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›› Editorial

Taiwan dommage collatéral de l’apaisement entre Xi Jinping et D. Trump ?

Taïwan un atout négociable. Mais jusqu’à quel point ?

Le risque que Taiwan devienne l’atout négociable d’une transaction de D. Trump avec Xi jinping est atténué par la puissance de TSMC. L’usine taiwanaise fabrique grâce à ses équipements à très haute performance des microprocesseurs à l’extrême finesse de 2 nanomètres indispensables au développement du secteur de l’IA aux États-Unis comme en Chine.

Leur production de masse difficilement transférable à court terme aux États-Unis, qui devrait atteindre 60 000 unités par mois en 2026, est déjà en cours dans les usines du groupe à Kaohsiung et Hsinchu. Image Asia, Technology.


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Envisageant le pire, Campagnol ajoute que sa domination sur les terres rares qui s’ajoute à la puissance de plus en plus dissuasive de son aéronavale, pourrait inciter la Chine à forcer la main de Trump pour l’inciter à des concessions que, jusqu’à présent, aucun chef d’État américain n’avait accepté.

Le « deal » se ferait par exemple en échange d’un accès plus large au marché chinois dans certains secteurs jusqu’ici fermés aux investissements étrangers (sécurité nationale, culture et médias de divertissement et d’information, services juridiques, énergie nucléaire.)

Le précédent aurait des conséquences dévastatrices. Taïwan serait réduit à un simple argument de négociation et son statut purement et simplement subordonné à la quête de gains à court terme de D. Trump.

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Mais en contrepoint de son pessimisme, Campagnol évoque lui-même les limites des marchandages, dont l’essentiel est la forte dépendance de l’Amérique à l’industrie des semi-conducteurs fabriqués dans l’Île qui s’inscrit dans la domination planétaire des puces très haut de gamme fabriquées par TSMC que ni Washington ni Pékin ne peuvent ignorer.

D. Trump peut bien envisager de réduire sa dépendance excessive à l’égard de Taïwan, mais la vérité est que l’avance technologique de TSMC n’est pas près d’être rattrapée.

Dès le second semestre 2025 le groupe taiwanais produira en exclusivité et en série sa puce de 2 nanomètres dont la fabrication est difficile à transférer à court terme en Arizona et dont les performances indispensables aux équipements dotés d’IA multiplieront notablement les capacités et la vitesse de traitement des données.

Cette dépendance restreint la liberté de Trump de passer Taïwan par pertes et profits, notamment parce que le marchandage compromettrait les fondements mêmes de la compétitivité économique et de la sécurité nationale des États-Unis.

En d’autres termes, le coût du « deal » s’élève à mesure que les performances des puces TSMC deviennent indispensables au développement de l’Intelligence artificielle.

Pour autant, la menace stratégique pesant sur l’Île demeure.

Face à l’incertitude américaine, cultiver les atouts de résistance de l’Île.

Outre que la côte ouest face à la Chine n’offre que de minces plages de débarquement, quand la façade Est n’en a aucune, le puissant relief de l’Île recelant un grand nombre de postions de repli pour une résistance, compliquerait une invasion terrestre. La photo de droite (Edison Tours) montre l’entrée des gorges du parc national de Taroko sur la côte Est, près de Hualien.


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Le 11 septembre Brahma Chellaney contributeur du Taipei Times, professeur au centre de recherche stratégique de New-Delhi, ancien conseiller du MAE indien, analysait que l’Île « se trouvait à l’épicentre d’un bouleversement majeur qui déterminera l’architecture sécuritaire future de la région indopacifique. »

C’est pourquoi dit-il, « la victoire ou l’échec de la dissuasion [face aux pressions chinoises] se répercutera bien au-delà du détroit de Taïwan et transformera fondamentalement la dynamique du pouvoir mondial. »

« Alors que la stratégie de Pékin dans le Détroit est globale (intimidation militaire et isolement diplomatique de l’Île, coercition économique et opérations d’influence sophistiquées visant à fracturer de l’intérieur la société démocratique taïwanaise), les enjeux sont cruciaux.  » (…)

