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Un expert japonais de la Chine explore les arrière-pensées stratégiques de Xi Jinping

Un appel non déguisé aux investissements des groupes américains.

Tout le monde a en effet remarqué à quel point l’entrevue de Xi Jinping avec Bill Gates, le 16 juin, contrastait avec la raideur apprêtée des rencontres officielles, en tous cas bien plus détendue que celle de Blinken avec le MAE Qin Gang dont le discours empreint de fermeté a mis son homologue américain en demeure de cesser de se mêler des affaires chinoises.

Alors que ces dernières années Bill Gates n’avait été reçu que par l’ancien Premier Ministre Li Keqiang, cette fois il a été accueilli par Xi Jinping lui-même qui, en recevant le fondateur de Microsoft aujourd’hui efficacement reconverti dans la philanthropie planétaire, s’est exclamé « Vous êtes le premier ami américain que je rencontre cette année à Pékin. ».

Par une déclaration vertueuse largement diffusée par CCTV exprimant la volonté d’apaisement de la Chine, contrastant avec l’agressivité de la Maison Blanche, le ton et le fond sont passés de la résistance de la Chine face aux élites occidentales à la connivence des peuples : « Je dis souvent que le fondement des relations américano-chinoises repose sur les peuples et je place mes espoirs dans le peuple américain » (…)

Avec en tête la récente « Initiative chinoise de développement global 全球发展倡议 », Xi a ajouté : « Compte tenue de l’actuelle situation du monde, il existe de vastes perspectives de coopérations bénéfiques pour nos deux pays et nos deux peuples qui profiteraient à l’humanité tout entière. »

Voir la vidéo où, contrastant avec la raideur des dialogues stratégiques, s’exprime une convivialité détendue.

Au moment où le Premier Ministre Li Qiang délivrait le même message de détente à Berlin et Paris, l’intention de coopération et d’apaisement adressée par le truchement de Bill Gates au « peuple américain » visait à l’évidence à rassurer la communauté d’affaires occidentale aujourd’hui échaudée par les tensions entre Washington et Pékin engagés dans une vaste rivalité stratégique où tous deux sont d’abord attentifs à leurs priorités de sécurité nationale.

L’arrière-pensée d’apaisement était confirmée par un article du Quotidien du Peuple qui, rapportant l’entrevue entre Xi Jinping et Bill Gates, soulignait que « la Chine ne s’engagerait pas dans la voie traditionnelle des puissants en quête d’hégémonie ».

Alors que le premier ministre Li Qiang a, le 30 mai dernier lui-même rencontré Elon Musk, une autre figure symbolique de la Communauté d’affaires, Nakazawa suggère qu’allant de pair avec le partage accepté de l’influence planétaire dominée par un duopole sino-américain débarrassé des ingérences de l’un dans la sphère de l’autre, l’objectif de rassurer les entrepreneurs occidentaux est une des priorités stratégiques du régime, directement liée à sa sécurité politique interne.

Un « duopole » de sphères stratégiques séparées, mais des soucis de croissance.

Au cœur de l’inquiétude, l’état de l’économie. Le 12 juillet, Jacky Wong, ancien trader pour BNP Paribas, faisait le point depuis Hong Kong pour le WSJ.

« Couplé à d’autres incertitudes économiques, notamment des signes de faiblesse insistante du marché du travail, des indices des directeurs d’achat de juin en demi-teinte, une faible inflation et une consommation intérieure toujours modeste, le marasme immobilier fait craindre que la Chine ne soit entrée dans un cycle de récession chronique dite récession de bilan ».

Dans ce type de freinage économique, qui fut celui des États-Unis de 2007 à 2009 et de l’insistante situation du Japon depuis les années 90, la valeur de la dette dépassant celle des actifs, les acteurs devenus frileux sont incités à éponger leurs passifs plutôt qu’à investir, avec comme premier effet le ralentissement de la croissance.

Au cœur des soucis du régime, symptôme de l’essoufflement du système plus que sa cause, les ratés de l’immobilier, un des réacteurs de la croissance : « Alors qu’en juin, la valeur des ventes immobilières des 100 principaux promoteurs immobiliers a chuté de 28% par rapport à l’année précédente contre une augmentation de 7% en mai, le bilan des ventes continue à stagner toujours à 60% en-dessous des niveaux de juin 2020 et 2021. » (…)

Et, constat du risque possible d’une crise latente et durable « La Chine ne retombera probablement pas dans une récession formelle. Mais, comme les États-Unis après la crise financière de 2008, il est probable qu’elle sera confrontée à un scénario où les ménages et les entreprises refuseront de nouveaux emprunts en raison de lourdes dettes existantes et d’un manque de confiance dans l’avenir. »

Échaudés par les risques, « Ils utiliseront leurs nouveaux revenus pour rembourser les obligations existantes. Ce qui compliquera la relance par la baisse des taux d’intérêt dont la répercussion sur les nouveaux investissements et la consommation réelle est marginale. »

Pour l’instant, l’immobilier continue à souffrir. Compte tenu de l’importance du secteur dans la croissance, la crise devenue chronique inquiète le régime. Le taux de défaut des obligations immobilières a déjà atteint 16%. Goldman Sachs estime qu’en 2023, il aura atteint le niveau alarmant de 28%.


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