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Un été chaud sur fond d’inquiétudes et d’espoir

Frémissement de l’immobilier et croissance de la consommation.

Ce graphe du Boston Consulting Group de juillet 2015 montre la croissance constante des ventes de détail (en bleu) au-dessus de 10% et la chute de la croissance des ventes industrielles.

Il est vrai que le marché immobilier semble sortir de sa spirale négative. Même s’ils doivent encore faire face à de forts vents contraires, les agents immobiliers ont au cours de premier semestre enregistré une hausse de leurs ventes, probable conséquence des secousses boursières qui redirigent les capitaux vers la pierre. Mais la reprise, favorisée par la baisse des taux d’intérêts, n’a pas été sans grincements de dents. Dans certains centres urbains des provinces, encombrés de logements vides, les développeurs ont du casser les prix pour s’en sortir et ont cessé d’investir dans de nouveaux projets.

Enfin, dans ce paysage en demi-teinte, la meilleure nouvelle est assurément le retour à l’augmentation lente et régulière de la part de la consommation dans le PNB, attestant que la difficile transition économique est en marche en dépit des obstacles.

Alors que le « moteur » économique des exportations faiblit, celui de la consommation intérieure prend lentement le relais. La consommation des ménages augmente en effet tandis que les valeurs boursières continuent à être agitées par des mouvements contraires, provoquant des répliques dans les marchés mondiaux (l’indice FTSE – Financial Times Stock Exchange - calculé autour des 100 entreprises britanniques les mieux capitalisées, a perdu 11% dans la deuxième quinzaine d’août, pour reprendre 6% en quatre jours à la fin du mois, dont près de 2% ont été reperdus dans les premiers jours de septembre).

Alors que la classe moyenne capable de consommer à l’occidentale augmente inéxorablement (estimée à 75 millions de ménages en 2015), la part de la consommation dans le PNB qui avait baissé de 38 à 36% entre 2006 et 2010 est depuis 5 ans constamment en hausse ce qui lui a permis de retrouver son niveau d’il y a 6 ans.

Certes, les chiffres sont encore éloignés de ceux des économies occidentales où la part de la consommation dans le PNB varie entre 55% en France et en Allemagne et 64 et 68% en Grande-Bretagne et aux États-Unis, mais l’examen des statistiques montre que la croissance des ventes de détails s’est, depuis 2012, constamment maintenue au-dessus de 10%, tandis que celle des ventes industrielles du secteur manufacturier a fortement chuté, plafonnant à 0% depuis le début 2015.

Selon Jonathan Woetzel Directeur chez Mc Kinsey & Co, les secteurs gagnants de ce mouvement sont ceux de l’électronique grand public, de l’alimentation, des voyages, de l’assurance, de l’éducation privée et les loisirs qui, au passage, témoignent aussi de l’importance grandissante des services.

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De ces événements on retiendra que les mouvements brutaux des bourses chinoises reflètent plus une inquiétude et un désordre du marché boursier, marqué par un effet casino et la pollution des délits d’initiés, que l’état réel de l’économie. S’il est vrai que celle-ci freine inéxorablement, se rapprochant à terme d’une croissance de 4 à 5%, nombre d’ajustements sont en cours dans les secteurs financiers, dans le tissu industriel en pleine restructuration, comme dans la consommation et les services dont la part dans le PIB est hausse. Pour certains analystes, ces réalités plaident pour un atterrissage en douceur.

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Pour autant il est assez peu probable que la transition en cours se déroule sans accrocs et de manière linéaire. Notons cependant que les transes actuelles sont loin d’être l’apanage de la Chine. Reprenons la conclusion d’un article de François Danjou, mis en ligne par Question Chine en novembre 2014.

Les problèmes qui agitent la Chine sont au centre du très éclairant ouvrage de Thomas Piketty : « Le capital au XXIe siècle », éditions du Seuil 2013. Page 942 du livre, on peut lire ceci en guise de conclusion : « La leçon générale de mon enquête est que l’évolution dynamique d’une économie de marché et de propriété privée, laissée à elle-même, contient en son sein des forces de convergence importantes, liées notamment à la diffusion des connaissances et des qualification.

Mais elle recèle aussi des forces de divergence puissantes et potentiellement menaçantes pour nos sociétés démocratiques et les valeurs de justice sociale sur lesquelles elles se fondent » (…) « La principale force déstabilisatrice est liée au fait que le taux de rendement privé du capital peut être fortement et durablement plus élevé que le taux de croissance des revenus de la production ».

Le problème chinois croise deux fois ces inquiétudes : Le pouvoir politique qui connaît le danger des mouvements sociaux s’est toujours appliqué à maintenir l’activité, y compris de manière artificielle au prix de surproductions de faible qualité ou de projets sans valeur ajoutée. Mais la stratégie hybride articulée autour du privé et, en même temps, toujours très fortement étatique, a permis la prévalence, au détriment des salaires, des revenus du capital d’État qui ont enrichi l’oligarchie.

Politiquement, cette dernière est considérée comme la première responsable des disparités socio-économiques que le régime a toujours clamé vouloir éviter. Ces télescopages entre privé et public, entre ouverture et contrôles, entre relance et rigueur, sur fond de répression politique des critiques en dehors des contraintes du droit, sont à la racine des difficultés de la réforme.

Sans compter que les tendances à la fermeture politique portent en elles de puissants obstacles à l’innovation, pourtant un des ingrédients du « rêve chinois » et de l’ambition de siniser la production high-tech exprimée par le slogan « 中国制造 2025 — Fabriqué en Chine 2025 ».

Pour mémoire ce plan vise 10 secteurs de l’économie où le progrès qualitatif dépendra toujours des transferts de technologies tant que le secteur productif chinois n’améliorera pas sa capacité d’innovation : 1) les nouvelles technologies de l’information ; 2) les machines industrielles et la robotique ; 3) l’aéronautique et l’espace ; 4 ) la composante navale du transport ; 5 ) le transport ferré ; 6) les véhicules hybrides ; 7) les centrales électriques et les nouvelles énergies ; 8) la mécanisation de l’agriculture ; 9) les nouveaux matériaux ; 10) les produits pharmaceutiques.


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