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Schizophrénie maoïste

A y regarder de plus près, à Shaoshan, l’affaire, qui a pris une tournure religieuse plutôt inconvenante, n’était à l’origine qu’une idée commerciale lancée par les promoteurs « d’un tourisme rouge » sur les traces de celui qui reste toujours, en dépit des remises à jour, le grand homme de la Chine moderne.

Tous ces télescopages, confusions et non-dits montrent au moins que la Chine n’est pas complètement prête à faire face à ce passé trop récent. Ils disent aussi à quel point le mythe est utile, dessinant au travers du visage rond et bienveillant de Mao dans la force de l’âge accroché aux murailles de la Cité Interdite, la glorieuse épopée édulcorée et magnifiée du Parti, aujourd’hui aux prises avec des problèmes de légitimité.

La Chine procèdera t-elle un jour à une « démaoïsation » ; à l’image de la déstalinisation opérée par Khroutchev, trois ans seulement après la mort de Staline ? On peut en douter. Trente ans après la disparition de Mao, le pays est propulsée par un système économique en totale contradiction avec l’idéologie maoïste ; les idées du Grand Timonier, de la révolution mondiale à la politique démographique, en passant par le système d’encadrement des masses et les critiques de Confucius sont unanimement rejetées.

Mais la statue du fondateur de la République Populaire est toujours debout. Elle porte toujours la fierté et la nostalgie de nombreux Chinois.

Peut-être cette fidélité est-elle aussi le signe que les peuples d’Asie n’arrachent que rarement les pages de leur histoire [2], mais les accumulent les unes après les autres, pour tenter d’en faire un héritage homogène, au prix d’incessants accommodements avec les faits.

La vérité et les leçons du passé n’y trouvent que rarement leur compte, mais l’histoire commune y est glorifiée comme par une chanson de geste tragique. Ce n’est pas la moindre des ironies que la mémoire de celui qui voulut bouleverser la Chine au point d’éradiquer sa culture, piétiner le Confucianisme, abandonner l’écriture chinoise, bénéficie aujourd’hui de l’attachement des Chinois à tout leur passé, quel qu’il soit.

A Pékin on devrait se souvenir de cette tendance lourde des peuples d’Orient, quand on s’offusque des visites du Japonais Koizumi au temple Yasukuni, qui abrite la mémoire militaire du Japon, où l’héroïsme tragique voisine avec la sombre histoire des criminels de guerre.

Note(s) :

[2De ce point de vue, Mao qui voulait « faire table rase » du passé de la Chine, de ses traditions et de sa culture, fut un dirigeant assez peu en phase avec les ressorts profonds de l’âme chinoise qui vénère le passé, quitte à le manipuler.


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