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Schizophrénie maoïste

Il y a trente ans s’éteignait, en même temps que Mao, la révolution culturelle, cette expérience démoniaque qui plongea la Chine dans l’anarchie pendant dix ans et provoqua la mort de plusieurs dizaines de millions de Chinois de toute les classes sociales.

Revisitant cette période, les historiens chinois se rappellent qu’au lendemain de la mort de Mao, en septembre 76, le soulagement avait remplacé l’obsédante atmosphère de suspicion et de terreur qui fut le lot quotidien d’un grand nombre de Chinois pendant le long règne du Grand Timonier.

La crise de succession qui suivit fut aussi une succession de crises (arrestation de la Bande des Quatre, intermède néo-maoiste sous la direction de Hua Guofeng, prise de pouvoir par les rénovateurs).

Elle se termina en 1978 par l’arrivée au premier plan du pragmatique Deng Xiao Ping, et la remise en cause partielle du règne de Mao par les instances centrales du PCC. Ces dernières décidèrent une fois pour toutes que le bilan du despote n’était positif qu’à 70%.

Cette proportion qui semblerait confortable aux yeux d’un Occidental habitué aux sondages serrés, révèle en fait une sévère remise en cause par la haute hiérarchie du Parti. Celle-ci gardait en effet en mémoire que de Zhou Enlai à Peng Dehuai en passant par Liu Shao Qi, jusqu’à Deng Xiao Ping lui-même et tant d’autres, les plus hauts dirigeants furent tous brutalement malmenés par Mao, fasciné par le pouvoir solitaire et animé d’une impitoyable férocité envers ceux qui s’opposaient à ces rêves de grandeur et à ses délires collectivistes, principales causes des misères des campagnes chinoises entre 1959 et 1962.

Jusqu’à une période récente, jugeant l’héritage de Mao, les biographes occidentaux avaient tous plus ou moins adopté cette proportion de 70/30, qui solde les comptes d’un règne tourmenté, marqué par d’incessants coups de barre idéologiques, sur fond de mobilisation des masses, par lesquels Mao cherchait la voie la plus rapide pour atteindre une place dans le concert des grands et bénéficier d’une influence planétaire.

Interrogés aujourd’hui, les intellectuels chinois qui mesurent les effets pervers des secousses infligés à leur pays, restent laconiques, se contentant d’affirmer que Mao est le fondateur de la Nation chinoise moderne qui a redonné sa fierté au peuple, après la longue série d’humiliations infligées à la chine par les Occidentaux et le Japon.

Mais des biographies récentes dressent un portrait bien plus accablant du grand homme. Arrêtons nous à celle écrite par Jon Chang (Les cygnes sauvages) et son mari Jon Halliday, parue en Angleterre en 2005 chez J Cape et en Juin 2006 chez Gallimard, dans sa traduction française (Mao, l’histoire inconnue).

Le mythe ou ce qu’il en restait est balayé, piétiné, écrasé par l’impitoyable rouleau compresseur des faits et des arguments rassemblés par des centaines d’interviews menés pendant dix années, au cours desquelles les auteurs ont aussi consulté des fonds d’archives longtemps méconnus.


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