« Le défi est amplifié par les divisions politiques internes de Taïwan touchant aux questions fondamentales de l’identité de l’île et de ses relations futures avec la Chine. À mesure que se cristallise la polarisation politique de la société taïwanaise, la capacité de l’Île à forger un consensus sur les décisions sécuritaires essentielles s’affaiblit, précisément au moment où l’unité serait une condition de sa survie. »

« Au même moment, mise à mal par l’approche disruptive et opportuniste de D. Trump, la certitude implicite que la supériorité militaire américaine et la solidarité démocratique protégeraient l’Île d’une agression chinoise, s’effondre. » (…) Tandis que, « l’imprévisibilité de la situation a récemment été augmentée par la guerre économique livrée à l’Inde, principal partenaire stratégique de l’Amérique en Indopacifique. »

De l’analyse de Chellaney émergent trois évidences.

La première est que « La Chine s’est lancée dans l’expansion militaire en temps de paix la plus rapide et la plus ambitieuse de l’histoire de l’humanité. » (NDLR : Entre 1985 et 2024, en tenant compte de l’estimation des dépenses cachées non officielles, selon le CSIS de Washington, le budget militaire de la Chine est passé de 25,1 à 317,6 milliards de $.) [2]

La deuxième évidence évoque la « survie de Taïwan ». Elle dépend, dit Chellaney, « de l’abandon de présupposés sécuritaires dépassés et de l’acceptation de la dure réalité. » (…)

« La dissuasion qui ne peut reposer uniquement sur des garanties extérieures, doit commencer par des capacités d’autodéfense crédibles exploitant les avantages géographiques inhérents à Taïwan, dont le relief montagneux et le faible nombre de plages propices à un débarquement de vive force, constituent les principaux atouts. »

Troisième évidence : Dans ce contexte, Chellaney suggère de « privilégier les capacités asymétriques rustiques contre les équipements sophistiqués couteux, allant des missiles antinavires mobiles, aux unités de défense côtières décentralisées capables d’opérer de manière autonome sous un bombardement de missiles intense, en passant par les mines côtières anti-navires et des essaims de drones défensifs. »

Ces propositions recoupent en partie celles énoncées par le milliardaire taiwanais des microprocesseurs Robert Tsao, engagé avec sa fortune dans la promotion de la résistance à la Chine (lire A l’ombre de Pékin, un « Double Dix » à l’esprit de résistance), y compris en cas de la défection du bouclier américain.

Au total, la vérité est que les stratégies de Trump augmentent la vulnérabilité de Taïwan. Il est certes possible d’en réduire les effets en élargissant les partenariats avec d’autres pays, en implantant les groupes taïwanais sur les marchés émergents et en protégeant la compétitivité commerciale et technologique de haute valeur ajoutée de Taïwan.

Mais la menace principale demeure.

Tant que la Maison Blanche considérera chaque négociation comme un marchandage en échange de bons procédés, Taïwan risque d’être traité par D. Trump comme l’atout négociable d’un accord historique avec Xi Jinping dont il espère qu’il pèsera dans sa quête du prix Nobel de la paix.

Note(s) :

[2Sans ignorer les handicaps toxiques de la corruption interne et des possibles grippages de la loyauté à Xi Jinping qui plombent la sérénité de l’APL (lire : Coup de balai à la tête de l’APL, Purge à la tête de la composante missiles & Lutte contre la corruption ou « rectification maoïste » ?), le CSIS décrit la spectaculaire montée en puissance militaire de la Chine qui se vérifie dans tous les domaines.

Qu’il s’agisse du nombre de navires de combats passé de 221 en 2005, à 395 en 2025, du nombre de chasseurs de combats, avec 230 appareils de 5e génération en 2024, contre seulement 6 en 2017, ou du nombre de ses têtes nucléaires passé de 235 en 2005 à 600 en 2025.


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