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›› Politique intérieure

Retour de flammes académique. Mise aux normes universitaire et contradictions marxistes

L’entrée de Qinghua dans le quartier de Haidian au nord-ouest de Pékin. Créée en 1911 Qinghua a été classée en 2019 au 22e rang mondial des universités par le « Times Higher Education World Reputation Ranking ». Première université non occidentale derrière 3 anglaises (Oxford et Cambridge, 1re et 2e, UCL 14e), 15 universités américaines, une suisse et une canadienne, elle a formé de nombreux dirigeants chinois en sciences politiques, en économie et en sciences sociales. Depuis 2015, elle est aussi au meilleur niveau mondial en sciences de l’ingénieur et en science informatique. Le 25 mars, le professeur Xu Zhangrun qui en juillet dernier avait directement critiqué le n°1 du Parti a été démis de ses fonctions et mis en examen par la présidence de l’Université.


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Il fallait s’y attendre, le professeur Xu Zhangrun, auteur le 24 juillet dernier d’une critique publique rédigée depuis le Japon et adressée au président Xi Jinping, intitulée « A l’heure de nos craintes et de nos espoirs » (lire : Fêlures) fustigeant le nationalisme ayant trahi les principes d’ouverture réformiste en vigueur depuis 1978, vient de subir un premier retour de flamme politique. Tout indique que ce n’est pas fini.

Le 25 mars, la présidence de Qinghua lui a signifié qu’il devait cesser ses cours, que son salaire serait réduit et qu’une équipe de l’université allait enquêter sur la lettre ouverte postée en juillet. Dans un message envoyé à ses amis sur son portable, Xu a partagé ses inquiétudes : « Je ne sais pas quelle sera la suite. Je m’étais depuis longtemps mentalement préparé à cela. Au pire je pourrais finir en prison ».

Le régime qui accepte les critiques sur les dysfonctionnements internes en phase avec le ressentiment social, n’a jamais toléré celles remettant en cause sa trajectoire politique ou la prévalence du Parti unique. Dire qu’il se méfie des intellectuels est un euphémisme.

Alors qu’en apparence le Parti unique inscrit son action à l’intérieur comme à l’extérieur dans la philosophie confucéenne humaniste et conviviale de l’harmonie, en réalité ses rapports avec les intellectuels dissidents restent inspirés par la philosophie des légistes.

En lisant la profession de foi du premier ministre du Qin Li Si, adressée à l’empereur, il y a plus de 2000 ans, on mesure la force de l’esprit de continuité dans la pensée politique chinoise qui, aujourd’hui, occupée à une lutte féroce contre la corruption met aussi sous le boisseau les déviants, les dissidents et les intellectuels sommés de se conformer aux « caractéristiques chinoises ».

« Que chacun fasse son métier ! Que les lettrés s’occupent de littérature ! Mais ils ont la fureur de se mêler de ce qui ne les regarde pas. Ils exaltent le passé, ils méprisent le présent ; infatués de leur courte sagesse, front contre front, nez contre nez, ils conversent mystérieusement, médisent de tout le monde, critiquent tes lois et tes ordonnances. »

Tenir à distance l’influence occidentale.

Depuis 2012, les universités chinoises contrôlent l’utilisation par les étudiants et les professeurs des livres et documents d’étude étrangers. Simultanément elles ont introduit un plus grand nombre de documents de recherche et d’études approuvés par le parti. (Photo Reuters).


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Depuis 2012, la méfiance envers la pensée politique dissidente est décuplée quand elle est exprimée de l’étranger et qu’elle se réfère, comme c’est le cas du professeur Xu, au modèle politique libéral occidental, considéré comme nuisible à l’épanouissement national et à l’esprit collectif.

Après le 19e Congrès qui en octobre 2017 affirma avec force la prévalence idéologique des « valeurs chinoises » de concentration des pouvoirs, clé de la souveraineté nationale et de la stabilité politique, les intellectuels déviants osant s’exprimer prennent des risques.

D’autant qu’en arrière-plan surnage toujours la crainte existentielle du Parti sérieusement choqué par les transes politiques internes de la secousse de Tian An Men et de la chute de l’URSS qui résonnèrent toutes deux au sein de l’appareil comme le tocsin d’une catastrophe inéluctable.

La raideur politique du régime décidé à ne prendre aucun risque face aux influences occidentales expliquait déjà la sévérité des sanctions qui frappèrent Liu Xiaobo condamné à 11 ans de détention en décembre 2009 et décédé en prison le 13 juillet 2017, pour avoir réclamé le multipartisme, l’indépendance de la justice et – de manière très utopique - l’évolution vers un système fédéral.

Les critiques de Xu ne vont pas aussi loin dans la remise en cause du Parti. Ouvertement il ne conteste pas sa prévalence et ne fait que dénoncer sa stratégie de centralisme extrême à l’origine d’un malaise dans la société qui, dit-il, « s’interroge avec angoisse sur la route suivie par le pays. »

Mais sa mise en examen par ses pairs s’inscrit dans une campagne d’une envergure exceptionnelle pour tenir sous le boisseau les médias et recadrer idéologiquement le système éducatif et les scientifiques, des écoles primaires aux grandes universités en passant par les centres de recherche accusés de se laisser influencer par des « idées hostiles » occidentales.

L’offensive la plus visible et celle à laquelle la nouvelle classe moyenne, la jeunesse et la communauté des expatriés sont très sensibles, frappe Internet dont l’ouverture et la réactivité se sont récemment effondrées.

Lire : Main basse politique sur l’information et Internet pour protéger le Parti.


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