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›› Editorial

Une conférence de presse lénifiante sur fond d’inquiétudes

Les grands défis.

En 2015, les réserves de change de la Chine ont baissé de 513 milliards de $. En janvier 2016, la chute a été de 116 milliards de $. La baisse rapide des réserves correspond à deux phénomènes qui ne furent pas évoqués lors de la conférence, mais traduisent un effritement de la confiance : une fuite des capitaux évaluée à 1000 milliards de $ et les efforts de la Banque Centrale pour freiner la chute du Renminbi.

*

Contrastant avec l’optimisme que la conférence de presse tentait de véhiculer, les défis auxquels la Chine est confrontée sont cependant bien connus. S’il est vrai que le 15 mars Li Keqiang s’est dit conscient de la difficulté de la tâche, ajoutant que la manœuvre visant à maintenir à long terme les fondamentaux de l’économie chinoise, nécessiterait « vision, persévérance et courage », il est resté vague sur l’ampleur des problèmes.

Qu’il s’agisse du vieillissement de la population ; de l’augmentation des exigences sociales des migrants, des ruraux, de la classe moyenne et des retraités, s’ajoutant au coût de l’urbanisation et de l’intégration des migrants ; du poids financier de la pollution de l’air, des sols et des rivières ; de la perte de compétitivité des vieilles structures industrielles obligées de licencier plus d’un million de personnes (selon le rapport de Li Keqiang à l’ANP, le 5 mars dernier) ; de la raréfaction du capital et de la persistance d’une faible productivité de la main d’œuvre, tous les bouleversements en cours convergent pour réduire sévèrement des marges de manœuvre financières et humaines du gouvernement.

A contrario, la situation met en lumière plusieurs exigences pressantes qui doivent accompagner la bascule du schéma de développement vers plus de consommation et moins d’investissements [1].

1) Mettre rapidement fin aux gaspillages et aux surproductions assez largement concentrés dans les vieilles structures industrielles ; 2) Se garder d’un risque d’assèchement du crédit pouvant déclencher une crise systémique sur fond de retour des créances toxiques des banques et de l’accumulation des dettes des administrations locales ; 3) Augmenter par l’innovation la rentabilité de la main d’œuvre et du capital tout en opérant une bascule du schéma de développement qui doit prendre ses distances avec l’obsession quantitative pour s’articuler rapidement vers la quête de qualité. 4) Piloter les restructurations et la transition économique au plus juste pour tenir à distance leurs conséquences sociales.

Parmi toutes ces difficultés, la première, recelant des risques de crise par assèchement du crédit contre lesquels le FMI met en garde la Chine depuis l’automne 2015, est celui de l’accumulation des charges financières présentes et à venir qui pèseront de plus en plus sur les équilibres.

Le gonflement des défis financiers a deux origines, liées au développement de la classe moyenne socialement de plus en plus exigeante : la facture de l’urbanisation et le coût de l’harmonisation des retraites, deux sujets que Questionchine a évoqués à plusieurs reprises, dans un contexte où quoi que fasse le pouvoir, la dette augmente deux fois plus vite que la croissance.

La facture de l’urbanisation.

La grande migration des campagnes vers les villes qui modifie sous nos yeux le paysage du pays, donnant naissance à 8 mégalopoles de plus de 20 millions d’habitants aura, en 2025, propulsé un milliard de Chinois hors des zones rurales. Ajouté aux obligations sociales de l’État qui s’accumulent (retraites, assurance maladie système de santé, intégration des migrants) ce basculement démographique constitue sans conteste une opportunité de modernisation, en même temps que l’un des plus grand défis posés à l’équilibre financier, socio-économique et politique du pays.

Selon un chiffre du ministère des finances datant de mars 2015, le financement du plan d’urbanisation et de ses obligations sociales connexes visant à intégrer d’ici 2020 60% de la population chinoise (en 2015, le taux d’urbanisation était de 53,7%), comportant également l’intégration de plus de 200 millions de migrants sans statut et sans couverture sociale coûterait au bas mot 42 000 Mds de RMB (soit 6000 Mds d’€) en logements, adduction d’eau, traitement des eaux, chauffage, transports, infrastructures hospitalières et d’éducation.

