un système dit de « vote parallèle » [1] l’actuel ébranlement du paysage électoral tiraillé par la volonté de l’électorat de s’extraire du face à face entre les deux partis traditionnels, mais que la classe politique ne parvient cependant pas à satisfaire, pourrait réserver des surprises.

Selon le « Global Taiwan institute » qui cite un sondage récent réalisé par « My Formosa 美麗島電子報), s’il est vrai que le « ticket » Lai – Hsiao tient la tête des sondages avec 34% d’opinions favorables, il n’en reste pas moins que 43,4% pensent que le temps est venu de s’extraire du vieux face à face KMT – DPP.

L’évolution est une mise en garde. Elle laisse présager que, quel que soit le résultat du scrutin, l’opinion frustrée par les blocages politiques confinant le jeu politique de l’Île dans les anciennes ornières post-guerre froide, sera moins indulgente avec le nouveau pouvoir.

Enfin, après les prises de bec publiques du 24 novembre entre Hou You-ih, et Ko Wen-je, l’hypothèse tactiquement la plus logique est que ce dernier se rapprochera du DPP, dans un gouvernement de coalition mal soutenu par une majorité moins affirmée que par le passé et dont la nature hybride pourrait le rendre plus vulnérable aux pressions chinoises.

Note(s) :

[1Le « scrutin parallèle » est un système hybride qui concerne : 1) les 73 sièges des circonscriptions représentées par un seul député élu individuellement au plus grand nombre de voix ; 2) 34 sièges des circonscriptions à plusieurs députés élus au scrutin proportionnel de liste ; 3) 6 sièges réservés aux aborigènes des circonscriptions à plusieurs députés tous élus au plus grand nombre de voix où les vainqueurs sont désignés dans l’ordre des voix obtenues.


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