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Présidentielles à Taiwan : nervosités à Pékin et ambiguïtés indépendantistes

Durcissement de Pékin…

Carte de l’état-major taïwanais donnant, à la date d’octobre 2010, la position des principales bases de missiles balistiques braqués contre l’Île dans la province du Fujian. Aujourd’hui les militaires taiwanais estiment que près de 1500 missiles, pour la plupart mobiles, sont pointés contre Taiwan à des distances de tir allant de 300 à 800 km.

En mai, lors de sa rencontre avec le nouveau secrétaire général du KMT Eric Chu, Xi Jinping avait répété les risques posés à la stabilité des relations dans le Détroit par la mouvance indépendantiste en cas de rejet du consensus de 1992. Le 6 août, Zhang Zhijun, le Directeur du Bureau des Affaires taïwanaises venu pour la première fois dans l’Île à la fin juin 2014, prévenait que les relations Chine – Taïwan avaient atteint un moment crucial.

Soit elles continueraient sur la voix de la paix et du développement, soit elles retourneraient « à rebours de la roue de l’histoire » vers « les errements de l’indépendance pour sombrer à nouveau dans la turbulence et la confrontation. » Après avoir insisté sur les progrès de la relation qui garantissaient de vastes opportunités dans les échanges économiques, la coopération régionale et la participation de l’Île à des organisations internationales, il a prévenu que la mouvance indépendantiste qui persistait dans son projet séparatiste, constituait la plus grande menace pour la paix dans le Détroit et le plus sérieux obstacle au développement apaisé des relations. Ajoutant que, même si le Continent espérait sincèrement une évolution positive de la situation, sa position sur la souveraineté et l’intégrité du territoire ne changerait pas d’un pouce.

Revenant de manière emphatique sur les thèmes que Tsai s’applique précisément à éviter, il répéta « comme une réalité immuable », l’essence du consensus de 1992, stipulant l’appartenance de l’Île et du Continent à « une seule Chine ». Si ce principe était respecté, les relations « garderaient, malgré les vagues, le cap d’une navigation sereine » ; dans le cas contraire, « secouées par la tempête, elles se perdraient et échoueraient sur la grève ou se briseraient sur des récifs ».

Et pour terminer une menace : « c’est seulement après avoir renoncé à la paix que les Taïwanais en mesureront le prix véritable ». Rien de neuf dans ce discours que Zhang avait déjà répété il y a un an, lors de sa visite au département d’État américain à Washington, mais que les conseillers de la présidence ont suggéré à Xi Jinping de ne pas monter en épingle lors de sa récente visite officielle aux États-Unis.

…qui heurte la sensibilité identitaire des Taïwanais.

Un autre signe du durcissement de Pékin qui, en retour, rencontre l’intransigeance de Taipei refusant d’accepter l’appellation « China Taipei », pourtant en vigueur pour la participation de l’Île à la Banque asiatique de développement, a été l’opposition de principe de la Chine à la présence de Taïwan dans la Banque d’Investissement d’infrastructures (AIIB), au motif que l’Île n’était pas un État souverain.

Après la controverse du printemps dernier autour de la nouvelle route commerciale dite « M 503 », franchissant le Détroit en son milieu au mépris des considérations de sécurité de l’Île, finalement résolue après deux accommodements acceptés par Pékin (déplacement de la route vers l’ouest et interdiction aux aéronefs de l’APL de l’emprunter), en juin, Taipei dut souffrir deux nouveaux affronts à sa souveraineté.

D’abord, Pékin annonça sans concertation préalable la mise en place d’un nouveau document de transit vers le Continent remplaçant l’ancien certificat de « compatriote taïwanais - 台胞证 - taibao zheng » par une attestation comparable aux documents utilisés par les habitants de Macao et de Hong Kong. Tout en simplifiant les procédures qui suppriment les restrictions sur la durée du séjour, l’initiative annoncée par Yu Zhengsheng lors du 7e séminaire sur les relations dans le Détroit en juin, ravale les Taïwanais au niveau des résident des deux R.A.S.

Fin juin, une nouvelle loi dite de sécurité votée par l’ANP, allait dans le même sens établissant un amalgame, très sensible dans l’Île, entre Taïwan, Hong Kong et Macao. Elle énonçait en effet que « le maintien de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Chine était une obligation partagée par tous les Chinois, y compris, par les compatriotes de Hong Kong, Macao et Taïwan. »

Accusant le coup, Andrew Hsia, le ministre des Affaires continentales commenta la nouvelle loi en soulignant qu’il s’agissait d’une disposition très durement ressentie par les Taïwanais. Dans la foulée, le KMT ripostait an publiant un communiqué réaffirmant la souveraineté de l’Île dont, conformément à la constitution, l’avenir ne pourrait être décidé que par les 23 millions de Taïwanais. Quant au porte parole du DPP, Cheng Yun-peng, il glosa sur le fait que Pékin ne respectait pas les sentiments des Taïwanais pour qui la nouvelle loi était inacceptable.

…et renoue avec la stratégie de menaces militaires.

Enfin, alors que Pékin protestait contre la manière dont Tsai a été reçue à Washington accusé de partialité et commençait à critiquer sa prochaine visite au Japon, sommant Tokyo de respecter le principe « d’une seule Chine », la période a également vu le retour des crispations militaires.

Un exercice de tirs balistiques à longue distance conduit par l’APL eut lieu au sud de Taïwan durant la visite de Tsai Ing-wen aux États-Unis et, en juillet, la télévision d’État diffusa une courte mise en scène présentant un exercice de guérilla urbaine de l’APL se déroulant autour de ce qui ressemblait fort au palais présidentiel à Taipei. En septembre, pour rester dans le ton, l’état-major taïwanais organisait une manœuvre destinée à entraîner ses unités à réagir contre une invasion de l’Île par l’armée chinoise.

Mais, de part et d’autre du Détroit, s’impose lentement la conscience que les anciens leviers politiques de solution des crises, articulés à des menaces militaires et à des provocations indépendantistes radicales pourraient ne plus avoir cours. A Taïwan, le DPP doit composer avec au moins deux réalités incontournables : l’extrême imbrication de son économie avec celle du Continent et l’aversion de la majorité de l’opinion pour l’instabilité dans le Détroit et les risques de conflit. A Pékin, le régime comprend que les provocations, humiliations et menaces militaires portent le risque de conforter la mouvance séparatiste. C’est pourquoi à ses intimidations, il associe quelques gestes de bonne volonté.


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