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›› Chronique

TikTok, des concessions et un accord pour le prix d’un apaisement tactique

Le 15 septembre, lors d’une session négociations avec les Chinois à Madrid, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, déclarait que les États-Unis se rapprochaient d’un accord avec la Chine concernant l’application de réseau social TikTok. En même temps, confirmant que Pékin et la Maison Blanche étaient sur une trajectoire d’apaisement, objet de cet article, il ajoutait : « Si un accord n’était pas trouvé sur TikTok, cela n’affectera pas les très bonnes relations globales des États-Unis avec la Chine au plus haut niveau ».


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Le 25 septembre, Donald Trump qui se réclamait d’un accord verbal de Xi Jinping, a signé un décret ouvrant la voie à la finalisation de la vente des actifs américains de l’application mobile TikTok de partage de vidéos musicales, crée par ByteDance à un consortium d’investisseurs majoritairement américains.

A la rédaction de cette note, l’accord sino-américain n’était pas encore finalisé, mais les noms des repreneurs potentiels circulaient déjà.

Parmi eux Oracle, dont le produit phare est la gestion des bases de données par l’IA et les statistiques, la société de capital-investissement Silver Lake, le PDG de Dell et Fox Corp, société de médias grand public issue du démantèlement de la 21st Century Fox dont une partie avait été rachetée par Walt Disney.

Depuis que Question Chine suit l’évolution de la controverse avec une analyse initiale en 2019 (lire : Mises en garde occidentales contre la force intrusive des réseaux sociaux chinois), lors du premier mandat de D. Trump, l’ambiance générale de la relation Chine – Etats-Unis a notablement changé.

Passée de la défiance hostile, cristallisée entre autres par une interdiction légale bipartisane et totale de Tik Tok par le Congrès entrée en vigueur le 19 janvier 2025, à la volonté partagée d’apaisement, le ton moins crispé des rapports bilatéraux influe directement sur la controverse autour de l’application chinoise.

Le contraste avec les crispations de 2019 est flagrant.

Il s’est développé en même temps que la volte-face de D. Trump dont la stratégie est influencée par l’impératif d’alléger les tensions avec la Chine en vue du prochain sommet de l’APEC fin octobre à Gyeongju en Corée et la prise de conscience qu’aux États-Unis une part non négligeable de ses soutiens les plus jeunes sont des adeptes de Tik Tok.

Aujourd’hui l’image de l’application n’est plus marquée par l’hostilité sans nuance mais plutôt par le pragmatisme d’un accord bilatéral dont elle est l’enjeu où les deux parties ont adouci leurs positions.

Concessions réciproques.

Face au souci de sécurité nationale posé par TikTok, D. Trump a pris conscience qu’au sein des 170 millions d’utilisateurs de TikTok se trouve une partie de ses jeunes électeurs.


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Xi Jinping a accepté une transaction commerciale que l’appareil refusait becs et ongles en accusant Washington de ne pas respecter ses propres principes de liberté d’entreprise et d’expression (lire Les édifiantes vicissitudes de Tik Tok aux États-Unis).

Ajoutons que le nouvel affichage de souplesse réaliste de Pékin s’est manifesté le 22 septembre, en marge de l’AG des NU quand Li Qiang, le Premier Ministre a officiellement abandonné le « statut privilégié » de la Chine jusque-là considéré comme « un pays en développement. »

Quant à D. Trump, il a, en gage de bonne volonté, lui-même pris le contrepied de l’interdiction initiée en 2024 par Joe Biden « J’ai eu une excellente conversation avec le président Xi », a déclaré Trump, faisant référence à l’échange téléphonique du 25 septembre. « Nous avons parlé de TikTok et il nous a donné son feu vert ».

La réalité est cependant que Pékin n’a pas confirmé publiquement l’approbation de Xi, ni fourni de mise à jour sur l’état d’avancement de l’accord. Mais le 17 septembre, un long article du Global Times se félicitait de « l’accord consensus cadre de base sur TikTok » conclu le même jour à Madrid lors d’un nouveau cycle de négociations commerciales.

