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›› Editorial

Pyongyang et l’ambiguïté de « la nouvelle musique chinoise »

Doute unanime des experts.

Le ton est identique aux États-Unis. Avec cependant des variantes. Si les uns argumentent sur la constance de la position chinoise, les autres expliquent le soutien chinois aux dernières condamnations onusiennes, par une manœuvre tactique du nouveau Bureau Politique qui chercherait avant tout à apaiser ses relations avec Washington.

Mais sur le fond, rien de neuf dit, par exemple, Winston Lord, l’un des diplomates experts de la Chine les plus écoutés, ancien ambassadeur en Chine 1985 -1989, après avoir été, comme jeune fonctionnaire du Sate Department, au cœur du rapprochement sino-américain du début des années 70.

Il est aujourd’hui, à 76 ans, Président du Comité américain pour la défense des droits de l’homme en Corée du Nord. « Pékin est de plus en plus frustré par les attitudes de son voisin et son appui à Pyongyang heurte ses propres intérêts. Mais ses soucis de stabilité et ses craintes d’une réunification prendront le pas sur toute autre considération ». Exprimant un des plus grands agacements de Washington à l’égard de Pékin, il ajoute « Alors que tous les tumultes viennent de Pyongyang, la Chine continue d’appeler toutes les parties au calme ».

A ces doutes s’ajoutent les considérations pratiques évoquées par Marcus Noland et des experts chinois eux-mêmes qui pointent du doigt la difficulté de contrôler les trafics transfrontaliers dont le flux ne s’est pas ralenti, les réticences de la Chine à réduire ses exportations de pétrole ou de céréales, et l’absence de clauses contraignantes dans la résolution onusienne.

Celle-ci fait en effet reposer les mesures chinoises d’embargo financier sur des « informations crédibles » prouvant l’implication des fonds nord-coréens dans des achats d’armement, de matières ou d’équipements sensibles. En niant être en possession de preuves, Pékin pourrait facilement se dispenser de mettre en œuvre les sanctions.

Mais l’appréciation de situation la plus en phase avec les analyses réalistes – voire cyniques - qui, pour l’heure et jusqu’à preuve du contraire, refusent de spéculer sur une modification de la politique chinoise, vient peut-être de Andreï Lankov, historien russe, spécialiste de la Corée du nord, diplômé des universités de Leningrad et Kim Il-sung à Pyongyang (1985), depuis 8 ans professeur à l’université Kookmin à Séoul et éditorialiste du Korea Times.

Lankov explique en substance que les espoirs d’une modification de la position chinoise ne sont pas fondés. S’il est exact que la Chine souhaiterait tout à la fois « une péninsule stabilisée, non réunifiée et sans arme nucléaire », il est clair que, pour l’heure, l’objectif de dénucléarisation vient – contrairement à Washington - en dernière priorité, tandis que celui de la stabilité figure sans conteste en haut de la liste.

Il reste que, s’il est vrai que la dernière déclaration du Waijiaobu lui donne raison, il est de plus en plus faux de croire que l’actuelle trajectoire de Pyongyang vers le nucléaire militaire laisse Pékin indifférent. De même, la toute nouvelle implication de l’opinion publique chinoise, à laquelle le Bureau Politique est aujourd’hui plus attentif, ne peut pas être sans effet sur la Direction du régime et ses stratégies, surtout quand la Vox Populi, qui s’exprime sur les réseaux sociaux, dénonce l’aberration et les risques extrêmes d’un allié incontrôlable, montant en puissance nucléaire à ses portes.

Au demeurant, des voix s’élèvent depuis le cœur même du pouvoir chinois pour appeler à une correction de trajectoire. Et le nouveau n°1 du Parti, Président de la République y a récemment prêté une oreille attentive.


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Par Caligula Le 12/03/2013 à 19h20

Pyongyang et l’ambiguïté de « la nouvelle musique chinoise ».

Bonsoir,

Je me pose une question :

Toutes les provocations actuelles de la Corée du Nord, ne sont-elles pas à prendre en compte pour ce qu’elles sont : des provocations. J’entends par là, une sorte de « mise en scène » pour crédibiliser Kim le troisième ? Pour le rendre légitime aux yeux de la communauté internationale, pour asseoir son pouvoir ?

Salutations.

Par La Rédaction Le 14/03/2013 à 20h10

Pyongyang et l’ambiguïté de « la nouvelle musique chinoise ».

