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Purge féroce à Pyongyang. Pékin exaspéré

Pékin exaspéré

La Chine est assurément la plus affectée par les événements des dernières semaines. Parmi les accusations qui causèrent la perte de Jang figurait celle d’avoir bradé les richesses du pays aux entreprises chinoises. Jang était l’homme de Pékin qui orchestrait l’influence des différentes factions rivales de l’armée nord-coréenne impliquées dans la l’exploitation des fruits de mer et l’extraction du charbon et du minerai de fer exportés en Chine. En retour celle-ci, qui a les moyens de mettre Pyongyang à genoux, mais ne s’en est jamais servi, fournit à la Corée du Nord la majorité de ses biens de consommation et le pétrole qui fait tourner son économie.

La réaction publique de Zhongnanhai a jusqu’à présent été réduite au minimum. Une dépêche de Xinhua du 4 décembre rendait compte de la purge en citant une information des services de renseignements sud-coréens. Elle signalait en même temps la chute de la bourse de Séoul.

Le Global Times et le China Daily ont également relayé l’information, mais le Waijiaobu s’est abstenu de tout commentaire. Le 17, après l’annonce de l’exécution par KCNA, Xinhua soulignait les inquiétudes sud-coréennes craignant une possible provocation de la Corée du nord. L’agence reprenait l’analyse de Kim Kwan-jin, ministre de la défense sud coréen pour qui « l’exécution de Jang constituait un tournant majeur du régime ». Selon lui, elle pourrait renforcer le pouvoir de Kim Jong-un dans l’immédiat, mais sera sans doute le ferment de désordres à long terme.

Enfin, les sources proches des renseignements chinois indiquent que la placidité officielle de Pékin cache une froide colère. Celle-ci monte depuis la prise de fonction du petit fils de Kim Il Sung, alors que, c’est le moins qu’on puisse dire, le courant ne semble pas passer entre lui et le régime chinois. En Août 2012, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, il n’était pas du voyage de 6 jours en Chine organisé pour Jang Song Taek et dont l’objectif était de revitaliser l’économie nord-coréenne en injectant des capitaux et une dose de libre entreprise.

Sur la question nucléaire, après de brefs espoirs en janvier 2012, suite à l’annonce par Kim le Troisième d’un moratoire sur les tests en échange d’une aide alimentaire, la situation se tendit brusquement en février 2013 après la troisième explosion nucléaire qui rallia une fois de plus la réprobation de Pékin. S’il est vrai que les menaces nord-coréennes et les postures de riposte par Séoul et Washington jouaient une partition déjà ancienne, répétée à chaque crise, marquée la plupart du temps par un chantage à l’aide humanitaire de Pyongyang, il y eu cette fois deux nouveautés.

La convulsion a mis plus de temps à se dénouer et Washington a très nettement augmenté ses pressions. Diplomatiques d’abord, sur Pékin, accusé de perpétuer la survie d’un État dangereux et erratique ; militaires ensuite, sur Pyongyang, par plusieurs démonstrations de force à l’occasion de manœuvres annuelles de l’alliance Séoul / Washington avec, le survol de la péninsule par 2 bombardiers stratégiques furtifs B2, venus des États-Unis où il sont retournés sans escale et par un B52 venant de Guam, tous à capacité nucléaire.

En dépit des manœuvres d’apaisement de John Kerry, qui semblait avoir compris que les démonstrations de force pourraient produire l’effet inverse de celui recherché et raidir encore le régime nord-coréen, le durcissement militaire de Washington ne se dément pas.

Début novembre 2013 l’Amiral Locklear, commandant les forces du Pacifique pointait du doigt la menace posée par les nouveaux missiles intercontinentaux nord-coréens de type KN-08 observés lors du défilé militaire de juillet 2013, à l’occasion du 60e anniversaire de la fin de la guerre de Corée. Peu après, alors que plusieurs experts avaient laissé supposer qu’il pourrait s’agir de leurres et indiqué que Pyongyang n’avait pas les capacités techniques d’adapter une tête nucléaire sur un missile, le Pentagone confirmait la menace.

C’est peu dire que le Bureau Politique chinois, déjà sous la pression des Américains et de quelques uns de ses chercheurs qui critiquent ses relations avec la Corée du Nord, est courroucé par la tournure prise par les événements à son voisinage immédiat qu’il entend contrôler coûte que coûte. Pékin qui se présente comme un l’intermédiaire incontournable d’une solution contrôlée et pacifique de la question coréenne, a en effet tout à perdre d’un enchaînement de provocations menaçant à fois la stabilité stratégique de son voisinage et la pertinence de sa vision du long terme.

Pour l’heure rien n’indique que la Chine pourrait modifier sa politique de soutien à Pyongyang, dont l’objectif est de faire évoluer le régime par le commerce et le développement économique. Alors qu’éclatait la nouvelle de l’exécution dramatique de Jang, on apprenait même qu’une nouvelle zone économique spéciale avait été créée pour accueillir des investissements chinois.

Pour nombre d’observateurs, il s’agissait là du signe que la Chine imperturbable, voyant loin, maintiendrait sa stratégie nord-coréenne qui mélange soutien indéfectible et remontrances, sans jamais aller trop loin dans les sanctions onusiennes, même quand elle les vote.

Mais selon une source à Pékin, la Direction chinoise aurait clairement mis Kim Jong Un devant ses responsabilités : soit revenir à des errements normaux, soit supporter les conséquences « imprévisibles » d’un durcissement de la Chine à l’égard de Pyongyang. On saura assez vite si la menace est réelle ou s’il s’agit d’un bluff.


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