Citant – incidence très rare - Reuters et le New-York Times, le sens général de l’article qui célébrait l’apaisement et le retour de l’esprit de dialogue, faisait de « l’accord TikTok », le symbole d’une désescalade dans la guerre commerciale sino-américaine.

Sans surprise, D. Trump s’est félicité d’avoir réussi à concilier les contraires en répondant à l’engouement du public tout en protégeant l’Amérique des risques d’intrusion. « La cession [des actifs aux investisseurs américains] proposée permettra aux millions d’Américains qui utilisent TikTok au quotidien de continuer à s’en servir, tout en protégeant la sécurité nationale ».

En théorie et selon des sources proches du dossier, les arguments garantissant la sécurité nationale seraient que les participations chinoises resteront toujours minoritaires et que le Conseil d’administration, majoritairement américain, serait nommé par la Maison Blanche.

Au passage, l’accord précise que la transaction concernait également CapCut et Lemon 8, deux plateformes mobiles à succès développés par ByteDance [1].

Enfin, manifestant toujours une volonté d’apaisement, récemment, la Maison Blanche laissait entendre que le délai de grâce d’application de la loi d’interdiction de TikTok sera prolongé de quatre mois afin, dit la porte-parole « que les formalités administratives et les approbations réglementaires nécessaires à la transaction puissent être finalisées. »

L’hypothèque de l’algorithme.

Pour autant, la messe n’est pas dite. Les zones d’ombre sont nombreuses dont la moindre n’est pas la propriété de l’algorithme que Pékin a placé sous contrôle, interdisant sa cession à des étrangers. Au mieux la partie chinoise serait seulement disposée à autoriser son usage sous licence.

Sans compter qu’une diatribe de politique intérieure connexe est en train de naître aux Etats-Unis autour des craintes que l’Administration Trump utilise au profit de MAGA et « à la chinoise » la puissance de contrôle de l’algorithme.

Sans oublier que Pékin garde encore dans sa manche l’atout majeur de l’algorithme dont les conditions d’utilisation n’ont pas encore fait l’objet d’un accord, en haussant l’analyse d’un étage, il apparait clairement que, comparées aux crispations antérieures, la plus grande souplesse des acteurs exprime une volonté partagée d’apaisement en vue du sommet des deux présidents en Corée fin octobre.

Mais sur le fond de la rivalité systémique, on distingue un déséquilibre.

L’accord place les activités américaines de TikTok au sein d’une co-entreprise basée aux États-Unis, dont le conseil d’administration sera majoritairement américain ». Selon la Maison Blanche, c’est le géant technologique Oracle qui sera en charge de sécuriser la version américaine de l’algorithme de TikTok que Pékin ne veut pas inclure dans l’accord, préférant pour l’heure, le laisser opérer sous licence.


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Entre d’une part, l’intérêt soutenu accordé par la Maison Blanche contrainte par la foule des jeunes utilisateurs de TikTok sous emprise narcissique, et d’autre part la longue vision imperturbable de l’appareil chinois pour qui l’application de ByteDance n’est qu’un engouement populaire facilement contrôlable.

Protégé des émotions ordinaires qui subjuguent la Maison Blanche, impavide et inébranlable, Pekin reste à l’affut d’éventuelles concessions stratégiques que pourraient accepter D. Trump, notamment sur la protection de Taïwan ou la liberté de navigation en mer de Chine du sud.

Note(s) :

[1Exploitant toujours le même filon de l’engouement pour la création de court-métrages personnalisés, Zhang Yiming, a, après TikTok, crée ces deux variantes, également dotés de logiciels utilisant l’IA.

Le premier est un outil de montage de vidéos, le deuxième permet de mettre en ligne des vidéos où les utilisateurs traitent des sujets de vie courante (mode, beauté, nourriture, voyages, décoration).

Leur succès est foudroyant. En 2024, CapCut a été téléchargée un milliard de fois et Lemon8 comptait 12,5 millions d’utilisateurs actifs mensuels dans le monde.


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