La provocation, qui par le passé, avait dérapé vers le terrorisme d’Etat, est inscrite dans l’ADN du régime. Le 25 juin 1950, Pyongyang s’était signalé au monde en attaquant par surprise la Corée du sud, que les troupes américaines avaient en partie évacué, et où Sygman Ree, mis en place par Washington, régnait en dictateur, n’hésitant pas à faire assassiner quelques un de ses opposants politiques. Au nord, la peur du communisme avait initié une fuite vers le sud de la partie de la population la plus aisée.

L’agression, fomentée par Kim Il Sung, le grand-père de Kim Jong-un, avait probablement été confortée par une promesse d’aide de Staline et un feu vert de Mao, au pouvoir en Chine depuis 8 mois. A quoi s’ajouta une déclaration de Dean Acheson, le secrétaire d’Etat américain, qui, peu de temps auparavant, avait déclaré à une réunion de presse que la péninsule coréenne ne faisait plus partie de la zone d’intérêt stratégique des Etats-Unis. Ce qui fut une bévue incohérente, dans la mesure où la partition de la Corée, de part et d’autre du 38e parallèle – qui ne devait être que provisoire pour faciliter la reddition des Japonais -, résultait d’un accord entre Moscou et Washington stipulant que des élections libres seraient organisées au nord, comme au sud, mais que les Soviétiques et Kim Il Sung dénoncèrent.

Par la suite, l’histoire a répertorié une longue suite de provocations parfois meurtrières et à caractère terroriste, rassemblées par le Congrès des Etats-Unis dans le document http://bit.ly/Z7d31t (document pdf). On retiendra l’attentat à la bombe contre le gouvernement sud-coréen de Chun Du Wan, en octobre 1983 (21 morts dont 3 ministres et 46 blessés, dont 14 membres du gouvernement) et la destruction en vol le 29 septembre 1987 - confessé par la femme complice de l’attentat – d’un Boeing de la Korean Air (115 morts). A quoi il faut rajouter, le 26 mars 2010, le torpillage terroriste en pleine Mer Jaune de la frégate sud-coréenne Cheonan, (46 marin morts dont beaucoup étaient des recrues faisant leur service) et, quelques mois plus tard, le bombardement de l’Ile sud-coréenne de Yeonpyeong (4 morts 18 blessés).

Aujourd’hui la situation se tend. Avec la possible, sinon probable, correction de trajectoire de Pékin, qui commence à s’inquiéter des progrès nucléaires de Pyongyang, les options du régime se réduisent, tandis que, pour la première fois depuis longtemps, Washington a réagi aux menaces du Régime avec une grande fermeté. Mettant au centre de sa rhétorique l’arme nucléaire de Pyongyang, le Conseiller sécurité d’Obama a en effet mis en garde : « Il ne doit pas y avoir de doutes, nous puiserons dans tout l’éventail de notre arsenal pour nous protéger et protéger nos alliés. Nous riposterons non seulement à l’usage des armes de destruction massive, mais également au transfert d’armes ou d’équipements nucléaires à des pays ou à des organisations tiers, que nous considérons comme une grave menace contre les Etats-Unis et nos alliés, et dont la Corée du nord sera tenue pour responsable. » On ne peut être plus clair.

Dans cette affaire, Pékin est seul, vaguement appuyé par Moscou, face à une alliance bien rodée entre Washington, Tokyo et Séoul. Plus encore, depuis la disparition de l’esprit d’indépendance et de courage qu’incarnait Kim Dae Jung, Séoul n’est plus que le suiveur vassalisé de Washington, sans aucune marge de manœuvre. C’est dommage, car Kim Dae Jung apportait une vision rafraîchissante et iconoclaste par rapport à celle de la Maison Blanche et des conservateurs sud-coréens, uniquement axée sur la menace nord-coréenne et les dividendes politiques que véhicule la peur. L’éloignement de cette vision, qui exprimait aussi la miséricorde des Sud Coréens à l’égard de leurs compatriotes du Nord, martyrisés par le régime, constitue sans nul doute un affaiblissement des possibilités d’apaisement.

On affirme que la fille de Park veut renouer avec ces stratégies dites de la « Sunshine policy », à condition, dit-elle, que Pyongyang soit capable d’y répondre. Ce qui pour l’heure ne semble pas être le cas, au contraire. Il resterait aussi à savoir si l’alliance des Chaebols et des militaires, qui règne à nouveau sur la Corée du Sud, après le bref intermède de Kim Dae Jung qui les avait mis au pas, la laissera faire. Quant au Nord, il est possible que Kim Jong-un soit le jouet de l’oligarchie militariste qui joue sa survie. Ce qui constitue un motif supplémentaire d’inquiétude, puisque l’arme nucléaire est l’assurance vie du régime. A quoi il faut ajouter que, contrairement à ce que dit Pékin, les marges de manœuvre négociables ont toutes été explorées et offertes à Pyongyang dans l’enceinte du dialogue à 6, entre 2003 et 2009. Toutes furent repoussées par le régime qui n’a jamais voulu accéder à la condition préalable de Washington, d’abandonner son programme nucléaire et a quitté les négociations en 2009.

