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L’analyse signale deux préoccupations majeures de la Maison Blanche. L’une concerne le risque d’une crispation durable des relations avec Pékin qui placerait l’ensemble des relations avec l’Asie sous le poids réducteur d’une compétition – confrontation sino-américaine, avec l’effet collatéral néfaste d’un risque de dérapage militaire. L’autre est, dans un contexte budgétaire contraint, liée aux interrogations qui pèsent sur la capacité américaine à durer, après les proclamations tonitruantes du mois de janvier 2012.
La vision révèle cependant un irénisme idéaliste. Les années 2010 et 2011 ont bel et bien exprimé un nationalisme chinois anti-américain, les Etats-Unis ayant, à plusieurs reprises, été traités d’indésirables dans la région par quelques hautes personnalités du Régime qui récusent également les ventes d’armes américaines à Taïwan.
En Juillet 2010, lors d’un forum de l’ARF à Hanoi, le ministre des Affaires étrangères (MAE) Yang Jiechi avait considéré les propositions américaines de s’impliquer comme médiateur dans le règlement des différends en Mer de Chine, comme une « agression » contre Pékin. En novembre 2010, un porte parole du MAE chinois rappelait l’opposition de Pékin à la « présence non autorisée de bâtiments de guerre étrangers dans la zone économique spéciale chinoise ». Par cette déclaration, il s’insurgeait contre la venue répétée des porte-avions de l’US Navy, aux abords du golfe de Bohai.
Les craintes de la Maison Blanche d’être entraînée dans un engrenage catastrophique sont illustrées par la situation qui prévaut actuellement autour des Philippines, ancienne colonie américaine émancipée en 1946, aujourd’hui son allié dans la région, après une présence militaire américaine qui s’est achevée en 1992.
Il y a un an, dans les environs du récif de Reed, (Reed Bank), situé à 130 nautiques au Nord-ouest de l’ile de Palawan, 2 patrouilleurs chinois avaient chassé un bâtiment de recherche, affrété par la compagnie britannique Forum Energy Plc (dont les actionnaires sont la compagnie philippine Philex Mining Corp et le First Pacific Group Hong Kong), travaillant au profit du gouvernement Philippin.
Encouragé par les bonnes perspectives d’un important gisement de gaz dans la zone, Forum Energy envisage de retourner sur place cette année et de commencer les forages. Simultanément, la marine américaine a planifié des manœuvres navales communes, non loin du récif de Reed.
Manille considère que les récifs sont à l’intérieur de sa zone économique spéciale, tandis que Pékin explique qu’ils sont partie de l’archipel des Spratly, qui s’étend sur plus de 400 000 km2, que la Chine revendique en totalité, tout comme Taïwan, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Brunei. Manille, qui a effectué des recherches dans cette zone depuis 1970, signale qu’en 2011 la marine chinoise a été à l’origine de 12 incidents d’intrusion dans les eaux philippines. L’augmentation des intrusions et des harcèlements chinois en 2011 a conduit le gouvernement philippin à se raidir.
Les risques de confrontation baignent dans deux logiques et légitimités contraires, elles-mêmes exacerbées par le potentiel de ressources d’hydrocarbures. Les premières, à Pékin, prennent racine dans une conception impériale et culturelle de l’espace chinois qui renvoie aux limites territoriales conquises par la dynastie Qing, dont les franges sont, au demeurant, agitées de tumultes récurrents, à Taïwan, en Tibet au Xinjiang et en Mer de Chine.
Les autres légitimités s’inscrivent dans l’histoire récente de la région, marquée par les victoires militaires des Etats-Unis et leurs alliés contre le Japon et la Corée du Nord, qui fondent la légitimité du pentagone, garant de la sécurité de la région, elle-même appuyée sur le droit de la mer.
