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Futurs comparés de l’Inde et de la Chine.
La RAND Corporation vient de publier une très longue analyse du potentiel d’avenir comparé de l’Inde et de la Chine à l’horizon 2025. La conclusion de ce travail extrêmement fouillé aborde les points suivants :
Démographie
La proportion en âge de travailler déclinera en Chine à partir de 2012, induisant une augmentation rapide du nombre de personnes dépendantes. En revanche la proportion des actifs continuera à augmenter en Inde jusqu’en 2030.
A partir de 2031, l’Inde sera favorisée par une proportion de dépendants – moins de 15 ans et + de 65 ans – nettement moins forte qu’en Chine. Mais elle ne pourra tirer partie de cet avantage que si elle investit plus dans l’amélioration du capital humain – santé et éducation-.
Macroéconomie
Contrairement aux idées reçues, les estimations de croissance moyenne entre 2020 et 2025 se rejoignent à 5,7% pour la Chine et à 5,6% pour l’Inde avec des marges comprises entre 9% et 3,8% pour la Chine et entre 8,4% et 2,8% pour l’Inde. En valeur constante, en 2025, les PNB seront de 6500 Mds de $ pour la Chine et de 2100 Mds de $ pour l’Inde.
Si l’Inde fera valoir ses atouts dans les domaines de l’environnement des affaires, de l’état de droit, de la stabilité institutionnelle, des technologies de l’information et du droit de propriété, la Chine sera en revanche favorisée par une meilleure productivité, plus d’investissements et de meilleures infrastructures.
Science et technologie
La Chine possède un avantage du à de plus forts investissements en R&D – aujourd’hui le 3e pays au monde, derrière les Etats-Unis et le Japon, en hausse de 18% depuis 2000 -. Il est deux à trois fois plus important que celui de l’Inde selon les modes de calcul. La Chine forme 70% d’ingénieurs de plus que l’Inde, avec cependant la variable aléatoire de la qualité.
En effet, selon une enquête 2005 de l’Institut Mac Kinsey, les Directeurs des ressources humaines de 80 grands groupes interrogés n’engageraient que 10% des diplômés chinois, contre 25% des diplômés indiens. Si on considère les résultats de la recherche et de ses applications, tous les paramètres de péréquation pris en compte, y compris après élimination des pertes en ligne chinoises dues à un déficit de qualité de la recherche, le rapport Chine–Inde des doctorats et de leurs applications pratiques est toujours de 1,5 à 1,7 en faveur de la Chine.
Défense et équipements militaires
Selon les modes de calcul, et en fonctions de plusieurs hypothèses, les chiffres estimés tenant compte de la parité des pouvoirs d’achat et des incertitudes des publications officielles, encore plus opaques en Chine qu’en Inde, en 2025, l’estimation haute indique que les budgets de la défense seraient compris entre 94 et 277 Mds de $ pour l’Inde et entre 688 Mds de $ et 1200 Mds de $ pour la Chine.
Les chiffres de l’estimation basse sont compris entre 82 Mds et 242 Mds de $ pour l’Inde et entre 267 Mds et 488 Mds de $ pour la Chine. En moyenne, les dépenses de défense chinoises seraient donc 4 fois supérieures à celles de l’Inde sur la période 2012–2025.
Ressentiment et méfiances populaires.
En Inde, la méfiance à l’égard de la Chine grandit à mesure que cette dernière affirme sa puissance dans la région. Selon une enquête de Pew Global Attitude Project, en 2011, seulement 25% des Indiens ont une opinion favorable de la Chine, en baisse de 9% par rapport à 2010 et de plus de 20% par rapport à 2005.
Mais les Chinois n’en pensent pas moins des Indiens, puisque seulement 27% regardent l’Inde de manière positive, un pourcentage également en baisse de 5% par rapport à 2010. Leur vision des Indiens est marquée par des préjugés persistants qui les considèrent économiquement, culturellement et racialement inférieurs.
Ces deux appréciations négatives traduisent la montée de sourds ressentiments qui accompagnent le retour de puissance de la Chine et l’accroissement de son influence en Asie, source les crispations indiennes.
Querelles de frontières avec la Chine.
La frontière entre la Chine et l’Inde n’a jamais été délimitée. Pour la Chine, la ligne Mac Mahon qui en détermine le tracé est une survivance coloniale. A l’Ouest, la Chine occupe toujours l’Aksai Chin, traversé par la route stratégique qui relie les régions autonomes du Xinjiang et du Tibet.
Mais c’est à l’Est, dans la zone de l’Arunachal Pradesh (AP), occupée par l’Inde, grande comme trois fois Taïwan, riche en ressources hydrauliques et forestières, considérée par Pékin comme la partie sud du Tibet, que les tensions sont les plus vives. La région avait été brièvement occupée par la Chine en 1962. Depuis la guerre, la Chine et l’Inde continuent à améliorer leurs dispositifs militaires et logistiques.
Avec le retour des tensions on assiste à une multiplication de rapports décrivant la montée en puissance militaire de l’Inde et de la Chine autour de l’AP. En plus des bases de missiles stratégiques déployées au Qinghai, Pékin a installé plusieurs bases aériennes au Qinghai et au Tibet équipées de Sukhoi 27 et 30, avec 2 divisions d’infanterie stationnées face à l’Inde. De son côté New-Delhi a déployé les mêmes chasseurs Sukhoi 27 russes dans l’Assam voisin et mis sur pied 2 divisions de montagne appuyées par des hélicoptères.
Inde – Pakistan. Zone contestée au Cachemire.
Depuis plus de 10 ans l’armée indienne quadrille les vallées du Cachemire indien traversé par des actions terroristes commanditées par Islamabad, où plusieurs dizaines de milliers de victimes ont péri depuis la fin des années 80.
Mais l’occupation militaire ainsi que les méthodes brutales et indiscriminées, peu respectueuses des droits des individus et des lois, se perpétuent alors même que la situation s’est améliorée avec une baisse de 50% des actions terroristes par rapport à 2010.
La persistance de cette situation indique une prédominance du pouvoir militaire qui tarde à mettre en œuvre les politiques de desserrement de la sécurité dans la région.
