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›› Politique intérieure

Zhou Yonkgang, maître sans éthique de la répression est tombé

Le régime a mis en œuvre au Xinjiang une stratégie héritée de Zhou Yongkang qui crée une fracture entre les forces de sécurité et des pans entiers de la population.

Une stratégie de répression étouffante.

Dans la province ouïghour, les forces de sécurité ont installé une chape étouffante d’autant plus insupportable qu’elle est aussi perçue par les locaux comme une intrusion iconoclaste dans le rituel religieux. La clé de voûte de la stratégie mise au point par Zhou Yongkang, destinée à éviter les affrontements spectaculaires entre le peuple et la police qui dégraderaient l’image de la Chine, était exprimée par un de ces slogans souvent employés par les autorités pour expliquer une action et dont le style renvoie à la grande époque révolutionnaire et aux mouvements de masse : les « Si Ge Zao » - « les 4 diligences »- : « être informé rapidement, rendre compte rapidement, contrôler rapidement et résoudre rapidement ».

Tel est encore l’objectif du « groupe dirigeant pour le maintien de la stabilité », créé en 2006, placé sous la responsabilité de Zhou Yongkang jusqu’en 2012. Son bras armé est toujours le « bureau de la stabilité » dirigé par le vice-ministre de la sécurité publique dont l’une des missions cruciales est d’identifier le plus tôt possible les éléments qui pourraient menacer la stabilité sociale. A cet effet le pouvoir a recruté une armée d’agents de renseignement disséminés et démultipliés - chaque agent peut recruter jusqu’à 5 personnels de surveillance - dans toute la Chine. Il va de soi qu’un effort particulier est consenti pour les zones à risques du Tibet et du Xinjiang.

Ce réseau tentaculaire qui tente de contrôler les activités à connotation politique de la société civile est efficace, mais au Tibet et au Xinjiang il a fini par créer à la fois une atmosphère de suspicion et de délation et une fracture entre les forces de police et des pans entiers de la population. Récemment les stratégies de Zhou étant toujours en vigueur, en réponse aux diverses violences perpétrées par des groupes ouïghours en colère, la répression s’est aggravée ; des dizaines de personnes ont été détenues, accusées d’actions terroristes, parfois jugées au cours de procès groupés organisés dans des stades qui en retour ont attisé les ressentiments.

Ce fut notamment le cas le 28 mai, dans la préfecture kazakhe autonome de Yili à 500 km à l’ouest d’Urumqi près de la frontière du Kazakhstan, où 55 prévenus en grande majorité des Ouïghours ont été traduits devant la haute cour du Xinjiang siégeant dans un stade où étaient rassemblés plusieurs milliers de spectateurs. Présentés au public à bord d’une quinzaine de camions militaires gardés par la police armée populaire les prisonniers étaient accusés d’homicides avec préméditation et de menées séparatistes avec incitation aux actions terroristes.

Trois d’entre eux avaient été condamnés à mort pour le meurtre d’une famille de 4 personnes dont une petite fille âgée de 3 ans. Dans la droite ligne des stratégies foudroyantes de Zhou Yongkang, Li Minghui, n°2 de la préfecture s’est dit convaincu que la méthode était la bonne : « Nous gagnerons cette guerre populaire contre le terrorisme et pour la stabilité en ripostant aux arrogantes provocations de l’ennemi d’une main de fer avec la puissance et la rapidité de l’éclair ».

Le style puissamment répressif et indiscriminé qui fut encore alourdi en amont des JO de 2008 et à la suite des événements au Tibet et au Xinjiang en 2008 et 2009 a sans doute contribué à aggraver la menace terroriste extérieure, la Chine étant désormais considérée par les mouvances islamistes radicales comme une nation qui ne « respecte pas la religion musulmane ».

Redresser le sens éthique.

Mais il y a plus : l’offensive ouverte contre une personnalité de ce niveau ébranle une fois de plus le fonctionnement habituellement très opaque du Parti confronté aux défis de sa modernisation politique économique et sociale. Après l’affaire Bo Xilai à laquelle elle est connectée par la connivence entre Bo et Zhou, la chute de Zhou Yongkang rappelle que le paysage politique chinois reste assombri par un arrière plan mafieux et criminel construit par des cadres qui s’estiment au-dessus des lois.

Au moment où l’on parle beaucoup de modernisation liée au rêve chinois, ressurgissent du néant des histoires que les protagonistes auraient aimé oublier, mais qui jettent une lumière crue sur leur personnalité réelle et troublent gravement l’image du Parti.

La nouvelle classe moyenne adepte d’internet et des réseaux sociaux qui observe et juge, est d’autant moins portée à la patience qu’elle a le sentiment que les sacro-saints secrets d’État qui verrouillent l’information ne sont en fait que des expédients pour dissimuler les ribauderies et les forfaitures des puissants.

C’est bien contre cette menace diffuse mais bien réelle, aggravée par le déficit d’éthique de certains cadres que Xi Jinping a engagé une lutte dont la férocité dépasse de loin tout ce que le Parti avait entrepris jusqu’à présent.

La levée de la censure a libéré la verve des médias. Pour protéger le Parti, le Quotidien du Peuple a donné le ton de la stigmatisation et du rejet : « il s’agit du responsable le plus haut placé jamais mis en examen depuis la fondation de la République Populaire. Mais personne n’est étonné et le peuple ressent le soulagement d’avoir été délivré d’un poids. L’annonce publique a enfin eu lieu et déjà il n’est plus notre camarade ».

Corruption et crimes.

Zhou Yongkang est le tout premier membre du Comité Permanent en retraite à être mis en examen par cette étonnante campagne contre les « graves infractions à la discipline du Parti », terme habituel utilisé par le Parti pour qualifier les charges, sans autre précision : traduisez corruption et abus de pouvoir. Selon Deng Yuwen l’ancien éditeur du 学习时报 Xuexi Shibao (Study Times) parrainé par l’Ecole du Parti, il est certain que Zhou sera jugé, condamné et envoyé en prison. Le signal s’adresse à tous les cadres grands ou petits, retraités ou pas.

Pour l’heure les principales charges pourraient relever de la corruption du frère, Zhou Yuanqing, du fils, Zhou Bin, d’une belle-sœur, Zhou Lingying, et de sa femme Jia Xiaoye dont la fortune amassée se monterait à 160 millions de $, détournés du secteur du pétrole. Mais, précise le New-York Times, l’estimation ne tient pas compte des propriétés immobilières de la famille.

Enfin, il reste les accusations toujours étouffées selon lesquelles Zhou aurait fait assassiner sa première femme par deux membres de la police armée populaire qui maquillèrent le meurtre en accident de voiture. Arrêtés au Sichuan, jugés et condamnés à 15 et 20 ans de prison, les deux hommes de main furent relâchés seulement 3 et 4 ans plus tard. Sauf indiscrétion grave, il est très peu probable que le Parti communique ouvertement sur cette version de l’accusation. Mais selon certaines sources chinoises, c’est son fils Zhou Bin, lui aussi arrêté qui aurait dénoncé son père.

Les mêmes sources indiquent que Zhou Han, deuxième fils de l’ancien chef de la sécurité qui tient une librairie à Chengdu, aurait toujours su que sa mère avait été assassinée. Depuis l’accident maquillé, il aurait coupé les ponts avec son père.


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