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Visite de Li Keqiang au Japon. Les lignes bougent-elles ?

NOTES de CONTEXTE.

1.-Tokyo, Séoul, Pékin. Les racines des sommets à trois.

Le 9 mai lors de la reprise des rencontres à trois interrompues en 2015, les 3 ont réaffirmé l’objectif de dénucléarisation, mais n’ont pas réussi à s’accorder sur la démarche.


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Pour comprendre les tensions entre Tokyo, Séoul et Pékin qui depuis 2008 décidèrent d’organiser des sommets réguliers, interrompus en 2015 par les querelles de souveraineté en mer de Chine de l’Est entre Pékin et Tokyo, il faut remonter à la période des « Trois Royaumes » coréens Silla, Koguryo et Paekche, établis entre 57 et 18 av. JC.

Depuis cette période la péninsule subit l’influence de ses voisins. D’abord celle de la Chine des Tang venue au secours du Royaume du Silla, puis, à partir de la fin du XVIe siècle celle agressive du Japon, à laquelle répondirent les Ming prêtant main forte au Choson, suivis, dès le milieu du XVIIIe siècle, par la règle de plus en plus belliqueuse de la dynastie Qing.

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Au début de l’ère chrétienne le Koguryo, le plus vaste des 3 royaumes, s’étendait loin vers le nord englobant les actuelles provinces chinoises du Liaoning, du Jiling, du Heilongjiang et les confins orientaux de la Sibérie. Les deux autres, le Sila au Sud-est et le Paechke à l’ouest nettement plus petits ne couvrant que la partie la plus méridionale de l’actuelle Corée du sud, au-delà de la ligne Kunsan Pohang.

Les Tang : Première et brève intrusion militaire chinoise.

La carte montre les 3 Royaumes coréens avant l’intervention des Tang en soutien du Silla contre le royaume du Koguryo. Après l’intervention ce dernier perdit la totalité de ses territoires situés dans la Chine actuelle.


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Mais, 7 siècles plus tard, la puissance militaire de la dynastie Tang changea la donne. Intervenant pour prêter main forte au Silla attaqué par le Koguryo, la Chine favorisa l’unification des trois royaumes dont les vaincus s’installèrent en Chine, en Mandchourie et le long du golfe de Bohai, dans l’actuelle région de Dalian. La partie nord du Koguryo fut attribuée aux Chinois, la partie sud au Silla.

Ayant perdu son influence en Corée dès la fin du VIIe siècle, repoussée par le Silla en 678, la Chine du Moyen âge divisée entre le sud, le nord et ses confins nord-ouest et nord-est assista à la création en 918 du royaume de Koryo – origine du nom Corée -, dans la région de l’actuelle ville frontière de Kaesong.

Se proclamant le successeur du Koguryo, le Koryo devenu « néo-confucéen » et harcelant les Bouddhistes, entreprit lui aussi l’unification du pays. En 1170, un coup d’État militaire changea la physionomie du royaume qui à partir de en 1231 résista 30 années à l’invasion des hordes mongoles qui attaquèrent également la Chine, le Vietnam et le Japon.

Les Ming parrains tutélaires. Le Japon agressif

La statue de l’Amiral Yin Sun-shin à Séoul. Héros national, vénéré au même titre que Jeanne d’Arc en France, sa victoire maritime contre le Japon en 1593 symbolise toujours pour les Coréens la résistance à la règle brutale de Tokyo.

C’est à cette époque que les Ming pesèrent une nouvelle fois militairement sur le destin de la Corée. Suspectant que l’agression japonaise contre la péninsule était le préalable à l’invasion de la Chine, Wanli, 14e empereur de la dynastie Ming envoya en Corée un importante force expéditionnaire contre le Japonais Toyotomi Hideyoshi qui fut battu. Mais l’image d’une présence militaire chinoise plus douce que celle du Japon est surfaite. Au début du XVIIe siècle le Chosun se révolta contre les Ming qui, en Chine même, commencèrent à plier sous les attaques des Mandchous.