Si l’on admet que les positions américaines et celle du Japon sont connues et ne varieront pas – renoncement à l’arme nucléaire par Pyongyang comme préalable à une négociation sur un traité de paix -, les inconnues qui demeurent sont : 1) Les intentions réelles de la Chine, dans un contexte où il est très probable que le PCC est en train de réévaluer sa politique nord-coréenne ; 2) La solidité interne du régime nord-coréen dans le cas hypothétique de l’augmentation des pressions chinoises ; question collatérale : la détermination du Régime à pousser à bout sa logique d’agression ; 3) la liberté de manœuvre de Madame Park, nouvelle venue dans ce jeu de Poker menteur, dont l’apport pourrait constituer un facteur adoucissant, offrant une possibilité de sortie du cul-de-sac, à condition que Pyongyang réponde favorablement – rien n’est moins sûr - et que ceux, à Soul et à Washington, qui surfent sur l’angoisse d’un cataclysme, lui laissent une marge d’initiative.

Par Anonyme Le 17/03/2013 à 13h06

Pyongyang et l’ambiguïté de « la nouvelle musique chinoise ».

Pékin bouge t’il ?

On peut, a priori en douter ;

Le lancement récent d’un satellite n’était que le dernier d’une longue liste de lancements de missiles plus ou moins ratés. Le fait que ce dernier tir ait été plutôt réussi est notable mais s’inscrit dans une stratégie nord-coréenne connue et annoncée depuis belle lurette.

Le troisième essai, jusqu’à preuve du contraire nucléaire (mais en est-on vraiment sûr ?), est certes fort déplaisant, mais la Corée du Nord était rentrée dans le club des joyeux lurons possédant la bombe, dès son premier essai. Les récentes déclarations belliqueuses et enflammées du régime sont déplacées et choquantes, mais pas vraiment différentes de celles proférées par le régime depuis plusieurs décennies…

On peut donc se poser la question de savoir où et dans quelle mesure, la Corée du Nord aurait franchi une limite inadmissible par son voisin chinois.

Que la Chine soit irritée c’est concevable. Pyongyang déstabilise une région que Pékin aimerait bien être seule à déstabiliser. La Corée du Nord pousse la Corée du Sud et le Japon à renforcer leurs armements et à se rapprocher d’un parapluie américain qui s’était fait plus discret dans la zone ; c’est agaçant…

Alors que la Chine se forge une nouvelle image de Grande Puissance, les exactions nord-coréennes font tâches en soulignant son incapacité à contrôler son impétueux petit voisin et a priori allié. Mais cette situation n ‘est pas nouvelle et la Chine s’en est toujours accommodée

Mais la Chine peut-elle pour autant laisser tomber son encombrant allié ?

Un effondrement du régime nord-coréen entraînerait une situation de crise majeure à la frontière nord-est de la Chine, où vivent quelques millions de coréens chinois, un exode massif et la possibilité de la perte d’un état tampon… Et une perte de face monumentale, aux yeux du monde et surtout d’une bonne partie de sa population…

Je pense que la Chine essaie de faire passer clairement un message flou : rien a changé mais pas trop quand même…Du genre, je t’aime, moi non plus…

Par Caligula Le 30/03/2013 à 23h03

Pyongyang et l’ambiguïté de « la nouvelle musique chinoise ».

Lundi, il me semble, la Corée du Nord à plus ou moins déclaré la guerre aux USA. Vendredi, elle s’est déclarée en guerre contre son voisin du Sud. La Russie à appelé à l’apaisement, ainsi qu’une grande partie du reste du monde...mais je n’ai pas entendu la Chine.
J’ai entendu deux personnes en train de discuter de ce conflit, l’une d’elles a dit : « Je m’inquiète, car le dirigeant Nord-Coréen a fait couper la ligne téléphonique le reliant à son homologue du Sud. » Ce à quoi son interlecuteur, lui a répondu :« Je serai beaucoup plus inquiet quand Pyongyang coupera la ligne qui la relie à la Chine. » C’est pas faux.

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