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Xénophobie et nationalisme. Effet collatéral de la crise entre la Chine et l’Occident, Chloé Zhao dans la tourmente des réseaux sociaux

Cinéaste de talent Chloé Zhao a été célébrée à Los Angeles avec deux oscars. Celui de la meilleure réalisatrice et celui du meilleur film. Après l’avoir portée aux nues, les internautes chinois qui découvrirent qu’en 2013 elle avait critiqué la censure du régime, l’ont vouée aux gémonies. L’appareil impressionné par la vague populaire a aussitôt effacé toutes références à la jeune femme.


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Depuis 2012, avec une tendance à l’exacerbation, l’actuel pouvoir à Pékin attise le sentiment national des Chinois sur le thème de la revanche des humiliations infligées à la Chine en XIXe siècle.

Le 31 octobre 2017, à Shanghai dans le siège historique du PCC de l’ancienne concession française, poing droit levé, les 7 membres du nouveau Comité Permanent du 19e Congrès prêtèrent serment au Parti. A cette occasion, Xi Jinping, évoquant les « sacrifices » exprima la douloureuse mémoire des outrages subis par la Chine.

Devant l’emblème du parti et la stèle des fondateurs historiques, le n°1, qui s’était placé en avant des six autres membres du nouveau comité permanent, s’était exprimé sur ce thème de avanies et des blessures infligées au vieil empire : « Quelle humiliation ! quelle honte ! A cette époque, la Chine n’était qu’un gros mouton à abattre « 多屈 辱 多耻辱 啊 ! 那时 的 中国 是待 宰 的肥羊 ».

La constante référence à ce pan tragique de l’histoire et à l’amertume des avanies de la relation avec l’Occident suscite depuis plusieurs années une susceptibilité hystérisée des réseaux sociaux. S’enflammant à la moindre critique adressée à la Chine, leur fureur est encore surexcitée par la défiance à l’égard de Huawei et les récentes condamnations des pays occidentaux à propos des politiques de Pékin au Xinjiang et à Hong Kong.

S’il est un sujet où le nationalisme fulmine avec une furia sans limite, c’est bien la question de Hong Kong, blessure infligée à l’unité territoriale par le cynisme sans limites des guerres de l’opium [1].

Une autre étincelle suffisamment incandescente pour allumer aussitôt les incendies du net, est la critique proférée depuis l’étranger par des Chinois expatriés. Elle est d’autant plus mal ressentie qu’elle est assénée par une célébrité.

Chloé Zhao la rebelle, prise dans l’incendie nationaliste.

Libre d’esprit, éduquée au Royaume Uni et aux États-Unis, Zhao produit des films marqués par un forte sensibilité et un réel sens esthétique, explorant la face cachée et glauque des réalités de l’Amérique profonde.


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La dernière victime en date de l’hystérie revancharde des internautes est une cinéaste de talent Chloé Zhao 39 ans. Le 25 avril, à la cérémonie des Césars organisée – distances barrières obligent - dans le hall de la gare de Los Angeles, elle a décroché les doubles trophées très enviés de la meilleure réalisatrice et du meilleur film pour Nomadland, déjà plusieurs fois primé au festival de Venise et au festival International de Toronto.

Deux autres récompenses ont complété le triomphe du film, celle, à Frances McDormand, meilleure actrice et celle à Joshua James Richards, meilleur directeur de la photographie.

Zhao elle-même avait déjà remporté le prix de la meilleure réalisation et du meilleur film pour le même Nomadland, lors des 78e « Golden Globe », le 28 février, et, lors de la 74e cérémonie des « British Academy Film Awards » à Londres le 10 avril, le film et ses acteurs décidément en vogue et appréciés par le public occidental et les milieux du cinéma ayant eux-mêmes été « nominés » une dizaine de fois.

Née 赵 婷- Zhao Ting - à Pékin en 1982, dans une famille aisée de Zhao Yuji 赵玉吉, son père milliardaire qui fut PDG des aciéries SHOUGANG avant de s’investir avec succès dans l’immobilier et la bourse et d’une mère agent hospitalière membre – peut-être est-ce l’ascendance atavique de du talent théâtral de Chloé – d’une troupe de comédiens itinérants de l’Armée Populaire de Libération.

Sa belle-mère, deuxième épouse de son père est Song Dandan 宋丹丹, humoriste, actrice de théâtre et de séries télévisées. En félicitant Chloé, elle a souligné que, devenue une légende dans la famille et un exemple pour les jeunes chinois, elle avait réussi dans une voie où personne ne l’avait encouragée. Manière pour Song d’évoquer le caractère opiniâtre et déterminé de sa belle-fille.

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Nous venons de le voir, Zhao n’est pas une débutante dans la mise en scène. En 2015, elle avait dirigé son premier long métrage « Les chansons que mes frères m’ont apprises - Songs My Brothers Taught Me », drame social d’un jeune écartelé entre l’appel du large et sa vie dans sa communauté minée par l’alcool et la drogue d’une réserve indienne du Dakota.

Présenté au festival de Sundance en 2015, le film, projeté au festival de Cannes la même année, avait été bien accueilli par le public français. En 2017, Zhao avait mis en scène The Rider. Encore une fois tourné dans la réserve indienne de Pine Ridge du Dakota du sud, le film explore avec une grande sensibilité et un puissant lyrisme pictural les thèmes des chocs culturels et de l’assimilation.

En arrière-plan, planent le mythe évanoui de la conquête de l’ouest et la lancinante contradiction anachronique de ces cow-boys indiens ivres de leurs grands espaces et incapables de s’accommoder à la vie moderne et aux super-marchés. En 2017, The Rider avait remporté le Grand Prix au festival du cinéma américain de Dauville. La même année à Cannes, il a reçu le prix du meilleur film de la sélection Art et Cinéma.

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A 15 ans, Zhao quitte la Chine, envoyée par ses parents Brighton College, l’un des pensionnats privés les plus en vue d’Angleterre. Mais c’est au États-Unis qu’elle termina sa scolarité secondaire et ses études supérieures.

D’abord à Los Angeles, puis au Mount Holyoke College, célèbre institution d’éducation privée dans le Massachussets où, en 2005, à 23 ans, elle obtint un diplôme de sciences politiques et, en parallèle, un certificat en études cinématographiques. S’étant elle-même ouvert la voie artistique, elle décrocha un diplôme de cinéma et télévision à l’Institut Kanbar, affilié à l’Université de New York.

Note(s) :

[1La réminiscence des guerres de l’Opium (la France ayant eut le grand tort de participer à la deuxième) explique le raidissement chinois à Hong Kong cédé à l’Angleterre comme un peau de chagrin, à chacun des traités inégaux.

1. 1842 : Session perpétuelle de l’Île de Hong Kong (Traité de Nankin en) ;

2. 1860 : Session perpétuelle de la péninsule de Kowloon (1re Convention de Pékin qui fut aussi l’année du sac du Palais d’été) ;

3. 1898 : Session à bail pour 99 ans des « Nouveaux Territoires ». (2e convention de Pékin, trois années après la défaite contre la Japon qui obligea la Chine à céder Taïwan au Japon).


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