A cette charge financière s’ajoutera la difficulté de convaincre les promoteurs immobiliers et les administrations locales de mettre fin au financement de leurs budgets par la vente de terres agricoles et de les inciter à réduire le prix des logements, condition de la réussite de l’urbanisation des migrants ce qui, compte tenu des lobbies enchevêtrés, constitue une entreprise complexe.

Dès à présent l’ampleur des dépenses liées à la régularisation des migrants qui s’ajoutent aux réticences de la classe moyenne voyant d’un mauvais œil le fardeau de l’arrivée de nouveaux résidents en quête de prestations sociales, expliquent que la promesse de la suppression du Hukou 户口 ou passeport intérieur ne soit mise en œuvre que très lentement.

Le coût de l’harmonisation des pensions.

En juin 2014, une étude explosive de Wei Jizhang, chercheur à l’Académie des Sciences Sociales, expert des questions de sécurité sociale, établissait qu’en 2012, le déficit du financement des retraites avait déjà atteint la somme astronomique de 86 000 Mds de Yuan (12 000 Mds d’€), soit l’équivalent du PNB chinois en 2015, et 6 fois le PNB français, au moins 4 fois plus que les évaluations les plus pessimistes des spécialistes étrangers de la question tels la Deutsche Bank qui, fin 2013, évaluait les découverts des caisses à 3000 Mds de $.

En janvier 2015, le magazine Caixin analysait les lacunes du système de retraite, peu équitable, manquant de souplesse et, surtout, non viable à moyen terme, dont le principal talon d’Achille était le défaut de financement.

A la même époque, un autre article de Caixin abordait la quadrature du cercle du financement des retraites par un biais qui télescopait la réforme des grands groupes publics.

Pour l’auteur, le trou dans le financement des pensions avait été creusé par l’État et les groupes publics n’ayant pas tenu leurs promesses d’abonder les caisses de retraite à partir du début des années 90. Aujourd’hui, expliquait l’article, le déficit pouvait en partie être comblé grâce à l’ouverture des grandes entreprises au marché. Une partie des sommes de la privatisation des groupes publics et de la vente de leurs actifs que l’article estime à 100 000 Mds de Yuan (14 000 Mds d’€), devait être consacrée à la remise à flot des caisses de retraite.

A cet effet, l’article renvoyait à une proposition du 3e Plenum (octobre 2013) de faire passer, dès 2020, la contribution des entreprises publiques au budget général de 10% de leurs profits actuellement à 30%, dont une partie devrait être versée aux caisses de retraite. Du point de vue macro-économique cette proposition s’inscrit exactement dans le mouvement en cours, initié par l’actuel Bureau Politique, de redistribuer de manière plus équitable une partie de la richesse captée par les élites.

Pour autant, tout indique que ce transfert dont on voit bien qu’il participe de la crédibilité du Parti, ne se fera pas sans heurts. Au demeurant, les articles du 13e Plan sur ce sujet restent dans une très prudente ambiguïté, puisqu’ils limitent l’ambition à une « réforme raisonnable » du système des retraites.

Le financement des retraites par des transferts financiers à partir des bénéfices des groupes publics conduit directement à analyser le deuxième obstacle majeur aux réformes que Li Keqiang n’a que très peu évoqué dans sa conférence de presse : les réticences des féodaux industriels à se restructurer.

Note(s) :

[1Le rééquilibrage qui a commencé est une entreprise de longue haleine. Même si la part de la consommation dans le PIB augmente, ce sont toujours les investissements d’infrastructure qui tirent la croissance avec 48% du PIB contre 22% en France et 19% aux États-Unis.


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Par Guy Baudoux Le 20/03/2016 à 21h56

Une conférence de presse lénifiante sur fond d’inquiétudes.

Félicitations pour cette synthèse !

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