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›› Politique intérieure

Xi Jinping : Centralisation du pouvoir et fragilités politiques

A la recherche de l’omnipotence.

Le n°1 chinois a institué des procédures lui permettant de contrôler étroitement la bureaucratie sommée de demander les autorisations d’agir sur un nombre important de domaines et de fournir des rapports réguliers sur ses travaux.


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L’autre exemple illustrant la volonté d’omnipotence de Xi Jinping est la longue liste des domaines où il impose que l’administration n’agisse pas sans instruction du Centre, en même temps qu’il réclame des compte-rendus de situation précis après chaque initiative.

Ces rapports conjoncturels [1] s’ajoutent à ceux que Xi exige annuellement des instances centrales du Parti sommées de « signaler de manière proactive les problèmes majeurs 主动将重大问题报 dans la mise en œuvre des politiques publiques » et de « promouvoir la loyauté et l’honnêteté envers le parti 对党忠诚老实, tout en luttant systématiquement contre les mots et les actes portant atteinte à son unité 自觉同危害党中央集中统一和团结统一的言行作斗争). »

Pour asseoir son pouvoir Xi Jinping utilise aussi ses relais locaux formant un réseau d’appuis politiques à sa dévotion. Wu Guoguang identifie 7 groupes d’influence ayant fourni les soldats de la conquête du pouvoir par l’actuel n°1.

La piétaille est devenue la nouvelle aristocratie du pouvoir politique chinois occupant 16 des 18 postes du Bureau Politique et les 25 postes de n°1 des provinces. Sur les 258 membres permanents des structures locales du parti, 220 ont été nommés sous l’égide de Xi Jinping, soit 85% des cadres locaux.

Aux plus hauts échelons de l’appareil administratif – celui de n°2 des provinces et de vice-ministres étudiés par cette note qui ne traite pas de l’armée ni de la bureaucratie des groupes publics (SOE) -, les coteries sont connues et puisent toutes dans le vivier de ceux qui à un moment de leur carrière furent en contact avec Xi Jinping.

Elles tissent un réseau de pouvoir dont presque tous les maillons doivent directement leur carrière et leur promotion à Xi Jinping, formant l’ordre de bataille de contrôle du Parti. Une exception cependant : la filière de Shanghai où Xi Jinping n’a effectué qu’un bref passage de moins d’une année en 2007 et où nombre de fonctionnaires on également fait allégeance à la mouvance Jiang Zemin.

Les 7 vivers des appuis à Xi Jinping.

Le 7 avril dernier Xi était à Huaxi près de Chongqing dont le n°1 est Chen Min er, nommé en remplacement de Sun Zhungcai limogé et condamné à perpétuité pour corruption en mai 2018 (lire : 19e Congrès : Qui est Chen Miner 陈 敏 尔 ?). Derrière avec des lunettes, Hu Chunhua appartenant à une mouvance adverse à Xi Jinping.


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Ils sont d’abord de la « 2e génération rouge », fils des vétérans maoïstes, ayant le même arrière-plan politique et familial que Xi Jinping, fils de Xi Zhongxun. On y retrouve Liu He, économiste et représentant spécial de Xi Jinping dans la querelles commerciale avec Washington, Li Zhanshu, Président de l’ANP, Wang Qishan, vice-président de la République, Zhang Youxia, n°3 de la Commission militaire centrale et Madame Bu Xiaolin, n°1 en Mongolie intérieure. Leurs carrières ont toutes été accélérées par Xi Jinping.

Vient ensuite la coterie du Shaanxi où Xi a passé 6 années durant la révolution culturelle. On y retrouve Li Xi, secrétaire du parti (n°1) à Canton, Wang Dongfeng n°1 au Hebei, Jing Junhai, gouverneur du Jilin, Qi Yu, n°1 du parti au ministère des Affaires étrangères, propulsé à ce poste sans aucune expérience diplomatique, Zhao Leji, président de la Commission de discipline et Wang Chen, n°2 de l’ANP.