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En 1400, la dynastie chinoise des Ming née en 1368, après la chute des Mongols, assista à la création du Royaume de Choson qui régna 5 siècles jusqu’à l’occupation en 1910 du pays par le Japon, qui tirait profit de ses victoires contre la Chine en 1895 et contre la Russie en 1905.

Durant l’ère Chosun, où le Confucianisme remplaça le Bouddhisme, la société était dominée par une classe d’aristocrates héréditaires les Yangban – « les deux ordres » associant civils et militaires devenus confucéens orthodoxes, seigneurs féodaux qui contrôlaient tout le foncier. C’est durant cette période que le Roi Sejong (1418 – 1450) développa les sciences, la médecine, l’astronomie, l’étude de l’histoire et créa l’alphabet Hangul toujours en vigueur.

Le Chosun repoussa les attaques Japonaises à la fin du XVIIe siècle avec l’aide des Ming. Mais un demi-siècle plus tard, le Chosun et la Chine des Ming durent eux-mêmes accepter la règle des Mandchous. Ces derniers fondèrent la dernière dynastie chinoise des Qing (1644 – 1911) qui imposa un tribut à la Corée.

Par la suite les Qing s’appliquèrent à contrer la présence grandissante du Japon transformant progressivement la Corée en un enjeu d’influence.

Le durcissement chinois des Qing

A partir du milieu du XVIIIe siècle les ingérences administratives, commerciales et militaires des Qing se firent plus lourdes, accompagnées par le stationnement de forces d’occupation qui poussèrent le Royaume à signer des traités commerciaux avec les États-Unis, la France, le Royaume Uni, l’Allemagne et la Russie.

En 1894 une intervention militaire chinoise directe mit même fin à un coup d’État de réformateurs radicaux, et imposa la signature d’une convention garantissant l’équilibre sur la péninsule des influences chinoises et japonaises. Mais un an plus tard, la défaite chinoise contre le Japon scella le destin de la péninsule qui devint une colonie brutalement exploitée par l’armée et l’administration nippones.

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En 1945, la défaite japonaise ouvrit une nouvelle période marquée par la séparation du pays en deux entités politiquement opposées, de part et d’autre du 38e parallèle. Après la guerre de Corée, déclenchée en juin 1950 contre le sud par Kim Il-sung à qui l’intervention massive chinoise du 31 octobre 1950 évita une défaite complète, la ligne de démarcation devint la ligne de partage des influences américaine et chinoise. La suite rattrape l’actualité.

Placé dès 1953 sous la pression des critiques occidentales qui stigmatisaient l’absence de démocratie et la priorité fortement militariste du régime laissant les populations dans le dénuement, le pays s’engage dans le développement d’un arsenal nucléaire et balistique pour tenir à distance une intervention militaire extérieure. Dans ce processus, le régime a bénéficié de l’aide de l’URSS, des transferts de savoir-faire de l’Indo-pakistanais Abdul Quadeer Khan et de la bienveillance chinoise.

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2.- A Singapour quelles perspectives de paix ?

En Corée du sud, un soldat de l’alliance militaire Séoul – Washington passe devant une émission de la TV sud-coréenne rendant compte d’un nouveau durcissement de Pyongyang.


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Alors que le 16 mai, réagissant à l’organisation de manœuvres conjointes en Corée du Sud, baptisées « Max Thunder », Pyongyang annulait la rencontre Nord Sud à Panmunjom et menaçait d’en faire de même avec celle du 12 juin à Singapour entre Kim Jong-un et D Trump, les perspectives de paix s’éloignent à nouveau.

Raidissement nord-coréen.

Commentant la réaction de Pyongyang, le vice-ministre des Affaires étrangères nord-coréen Kim Kye Gwan précisait que « si les États-Unis cherchaient par la pression à nous acculer à l’abandon unilatéral de notre arsenal nucléaire, nous ne serions plus intéressés par ce type de dialogue ».

