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›› Editorial

Xi Jinping, D. Trump, Kim Jong-un, brutal retour aux réalités

Il y a seulement 3 mois, le sommet de Singapour entre Kim Jong-un et D. Trump dont Pékin avait été un des plus actifs zélateurs, pouvait laisser croire que Pékin et Washington travailleraient de concert à la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Depuis, Pékin craignant d’être marginalisé par le tête-à-tête entre Kim et Trump s’est rapproché de Pyongyang. Sans le dire ouvertement, la Chine milite pour un allégement des sanctions et le préalable d’un traité de paix accordé par Washington à Pyongyang auquel Xi Jinping a rallié V. Poutine.

Simultanément, les stratèges chinois qui n’en font pas publiquement état, espèrent que la Chine tirera profit du processus en cours pour obtenir le départ des troupes américaines de la région. En embuscade, Tokyo tire la sonnette d’alarme d’une dérive stratégique mal contrôlée dont le Japon pourrait être le grand perdant.


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A la fin juillet, des sources proches du régime nord-coréen laissaient filtrer un durcissement de la position de Pyongyang qui tranchait avec l’ambiance conviviale du sommet de Singapour. Inversant l’ordonnancement du processus de dénucléarisation vu par Washington, Kim Jong-un exigeait que les États-Unis s’engagent dès à présent et, par anticipation, pour la fin de l’armistice et un traité de paix.

« Si Washington », disait la source, citée par CNN, « refusait de remplacer l’accord d’armistice par un traité de paix permanent, garantissant la survie du régime de Kim Jong-un, il est probable que Pyongyang ne s’engagera pas dans des pourparlers pour le démantèlement de son arsenal nucléaire ». La douche froide venait après que le 7 juillet le régime de Pyongyang avait déjà accusé Mike Pompeo de « négocier de manière univoque et comme un “gangster“, exigeant sans contrepartie l’abandon unilatéral de l’arsenal nucléaire ».

La proposition tranchait radicalement avec la pensée stratégie américaine spéculant qu’un démantèlement complet devrait être le préalable à une garantie de sécurité. D’autant que si à Washington on reconnaît que Pyongyang a – peut-être contraint et forcé par un accident – démantelé un site d’expériences nucléaires, on estime avoir également fait un premier pas en acceptant un moratoire sur les manœuvres conjointes avec Séoul.

Un mois plus tard, le 24 août, évoquant l’absence de progrès de la dénucléarisation, la Maison Blanche annulait brutalement une mission à Pyongyang de son Secrétaire d’État Mike Pompeo. Reconnaissant par là que l’atmosphère positive du sommet de Singapour était en train de se brouiller, le Président Trump ajoutait dans un tweet que la Chine faisait obstacle aux négociations et que son absence de solidarité était une riposte à la guerre commerciale qu’il avait déclenchée contre elle.

Moins d’une semaine après l’annulation du voyage de M. Pompeo, le Waijiaobu, réagissant sèchement par la voix de Hua Chunying, porte-parole. Déclarant que « les remarques américaines sur la question nord coréenne étaient « irresponsables » (…), elle ajoutait que « les États-Unis devaient se blâmer eux-mêmes pour les problèmes qu’ils rencontraient » (…) et que « leur stratégie sur la péninsule était devenue illisible. »

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L’enchaînement de ces trois déclarations dessine les limites des espoirs du sommet de Singapour et fait craindre que, sur fond de guerre commerciale sino-américaine, la question nord-coréenne entre à nouveau dans une phase de graves tensions attisées par la lourde méfiance désormais installée entre Washington et Pékin. En réalité, pour de nombreuses raisons analysées dans cette note et sans préjuger d’éventuelles éclaircies futures, les complications qui s’annoncent étaient inscrites dans l’histoire de la région et les tensions stratégiques qu’elle génère depuis la guerre de Corée.

S’il est exact qu’après le sommet du 12 juin les premières réactions officielles du Bureau Politique chinois furent étonnamment positives – bien plus qu’aux États-Unis même ou dans les cercles des commentateurs occidentaux, la plupart sceptiques -, il faut reconnaître que, par la suite, la musique diffusée par le régime chinois devint progressivement une dissonance, pour en arriver à ce qui, aujourd’hui, n’est pas loin d’une hostilité affichée à l’égard de la Maison Blanche.

Certes, l’arrière-plan de la guerre commerciale fonctionne comme un destructeur de la confiance réciproque, mais, il faut y ajouter l’incontournable sous-bassement stratégique de la situation articulé au fait que le régime chinois craint d’être marginalisé dans sa zone d’intérêt stratégique direct par le processus déclenché par Washington et qu’à plus long terme son objectif est le départ des troupes américaines de ce théâtre, arrière cour culturelle de la Chine.

A Pékin, après une première phase durant laquelle Pékin a d’abord loué la stratégie de Washington, dans l’appareil, l’angoisse de la marginalistion a peu à peu pris le dessus. Au fil des mois a surgi l’idée que le processus en cours pourrait être l’occasion d’affaiblir les alliances militaires de Washington dans la région.

Pékin premier zélateur du sommet de Singapour.

Pékin a chaudement approuvé le sommet de Singapour en dépit de ses maigres résultats concrets qui ne comportaient que 4 points très généraux sur lesquels Kim et Trump sont tombés d’accord :
1) L’établissement de relations entre Pyongyang et Washington en phase avec la volonté des peuples des deux pays et de leur gouvernement d’aller vers la paix et la prospérité ; 2) Des efforts conjoints pour établir la paix durable sur la péninsule ; 3) L’engagement de la Corée du nord à procéder à la dénucléarisation de la péninsule coréenne ; 4) Un engament de la Corée du nord à restituer les dépouilles des disparus de la guerre.


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Alors qu’à l’Ouest beaucoup d’experts reconnus de la question critiquaient la vacuité du sommet de Singapour, en Chine, la classe politique et la plupart des chercheurs autorisés lui attribuèrent la vertu d’avoir fait avancer la cause de la stabilité et de la paix. Avant même le sommet, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi le qualifiait « d’opportunité historique ».

Au passage il se félicitait que l’ouverture avait été la conséquence – ce qui n’était qu’en partie exact – de la proposition chinoise datant de mars 2017 et acceptée par les deux parties à la faveur des JO d’hiver en Corée, du double moratoire sur les manœuvres conjointes Séoul – Washington et les essais balistiques et nucléaires de Pyongyang.

« L’impasse qui dure depuis des années a été brisée, clamait le Ministre. Nous encourageons les États-Unis et la Corée du Nord à continuer dans cette voie de bonne volonté et nous appuyons leurs efforts ».

Suffisamment rare pour être signalé, 48 heures après le sommet, Zhang Yun, professeur à l’Institut de gouvernance de l’Université des études internationales de Pékin, détaché à l’Université Niigata au Japon, signait dans le Global Times un article laudatif : « Ce président américain hors normes a eu le courage le briser le tabou d’un dialogue avec Pyongyang que les cercles intellectuels et médiatiques aux États-Unis considéraient comme inutile, habités par la conviction quasi religieuse que la Corée allait et devait s’effondrer ».

Mais, en même temps, premier rappel discret de la connivence historique Pékin – Pyongyang, la déclaration du MAE rappelait la position chinoise selon laquelle l’accord dont la Chine reconnaissait qu’il était à négocier directement entre Washington et Pyongyang, devait aussi garantir la sécurité de la Corée du Nord.


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