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›› Politique intérieure

Sévère campagne de rectification de l’appareil de sécurité

Le 8 mai 2018, procès de Sun Zhengcai, ancienne étoile montante du parti, n°1 à Chongqing, membre du Bureau Politique, condamné à la prison à vie pour avoir détourné 170 millions de Yuan (120 millions d’€).


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Au lancement de la campagne anti-corruption par Xi Jinping, en 2013, nombre d’observateurs avaient salué le courage du nouveau n°1 chinois engagé dans une lutte sans merci contre la corruption au sein du Parti. Il y avait urgence.

Dans son ouvrage intitulé « Modifier notre approche culturelle de l’histoire 改造 我们的文化历史观 - gaizao women de wenhua lishi guan - », le sociologue Zhang Musheng avait sonné l’alerte : « Aujourd’hui il n’y a pas seulement une collusion entre des bureaucrates corrompus, le capital et des intermédiaires parasites, il y a aussi les dirigeants qui se vendent et la manipulation du pouvoir politique corrompu par des réseaux criminels ».

Derrière cette façade d’une intention vertueuse plane cependant depuis l’origine des mises en examen, l’accusation que la campagne est aussi le moyen de débarrasser le Parti des opposant à Xi Jinping. QC a souvent analysé ces évolutions. Le coup de balai qui s’accompagne de la mise au pas des universitaires, d’une surveillance tous azimuts de la société et d’une féroce censure, est en effet d’une ampleur inédite.

Au cours des presque huit années de la mandature de Xi Jinping à la tête du Parti, plus de trois millions de cadres ont fait l’objet d’enquêtes pour corruption. Le 16 janvier dernier le site web de CGTN, la télévision officielle du régime, avait mis en ligne un graphe montrant le nombre de cadres corrompus punis chaque année. Les chiffres vont de 173 000 en 2012 à 621 000 en 2018 en passant par 485 000 pour les 10 premiers mois de 2019.

Persistance d’une corruption endémique.

Dessin paru dans le South China Morning Post, le 29 mai 2014.


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Est-ce à dire que le fléau de la corruption est éradiqué ? Il est permis d’en douter.

Récemment courait dans la presse chinoise et les réseaux sociaux l’histoire compliquée mais édifiante, racontée par le WSJ, d’une officine de prêts d’argent, banque parallèle, tenue à Baotou, par un officier de police.

Conduites en marge de son travail de fonctionnaire de sécurité, ses affaires étaient concurrentes de celles d’un prêteur dénommé Wang Yongming. Quand ce dernier fut arrêté par la police qui l’accusait d’être à la tête d’un réseau d’usuriers, sa fille accusa le prêteur-policier d’avoir monté l’affaire de toutes pièces.

Selon elle, assignant en justice son père, le policier véreux voulait lui extorquer l’argent qu’un débiteur indélicat, ayant emprunté aux deux officines, refusait de rembourser au policier. Les avocats de Wang accusèrent la police de Baotou d’avoir fabriqué des preuves et refusé sa mise en liberté alors, que souffrant de diabète, Wang avait subi une greffe de rein et l’amputation d’une jambe.

L’affaire est entrée en ébullition sur WeChat quand les avocats de Wang dévoilèrent à la fois la prévarication de la police et la corruption d’un des procureurs qui demanda un pot de vin de 300 000 Yuan (43 000 $) aux enfants de Wang pour statuer en faveur de leur père. Mais la mise à jour de la corruption du juge et la pression des réseaux sociaux n’eurent pas d’effet. Le magistrat indélicat ne fut pas récusé, le policier véreux ne fut pas inquiété et l’avocat de Wang écœuré, finit par jeter l’éponge.

La persistance du cancer de la corruption qui ronge les strates administratives du pays et, dans ce cas, la police et le système judiciaire, dernières cibles en date de Xi Jinping, pose la question d’un dysfonctionnement endémique du système politique chinois.

Causes endogènes de la corruption.

Quelle que soit la brutalité des campagnes, la corruption persiste, entretenue par des causes endogènes. L’absence d’indépendance de la justice, induit les soupçons systématiques de purges politiques. Dessin paru dans The Economist, le 24 septembre 2015.


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En septembre 2014, Qiao Cuixia, membre de l’Académie des Sciences Sociales du Shandong et ancienne de l’École du parti de la province, avait rendu publique une étude soulignant que la corruption endémique pouvait avoir des causes à la fois culturelles, sociologiques et politiques.

En substance le travail doutait de l’efficacité des campagnes de répression, quelle que soit leur violence, estimant qu’elles ne traitaient que les symptômes du mal et s’abstenait d’en considérer les causes profondes. Lire : Guerre contre la corruption : le Parti s’interroge sur lui-même.

On y lisait que le fonctionnement même de l’appareil qui isole souvent les cadres mutés loin de leur famille et les place sous la contrainte permanente des surenchères de l’efficacité et de la compétition entre collègues, poussant au mensonge, au camouflage, à l’autopromotion et à la recherche d’appuis dans la hiérarchie, étaient les vraies racines de la corruption.

Pour autant, l’article de QC soulignait que le rapport de l’Université du Shandong ne mentionnait pas la faille essentielle des campagnes anti-corruption, conduites non pas au nom du Droit, mais de la morale et de l’efficacité politique du Parti, pour préserver son magistère.

Développée entièrement à l’écart du système judiciaire chinois et pilotée de manière semi-opaque par une Commission étroitement contrôlée par le Comité Permanent, la campagne, disait Jean-Paul Yacine, pourrait être accusée d’être en réalité l’instrument d’une lutte de clans ou d’une épuration politique.

Nous y sommes.


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