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›› Editorial

L’harmonie en question

Si on observe les tendances actuelles de la politique chinoise soumise aux défis des révoltes sporadiques en Mongolie, dans le centre, le sud-est et le sud du pays, toutes précisément dirigées contre des injustices, dont la responsabilité est directement attribuée à l’administration, on discerne deux courants.

Entre « suppression » et transparence.

Le premier, aujourd’hui le plus évident, mis en œuvre avec une efficacité omnipotente par la police et les services de sécurité, renvoie à une stratégie bien rodée de prévention et, en cas d’échec, de répression, sur laquelle est rapidement jeté le voile de « l’escamotage ».

« L’escamotage » ou « la suppression », condition préalable de la propagande, étant une vieille recette de négation de la réalité par les régimes qui, s’estimant eux-mêmes les seuls détenteurs d’une légitimité de gouvernement, ne peuvent, par conséquent, tolérer la révélation de leurs erreurs ou de leurs échecs. En Chine, les critiques sont d’autant plus occultées qu’elles paraissent injustes aux élites qui peuvent se prévaloir d’indéniables réussites dans le développement du pays, dont les progrès sont louées dans le monde entier.

Appliquée sans difficultés majeures en économie par la manipulation des statistiques ou l’effacement pur et simple des créances douteuses des banques ou des institutions financières des provinces, « la suppression » l’est aussi en politique, par le truchement de la censure, du contrôle et de la manipulation d’internet, du harcèlement de journalistes, d’avocats et de militants, ou de l’interdiction de circuler dans certaines zones, comme celle fermant régulièrement le Tibet aux étrangers.

Il y a quelques mois seulement, Pékin s’est finalement décidé à confondre et condamner les « sociétés de services » qui mettaient leurs talents « d’escamotage » à la disposition des cadres locaux - qui eux ne furent cependant pas inquiétés - , soucieux de préserver l’image harmonieuse de leur circonscription et, à cet effet, anxieux de faire disparaître du paysage les « pétitionneurs » gênants se rendant à la capitale en désespoir de cause, pour faire entendre leurs griefs, enterrés par la province (Les contradictions du droit à pétition).

Le deuxième courant, aujourd’hui subjugué par les tendances au contrôle policier et à « la suppression » des événements néfastes, n’a plus voix au chapitre. Composé de chercheurs de l’Académie des Sciences Sociales et de divers centres d’études ayant pignon sur rue, d’intellectuels, d’avocats, de journalistes et d’hommes politiques, dont le premier ministre Wen Jiabao, il prône très exactement le contraire du premier.

Militant pour plus de vérité et de transparence, il appelle de ses vœux une justice indépendante et la possibilité donnée au peuple de contrôler le gouvernement, seul moyen de corriger les déraillements du système. Surtout, il dénonce l’obsession de stabilité sociale, instituant un type de relation rigide et répressif avec la société civile, qui en perd ses capacités d’invention et de propositions (L’obsession de stabilité sociale, principal obstacle au développement d’une société civile dynamique et responsable. ).


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