Il rajoutait que les Nord-coréens avaient été choqués par les commentaires de Bolton, assimilant la Corée du nord au modèle libyen ou iraquien. « Le fait de comparer le destin de notre “noble Nation“ à celui de l’Irak ou de la Libye m’indigne et nourrit mes doutes sur la sincérité des États-Unis ». Objectivement il n’a pas tort.

Tout indique en effet que Pyongyang n’a pas aimé le ton triomphaliste de certains proches de Trump à la Maison Blanche. Le fossé entre les attentes de Pyongyang et celles de Washington reste à l’évidence très large, sur fond de pessimisme de nombre d’experts.

Scepticismes

Le raidissement de Kim Jong-un en amont de la rencontre de Singapour est une réaction directe à l’organisation d’une puissante manœuvre aérienne des forces conjointes chasseurs furtifs F-22 (photo). Quel que soit l’angle de vue, il est clair la démonstration de forces de l’alliance – dont le nom lui-même "Max Thunder" est une provocation - à moins d’un mois de la rencontre Kim – Trump constitue une bévue qu’il faut attribuer aux insistantes rémanences des complexes militaro industriels américain et sud-coréen


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Le 14 mai, lors d’une conférence de presse à Londres Thae Yong-ho ancien n°2 de l’ambassade nord-coréenne au Royaume Uni, transfuge réfugié en Grande Bretagne en 2016, expliquait que Pyonyang n‘abandonnerait jamais complètement son programme nucléaire.

Sa bonne volonté exprimée en mars, n’était selon lui qu’une tactique, alternant les tensions extrêmes et les apaisements soudains diffusant, par contraste, le sentiment que le régime est prêt à des concessions.

Le lendemain Kim Hyun-wook de l’académie nationale des affaires étrangères de Séoul, moins pessimiste et reprenant l’idée d’une « tactique », analysait le raidissement nord-coréen comme un chantage en amont de la rencontre : « Il semble que Kim Jong-un après avoir été poussé par les circonstances à accepter l’exigence américaine du préalable de dénucléarisation, tente maintenant de modifier sa posture après que ses relations avec Pékin soient revenues à la normale ».

Confirmant la rivalité entre Washington et Pékin de part et d’autre du 38e parallèle, il ajoutait « nous sommes revenus sur la voie étroite des rivalités diplomatiques sino-américaine sur la péninsule ».

Perplexités et doutes.

Aux incertitudes nord-coréennes qui nourrissent les pessimismes, s’ajoutent celles sur les concessions que Washington serait disposé à accorder et celles sur les arrière-pensées chinoises. Considérant que les États-Unis sont des intrus dans zone, la Chine tirera profit de la séquence pour réclamer le démantèlement des alliances et le départ des forces américaines ;

A l’inverse, les complexes militaro industriels sud coréen et américain sont articulés au réseau des bases et des alliances – réponse à la menace – dont ils diront qu’ils ne sont pas négociables ;

Sans compter que l’intransigeance affichée de Trump et de Tokyo qui, avant toute chose et en préalable, exigent les démantèlements nucléaires et balistiques, est une position exactement inverse de celle du schéma des concessions réciproques et symétriques au fil des étapes proposées par Kim Jong-un avec la caution probable de Xi Jinping qui, pour l’heure, ne s’est cependant pas exprimé sur le sujet.

Enfin, les dernières inconnues qui s’ajoutent à la sommes des incertitudes nord-coréennes dont la moindre n’est pas l’état des forces politiques internes et le pouvoir réel de Kim sur l’armée, concernent la capacité de la Maison Blanche à résister au lobby des militaires dont les soucis de sécurité ne sont pas seulement la Corée du nord, mais également la Chine.

Cette dernière sera partagée entre 1) Le souci réel de ne pas laisser proliférer Pyongyang, par crainte d’une contagion japonaise ; 2) La volonté de rester dans le jeu sans cependant apparaître comme un perturbateur – rôle qu’elle s’efforcera d’attribuer à l’intransigeance de Washington - ; 3) L’arrière pensée opportuniste de saisir l’occasion du processus pour affaiblir les alliances américaines de la zone.


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