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›› Editorial

« 七个不要讲 – qige bu yao jiang – ». L’inquiétante panne des réformes politiques

La quadrature du cercle.

La contradiction politique hante les hommes politiques chinois depuis l’exigence de la « 5e modernisation ». Le défi à Deng Xiaoping, fut placardé le 4 décembre 1978 sur le « mur de la démocratie », lancé par Wei Jingsheng, qui fut emprisonné en mars 1979, avant d’être libéré une première fois en 1993, puis incarcéré à nouveau un an plus tard, et enfin expulsé aux Etats-Unis en 1997.

Jusqu’à il y a peu, la croissance tant de fois glorifiée à l’extérieur comme à l’intérieur pour ses bienfaits socio-économiques, et qui propulsa la Chine au rang de 2e puissance économique de la planète, constituait, en dépit des effets pervers, l’un des meilleurs adjuvants de la légitimité du Parti. Depuis 2008, cette logique est grippée.

Malgré un rebond en 2010, le rythme de la croissance se tasse inéluctablement. En 2013, elle pourrait être inférieure à 7%. Le volume des exportations baisse ; les investissements étrangers handicapés par une chute de la confiance se contractent ; malgré la hausse des salaires, le revenu des ménages n’augmente plus ou trop lentement, et la consommation intérieure peine à prendre le relais des exportations.

Quel que soit l’angle de vue, tout indique que la machine socio-économique doit être rénovée. Mais tout montre aussi que le pouvoir, inquiet pour sa survie, n’est, pas plus qu’en 1978 ou 1997, disposé aux ajustements politiques qui ouvriraient la voie d’une croissance modernisée.

Féodalités bureaucratiques.

Logiquement, les premiers élans réformateurs de la nouvelle équipe ne vont pas sans résistance. Les obstacles existent d’abord dans la sphère industrielle. Le premier se lit dans la réduction des ambitions unificatrices de la nouvelle agence de l’énergie qui n’aura probablement pas les pouvoirs d’un « super-ministère », dont la création aurait été bloquée par la Commission Nationale pour la Recherche et Développement (CNRD – acronyme anglais : NDRC), sur fond de rivalités sévères entre la NDRC, la commission de contrôle des actifs de l’état (SASAC), la CNPC, n°1 du pétrole chinois, véritable ministère occulte du pétrole et l’administration nationale en charge du réseau de distribution d’énergie.

Les défis, pourtant considérables, qui tarderont à être pris en compte du fait de cette hésitation, vont de la mise en place des réserves stratégiques d’hydrocarbures à la réduction de la consommation de charbon, en passant par la définition d’un plan à long terme pour sécuriser les importations de gaz et de pétrole, la rationalisation des prix et taxes de l’énergie – chasse gardée de la NDRC, très critiquée par les réformateurs - et la coordination des politiques antipollution, elles-mêmes dépendant des groupes de pression industriels, tenant sous leur influence nombre d’administrations locales.

Une autre résistance est apparue, qui affectera l’efficacité de la lutte contre la pollution. Alors qu’au ministère de l’environnement tout le monde attendait la nomination de Pan Yue, le très actif et très critique vice-ministre, gendre de Liu Huaqing, c’est son chef, Zhou Shengxian qui a été reconduit à ce poste.

L’incidence signale une hésitation néfaste sur la route d’un ministère plus efficace et moins soumis aux influences des lobbies. Enfin, la difficulté des réformes politiques s’exprime d’abord au travers des nominations des vice-premiers ministres et des postes cruciaux du ministère de la justice, où il apparaît que les réformateurs sont en forte minorité à 2 contre 5. Voir notre article La 12e ANP. Un sentiment d’urgence. Des intentions ambigüe.

Autisme politique.

Surtout, depuis son intronisation, le pouvoir n’a pas proposé de réponse claire aux inquiétudes des intellectuels qui mettent en garde le pouvoir contre la tentation d’alourdir les contrôles de la société et de réprimer sa libre expression. En réalité, contrastant avec les réformes économiques, le contrôle idéologique du pays n’a pas faibli. La force du quadrillage policier ne se relâche pas. Il vise d’abord à faire taire les voix critiques des intellectuels, que Xi Jinping lui-même a qualifié de « déviantes » et qu’il a accusées d’être « influencées par l’Occident ».

Selon le South-China Morning Post du 14 mai, le Secrétaire Général a, dans une réunion interne, défini 7 sujets dont l’évocation publique par les médias et les intellectuels serait interdite « 七个不要讲 – qige bu yao jiang – ». Il s’agit des erreurs historiques du Parti, des valeurs universelles, des tensions dans la société civile, du droit des citoyens, de l’indépendance de la justice, des privilèges de l’oligarchie et de la liberté de la presse.

Cette censure idéologique est cohérente avec la décision, prise lors de la 12e ANP, de regrouper sous une seule autorité le contrôle et la régulation de la presse, de l’édition, de la télévision et du cinéma. Il est évident que cette restructuration, acceptée par le Bureau Politique, porte la marque de Liu Yunshan, l’apparatchik de la propagande, l’une des figures politiques les moins ouvertes du Régime.

Le raidissement politique observé au milieu d’une série de réformes structurelles de l’économie et de l’administration constitue une réponse extraordinairement fermée aux inquiétudes maintes fois exprimées par les intellectuels réformistes du régime, dont certains diffusent un très sérieux sentiment d’urgence, également perceptible au travers des rapports de la 12e ANP, en mars dernier.

L’acuité des défis auxquels est confronté le pouvoir, qui observe avec une attention inquiète les effervescences des classes moyennes en Tunisie, en Turquie, au Brésil ou en Egypte, est tout entière résumée par la question qui agite une partie des dirigeants et les intellectuels chinois depuis de nombreuses années : « La Chine sera t-elle capable de se moderniser socialement et de mettre sur pied une économie performante, articulée autour de l’innovation, si le système politique du pays restait inchangé ? »


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