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Les BRICS à Xiamen. Contraste entre les discours et la réalité

La 9e réunion des BRICS s’est tenue du 4 au 5 septembre à Xiamen, une ville dont Xi Jinping fut le vice-maire il y a 30 ans. A à peine plus d’un mois du 19e Congrès la réunion a été précédée par deux mois de fortes tensions entre la Chine et l’Inde dans l’Himalaya. Elle a été sauvée in-extremis par la décision de New-Delhi de retirer ses troupes du Tibet chinois où elles étaient entrées en juin pour s’opposer au projet de construction d’une route par l’armée chinoise non loin de la zone sensible dite du « cou de poulet » large de 30 km entre Bangladesh et le Nepal qui relie la province de l’Assam au reste de l’Inde.


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Pékin vient d’accueillir à Xiamen le 9e sommet des BRICS dont la déclaration commune du 4 septembre en 70 points est une fois de plus remarquable par le caractère exhaustif des sujets abordés donnant parfois l’impression d’une longue liste de bonnes intentions, articulées autour de l’idée maîtresse « du renforcement des partenariats pour un meilleur futur », avec, dominant en arrière plan, la volonté affirmée de modifier l’ordre mondial au point de militer pour la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU.

Au passage, Pékin considère toute évolution du Conseil de sécurité avec la plus extrême prudence dès lors qu’elle porte le risque d’ouvrir les débats sur l’admission du Japon au conseil de sécurité.

Au-delà des bonnes parole sur le désir de paix, le développement sud-sud, le multilatéralisme, l’ordre mondial démocratique dans un tendance générale qui l’est de moins en moins, ou sur l’ouverture politique et la transparence, à quoi s’ajoute la toute première référence de l’association au terrorisme islamique, soulignons – influence de l’empreinte chinoise - l’accent mis sur la coopération financière et quelques autres priorités de Pékin.

On y retrouve le rôle de la banque des BRICS créée en 2014 avec 100 Mds de $ de réserve, dont 1,4 Mds de $ ont été débloqués pour des projets de développement durable en Chine, en Russie et en Inde, la promotion des monnaies nationales des États membres, la coopération et les transferts de technologies, la lutte contre le stress hydrique, la pollution et la corruption.

La marque d’un projet global, achevé et à vocation de refonte planétaire répondant aux frustrations des laissés pour compte de l’après 1945 est visible dans toutes les déclarations générales de l’association. On la percevait déjà clairement, le 15 juillet 2014, à Fortaleza au Brésil, à l’occasion de la création de la Banque des BRICS.

Lire Les BRICS jettent un pavé dans la mare des finances mondiales.

Une réunion sauvée in-extremis.

Mais le volontarisme planétaire de rupture exprimé dans la déclaration commune ne dit pas tout. En réalité, la réunion qui semblait compromise ne fut possible que grâce à la décision in-extremis de New-Delhi de retirer ses troupes du territoire chinois où elles avaient pénétré en juin dernier, déclenchant une de ces périodes de tensions récurrentes qui périodiquement entraînent les nationalismes indien et chinois au bord de l’affrontement militaire.

La réunion eut en effet lieu après 73 jours de tensions entre les armées chinoise et indienne dans l’Himalaya - le deux géants des BRICS, à la fois rivaux culturels, stratégiques et économiques – qui pendant plus deux mois échangèrent des menaces et des rodomontades dans la région du Doc Lam (en Chinois Dong Lang 东 浪) partie du Tibet proche du Sikkim à l’est des trois frontières entre le Bouthan, la Chine et l’Inde, au-delà de la vallée du Yadong, dominée au nord et au nord-est par des pics glacés de plus de 7000 m.

Le sommet eut aussi lieu après un passage à vide de l’alliance, au point qu’une semaine après le précédent sommet à Gao, Carry Huang se demandait le 22 octobre 2016 dans le South China Morning Post si l’alliance n’allait pas « craquer » en raison des disparités politiques, économiques et stratégiques des membres dont le seul point de convergence était leur détermination à empêcher Washington de s’immiscer dans leurs affaires internes.

Enfin, il est important de souligner que l’exercice s’est ouvert alors que les membres étaient tous perturbés par la 6e explosion nucléaire nord-coréenne supposée à hydrogène ayant eu lieu la veille de l’ouverture du sommet.

Le test qui selon les sismographes sud-coréens, chinois et américains était le plus puissant de la série déclenchée par Pyongyang en 2006, faisait suite à un tir balistique au-dessus de l’île d’Hokkaido le 29 août, à quoi s’ajoutaient les déclarations du régime qu’il maîtrisait désormais la technique d’ajustement d’une charge nucléaire sur un missile.

L’ombre de Pyongyang et du 19e Congrès.

A l’ouverture de la conférence Xi Jinping était préoccupé par le 6e test nucléaire de Pyongyang du 3 septembre. Après la mise en garde de Pékin promettant de nouvelles sanctions, la radio nord-coréenne a accusé la Chine « d’insincérité et de trahison », blâmant aussi Pékin de « saper les fondements de leur alliance ».


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C’est pourquoi, s’il est vrai que les chefs d’État avaient la tête ailleurs, il est aussi probable que la menace atomique désormais devenue globale posée par Pyongyang qui tient en otage toute la région en même temps que la relation sino-américaine, aura eu la vertu de relativiser les querelles de frontières et d’inciter les BRICS et notamment Pékin et New-Delhi à la solidarité, au moins de façade, en dépit de leurs divergences.

La séquence, mise en scène par Pékin ponctuée par une conférence de presse très attendue de Vladimir Poutine et les entrevues de Xi Jiping avec Narendra Modi et le président russe avait aussi pour but d’attiser en interne la popularité du n°1 chinois à quelques semaines du 19e Congrès. Les fidèles du président espèrent que l’exercice quinquennal sera un plébiscite pour son autorité.

Parfois contestée en interne par ceux considérant la répression contre les corrompus comme une purge politique ; mise à mal sur la scène internationale par les embardées du régime de Pyongyang assez souvent déclenchées au moment des événements internationaux qui mettent Pékin en porte à faux, la prévalence politique du Parti unique et de Xi Jinping, son n°1, est un présupposé que la propagande ne cesse jamais de nourrir.


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