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›› Editorial

Retour des luttes politiques au sommet ?

Quel sens politique ?

C’est dans ce contexte que les spécialistes s’interrogent sur la signification réelle de cet essai nostalgique et sentimental, en apparence bienveillant et tout imprégné de la profonde affection de Wen pour son maître en politique.

Depuis Pékin, Russel Leigh Moses, Professeur de Sciences Politiques à l’Université du Peuple se demande si Wen Jia Bao parle pour lui-même ou s’il mène une charge réformatrice contre la vielle garde fermée et rebelle à toute ouverture ? Est-ce une offensive pour relancer les objectifs du 17e Congrès qui visaient à replacer les laissés pour compte au centre des préoccupations du Régime ? Sommes-nous en face d’une manœuvre de contournement de la bureaucratie, rebelle aux réformes politiques, ou est-ce l’avant signe d’un coup de barre du régime, déjà plus ou moins entériné ?

Dans cette même veine, et pour compléter l’éventail des analyses et des réflexions possibles, on doit aussi se demander si Wen Jiabao ne répond pas à une attaque directe de ceux dont les intérêts d’affaires et de pouvoir sont directement menacés par la politique de rééquilibrage, sans oublier de s’interroger sur la nature de ses relations avec le Président, rarement évoquées par les observateurs, et dont la solidité ne va pas de soi.

S’il est vrai que les deux hommes étaient par le passé tous deux liés au clan de Hu Yaobang et à la mouvance de la Ligue de la jeunesse, il n’en reste pas moins que Wen se réclame aujourd’hui d’une filiation politique éliminée par Deng, qui fut, en revanche, le mentor ultime de Hu Jintao.

Rajoutons que, quand il était en charge du Tibet, ce dernier n’avait pas tenu compte des principes énoncés par Hu Yaobang sur la bonne gestion du Tibet. Enfin, le fait que pendant les huit années de pouvoir du couple Wen Jiabao et Hu Jintao, les droits civils et politiques n’ont connu que de maigres améliorations, constitue peut-être une amère frustration pour le disciple de Hu Yaobang. Pour certains, elle serait la principale motivation de son initiative.

A Washington, David Shambaugh, plus mesuré, exclut qu’il puisse s’agir d’une attaque d’une faction contre une autre et opte pour une opération de ralliement des indécis autour d’une ouverture politique prudente du régime. C’est également la thèse de Jing Huang professeur à l’Université Lee Kwan Yu de Singapour.

Yang Jisheng, vétéran de l’agence Xinhua et habitué des luttes politiques internes au Parti, estime qu’il s’agit d’un « pas vers plus de libéralisme », mais que l’initiative ne présage certainement pas un changement politique radical. D’autre, plus cyniques, comme Zhan Jiang, journaliste à l’Université Internationale de Pékin estiment que Wen Jiabao ne cherche qu’à capter à son profit la renommée posthume de Hu Yaobang.

Alors que les premiers signes des batailles de succession sont déjà apparus (échec de Xi Jinping à la Commission Militaire Centrale au 4e plénum du Comité Central de septembre 2009 ; critiques directes contre la politique de l’enfant unique, contre les erreurs du Parti au Tibet ou contre le « passeport intérieur » ou Hukou), l’article de Wen Jiabao est peut-être un message adressé au Parti sur l’urgente nécessité, sous peine de crise politique grave, de rééquilibrer le développement entre les villes et campagnes, et entre les nouveaux riches et les laissés pour compte, dont les frustrations s’expriment de plus en plus ouvertement, souvent très crûment par le truchement du net.

Quoi qu’il en soit, alors que pour la première fois depuis l’accession de Hu Yaobang au poste de Secrétaire Général en 1981, la transition au plus haut sommet du Parti se fera sans l’adoubement direct ou posthume de Deng Xiao Ping, on peut faire l’hypothèse que les rivalités de clans et de chapelles seront mécaniquement plus féroces.

Aujourd’hui, alors que s’était installée l’idée rassurante d’une normalisation progressive de la transition du pouvoir d’une génération à l’autre, l’article du Premier Ministre résonne comme un inquiétant craquement sur la scène politique chinoise, peut-être annonciateur de secousses plus graves.

Après trente années d’anesthésie post révolutionnaire, sous la caution du « Petit Timonier » qui avait directement désigné tous ses successeurs, jusqu’à Hu Jintao lui-même, les luttes politiques chinoises sans merci au plus haut sommet du Parti seraient-elles de retour ?


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