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Su Tseng-chang - 苏贞昌 (Su Zhen Chang) - le retour

[1er juin 2012] • Jean-Paul Yacine

« Vétéran » et « pragmatique » sont les termes qui reviennent le plus souvent pour caractériser le nouveau président de Parti indépendantiste élu le 27 mai dernier par un scrutin interne au DPP, où il a obtenu plus de 55 000 voix sur les 112 000 suffrages exprimés – 50,47% -.

Agé de 66 ans, cet avocat formé à Taïwan Daxue 國立臺灣大學 l’une des meilleures universités de l’Ile, milita très tôt pour la démocratie et fut le défenseur des accusés de « l’incident de Kaohsiung » qui marqua le début du processus de démocratisation de l’Ile (Le 10 décembre 1979, une quarantaine d’opposants au parti unique furent arrêtés lors d’une manifestation de la journée des droits de l’homme, et condamnés à de lourdes peines de prison).

Vétéran de la politique, Su l’est assurément. Entre 1989 et 2004, il est élu local à Pintung et à Taipei (2 mandats, dont un contre une coalition entre le KMT et le Nouveau Parti). Il occupe ensuite, toujours assez brièvement, des postes au sommet du pouvoir sous Chen Shui-bian, dont celui de secrétaire général de la présidence (2004 – 2005), puis de premier ministre, de janvier 2006 à mai 2007. De 2004 à 2005, il est aussi une première fois secrétaire général du parti indépendantiste (DDP).

En 2007, candidat malheureux à l’investiture du DDP pour les présidentielles de 2008, il se présente comme colistier de Franck Hsieh Chang-ting contre Ma Ying-jeou, en mars 2008. Les deux sont sévèrement battus puisqu’ils n’obtiennent que 41,55% des voix contre 58,45 % au tandem Ma Ying-jeou – Vincent Siew.

Le nouveau président incarne aussi le pragmatisme affiché par le DPP après l’épisode indépendantiste exacerbé de l’ère Chen Shui-bian, dont Tsai Ying-wen s’était appliquée à corriger les dommages collatéraux, sans y parvenir totalement. L’arrivée à la tête du parti d’un policien chevronné signale incontestablement un compromis marqué par un glissement au centre, que certains au sein de l’appareil ne cautionnent pas.

Su rejette l’appellation familière de Dalu « 大陆 - Grande Terre » –, utilisée par une majorité de Taïwanais pour désigner la Chine, selon lui trop marquée affectivement et politiquement ; mais, sans abandonner la revendication centrale du Parti, exigeant que les Taïwanais soient les seuls à décider de leur destin, il évite soigneusement l’allusion à « deux Etats indépendants », rendue populaire par l’ancien président Lee Teng-hui.

Dans ce contexte, et sans surprise, il a précisé que sa politique chinoise se caractérisera par la souplesse, ajoutant qu’il n’excluait pas de se rendre en Chine pour peu que le Parti Communiste Chinois ne fixe pas de conditions préalables. Ce qui est peu probable.

Reprenant les idées de Tsai Ying-wen et de la présidente intérimaire Chen Chu, il a confirmé que le DDP allait recréer un bureau des Affaires chinoises, composé de chercheurs émérites pour, dit-il, « améliorer la compréhension réciproque avec la Chine, sur un mode plus positif et moins conflictuel. » Une autre priorité sera de rouvrir le bureau officiel du DPP aux Etats-Unis, fermé depuis 2000 et remplacé par une simple permanence, après l’élection de Chen Shui-bian à la présidence.

En interne, l’urgence sera de trouver les termes d’une relation avec le KMT, forcément critique, mais décrispée et constructive, et, surtout, de refonder l’unité du Parti fragilisé par les débats après deux échecs consécutifs à la présidentielle et les questionnements sur les avantages et les inconvénients de son recentrage politique, dont beaucoup pensent qu’il est la condition essentielle d’une victoire au présidentielles de 2016, mais fermement rejeté par les plus fervents indépendantistes.


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