Le 3e vivier est celui de Qinghua où Xi Jinping est diplômé d’études marxistes, avec Chen Xi aujourd’hui à la tête de la Commission d’organisation du Parti, Hu Heping, n°1 au Shaanxi, à 55 ans plus jeune secrétaire général de province et Chen Jining, ministre de l’environnement lui aussi ancien de Qinghua et à 55 ans le plus jeune à ce niveau ministériel.

Le 4e réseau s’enracine au Hebei où Xi a commencé sa carrière avec Li Zhanshu déjà cité, Yang Zhenwu, ancien journaliste en poste à Shijiazhuang dans les années 80, aujourd’hui secrétaire général du comité permanent de l’ANP, après avoir été directeur du Quotidien du Peuple.

La 5e base de pouvoir de Xi Jinping est au Fujian où Xi est resté 17 années. Son réseau d’allégeance y est riche. Il va de Cai Qi n°1 à Pékin qui doit tout au Président et Huang Kunming, grand maître de la propagande, à He Lifeng patron de la Commission de réforme & développement et Liu Cigui, n°1 à Hainan, en passant par Song Tao, responsable des relations étrangères du Parti, spécialement en charge de la Corée du Nord, Zhuang Rongwen responsable d’Internet depuis 2018, Wang Xiaohong, futur n°1 du ministère de la sécurité, Lin Rui, qui le remplacera comme n°2 de la police, Deng Weiping, supervisant la discipline du Parti et Xu Ganlu, responsable du contrôle des frontières.

Le 6e réseau, lui aussi très fourni est au Zhejiang où Xi a été n°1 de 2002 à 2007 et où il se comportait comme un empereur local, contrôlant déjà tous les fiefs économiques et politiques du pouvoir de la province, dont il a fait sa base première base politique.

On y retrouve Cai Qi et Huang Kunming, déjà cités devenus membres du bureau politique, Chen Miner, n°1 à Chongqing protégé de Xi, Li Qiang, n°1 à Shanghai, les 2 également membres du BP sont, dit-on, sur la trajectoire du prochain comité permanent ; Xiao Baolong, secrétaire général de la Commission Consultative du Peuple Chinois est sous les ordres de Wang Yang ; Chen Yixin est n°1 de la Commission des affaires législatives du Parti, Shen Haixiong, ancien de Xinhua, est aujourd’hui en charge de toute l’organisation de la TV nationale.

En 2e rideau, Bayin Chaolu est n°1 au Jilin et Liu Qi n°1 au Jiangxi, Ying Yong, Gong Zheng, Tang Yijun, Lou Yangsheng également anciens proches de Xi Jinping au Zhejiang sont respectivement maire de Shanghai et gouverneurs des provinces du Shandong, du Liaoning et du Shanxi. Sauf accident, leur carrière est assurée.

Le 7e et dernier réservoir de la ressource humaine de Xi Jinping est le fief très convoité de Shanghai. Mais n’y ayant effectué qu’un bref passage en 2007, ses bases politiques y sont moins solides, d’autant que la place était fermement tenue par Jiang Zemin auxquels nombre de fonctionnaires avaient fait allégeance avant Xi.

Ses appuis y sont Ding Xuexiang, à 59 ans un des plus jeunes membres du Bureau Politique, en charge du secrétariat du Comité Central Bureau Central du Parti, Xu Lin, directeur du bureau de l’information publique, Du Jiahao, n°1 au Hunan, Chen Hao n°1 au Yunnan (tous deux proches de la retraite), Wang Wentao, Tang Dengjie et Shen Xiao Ming, respectivement gouverneurs du Heilongjiang, du Fujian et de Hainan.

Ajoutons enfin que les réseaux se démultiplient par l’effet des allégeances en cascade aux grands fidèles que sont Li Zhanshu, Wang Qishan, qui eux-même se créent des réseaux, tous en théorie fidèles à Xi Jinping.

Notes :

[1L’éventail des domaines où les actions de l’administration requièrent une autorisation préalable et un compte-rendu à l’issue est si vaste qu’il crée un style de pouvoir proche de celui d’une organisation militaire, accentuant encore la centralisation. Il couvre l’organisation et la discipline du parti, la mise en œuvre des décisions du Centre, les choix économiques et sociaux, l’exercice et le style du pouvoir par les cadres.


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