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Stratégie agressive et retours de flamme

Le vent tourne. Manille prend Pékin à contrepied.

A l’annonce de la volte-face de Manille renonçant – pour 6 mois renouvelables - à rompre l’accord de stationnement des forces américaines sur l’archipel, le MAE philippin Locsin a commenté la volte-face de R. Duterte : « Un homme qui ne change pas d’avis ne peut rien changer. » (…) Dans les circonstances changeantes du monde, alors que la pandémie fait rage et que des tensions s’accroissent entre les 2 superpuissances, un leader mondial doit être vif d’esprit et réagir rapidement pour garantir la sécurité de notre nation et la paix du monde ». Il a ajouté : « Nous sommes impatients de poursuivre notre solide partenariat militaire avec les États-Unis, même si nous continuons à tendre la main à nos alliés régionaux pour bâtir une défense commune vers la stabilité et la paix durables et la poursuite du progrès économique et de la prospérité dans notre partie du monde ».


*

Tout juste un mois après ces remises en cause internes contrastant clairement avec les habitudes de secret du Waijiaobu toujours aligné sans état d’âme sur l’exécutif, s’est produit en Asie du Sud-est un événement justifiant a posteriori les inquiétudes des diplomates chevronnés mettant en garde leurs jeunes collègues contre les retours de flammes.

Dans cette zone d’intérêt stratégique direct de Pékin couvrant la mer de Chine du Sud, où le régime s’évertue à nier la légitimité de la présence militaire américaine - « La sécurité de la région ne doit pas dépendre de forces étrangères a répété Xi Jinping à plusieurs reprises » - le président philippin, Rodrigo Duterte, chef d’État excentrique habitué des contrepieds diplomatiques y compris assorties de déclarations insultantes – le 5 septembre 2016, il avait traité le Président Obama de « fils de P.. » [1] (voir la vidéo sur youtube) – vient de se livrer à une volte-face acrobatique qui restera dans les annales des relations internationales, dont le classicisme impassible est pourtant depuis 2017 déjà très sérieusement chambardé par D. Trump.

Le 11 février dernier Duterte qui, séduit par la perspective gagnant - gagnant proposé par Xi Jinping [2], avait dès son investiture adopté une position prochinoise radicalement contraire à celle de son prédécesseur Benigno Aquino III, confirmait que Manille mettait fin aux accords de stationnement des troupes américaines assorti de 300 exercices conjoints annuels.

Mais, 4 mois plus tard, le 2 juin, Manille est revenu sur sa décision. La Maison Blanche en a été informée par une note diplomatique signée du MAE Teodoro Locsin justifiant la décision par « des évolutions politiques et autres modifications survenues dans la région ».

Unanimes, tous les experts de la région attribuent la décision à la brutalité de la stratégie de Pékin récemment décrite par QC dans une analyse de François Danjou : En mer de Chine du sud, les limites de la flibuste impériale chinoise.

Dévoilées aujourd’hui, les tensions avec Pékin, sujets de controverses internes à la classe politique à Manille murissent sous la surface depuis 2016.

Le sujet n’est pas anodin puisqu’au-delà des questions de souveraineté sur les récifs, notamment celui de Scarborough à 128 nautiques des cotes philippines, clairement à l’intérieur de la ZEE de Manille, mais réclamé par la Chine en dépit de l’arbitrage de la Cour de La Haye du 12 juillet 2016 (document pdf) que Pékin ne reconnaît pas, les différends menacent la souveraineté de Manille sur le gisement d’hydrocarbure de Reed, vital pour l’approvisionnement en énergie de l’archipel. Lire : Mer de Chine du sud. La carte sauvage des hydrocarbures. Le dilemme de Duterte.

Note(s) :

[1Engagé dans une campagne de nettoyage brutal contre les trafiquants de drogue, assortie d’exécutions extra-judiciaires, il réagissait contre les critiques de la Maison Blanche qui l’accusait d’avoir tué 2400 personnes sans jugement. A quoi il avait aussi répliqué : « d’autres mourront encore tant que les rues n’auront pas été débarrassées de tous les trafiquants »

[2Lire : les efforts déployés par Pékin dès l’automne 2013 après le lancement de la stratégie des nouvelles routes de la soie par Xi Jinping 2 mois plus tôt au Kazakhstan : Trombe diplomatique chinoise en Asie du Sud-est.


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