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2e trimestre 2013. Réformes et turbulences. Energie verte et or noir russe

CONTRÔLE MACRO ÉCONOMIQUE – FINANCES

La Banque centrale contre les finances parallèles.

Le 2e trimestre a été marqué par l’attention du pouvoir porté à la remise en ordre des finances grises et à la baisse de la croissance – dont l’estimation la plus basse pour 2013, proposée par le groupe bancaire ANZ était à 7,6%, contre 7,7% pour la banque mondiale -, la plus faible croissance depuis 1999. Encore certains prévisionnistes estiment-ils qu’en 2013 la croissance sera inférieure à 7%.

L’action de la Banque Centrale contre les circuits financiers parallèles a donné lieu à un bras de fer avec les banques commerciales et à un assèchement du crédit interbancaire qui a suscité des commentaires alarmistes des observateurs, au point que le pouvoir chinois est intervenu pour tenter de freiner la diffusion des analyses trop pessimistes.

Alors que lors de son voyage en Allemagne, en mai dernier, le premier ministre Li Keqiang expliquait à une assemblée d’hommes d’affaires allemands que la Chine, confrontée à de « considérables défis », avait réduit ses objectifs de croissance à 7% en moyenne pour les dix ans à venir, (comparés aux 10% de la décennie passée), le gouvernement était une fois encore confronté au dilemme de ne pas céder à la tentation de la relance par l’investissement, sous peine de donner un mauvais signal qui remettrait en cause les efforts d’assainissement des finances et la restructuration industrielle.

Au printemps, sans qu’on puisse préjuger de sa capacité à tenir le cap de la rigueur, la tête politique du régime prenait, avec un bel ensemble, nettement position pour le choix de l’assainissement et du long terme.

En avril, Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque de Chine maintenu à son poste en mars, expliquait que « la Nation devait sacrifier le court terme pour réformer l’économie ». Le 24 mai, le Président Xi Jinping lui-même rappelait que l’exécutif ne renoncerait pas à la remise en ordre de l’économie et du système financier pour le bénéfice d’une croissance de court terme.

A la mi-juin, provoquant un tumulte en Chine et chez les observateurs, la Banque Centrale refusait d’injecter des capitaux dans le circuit financier. Le raidissement fut à l’origine d’une envolée des taux interbancaires de court terme qui grimpèrent de moins de 4 % à près de 13 %, installant un début de panique. Le 23 juin, les hommes de Zhou Xiaochuan mettaient en garde les banques commerciales contre leur tendance à financer l’économie grise et à injecter des capitaux dans les circuits financiers parallèles, en marge de l’économie réelle.

Mais, dans le même temps, constatant la crise du crédit, Li Keqiang concédait que le système financier devait venir en appui du développement. A cet effet, il a autorisé une injection de crédits de 8 Mds de $ au profit de secteurs prioritaires tels que les industries de hautes technologies et le secteur en difficultés à forte intensité de main d’œuvre de la rivière des perles. En revanche, il a rappelé que les industries en surcapacité ne bénéficieraient pas d’appuis financiers.

L’offensive, qui porte le risque d’assécher les liquidités, est dirigée contre le système enkysté de financement des administrations locales et de leurs projets de long terme à fort rendement, par des prêts à court terme sans cesse rééchelonnés.

Le système de financement, où les banques acceptent des garanties dont la liquidité est différée ou nulle, s’est emballé depuis 2008 - depuis 5 ans, le niveau des crédits est passé de 9000 Mds de $ à 23 000 Mds de $ -.

Par le truchement de la corruption et de la connivence entre affaires et politique, il conduit mécaniquement à une mauvaise allocation des crédits, aux surcapacités industrielles et aux bulles financières et immobilières. Dans ce contexte, la décision du premier ministre de ne plus financer les surcapacités et les secteurs spéculatifs pourrait assez vite mettre en difficulté des banques locales trop exposées.

Le 19 juin, Xu Gao, chef économiste du fonds d’investissement Everbright Securities Co, soulignait que le pouvoir « semblait tester les limites basses de la croissance », ajoutant que la Chine se rapprochait d’un scénario de crise.

Cette tendance catastrophiste des analyses s’est affirmée au cours du trimestre, lorsque la crise du crédit a eu pour conséquence un assèchement des liquidités disponibles pour les entreprises privées et les PME - responsables de près de 70% du PIB en 2012 -, tandis que le capitaux disponibles étaient en grande majorité déviés vers les groupes publics, dont le retour sur investissements a pourtant plafonné à 5,9% en 2012 contre 10,2% en 2010.

A la mi-juin, l’index Hang Seng, qui liste les sociétés chinoises cotées à la bourse de Hong Kong avait perdu 3,3%, effaçant toutes les hausses depuis la détente du 13 septembre 2012. Le 24 juin, la bourse de Shanghai chutait de 10%. A la fin juin, Zhou Xiaochuan intervenait à nouveau pour tenter de redonner confiance aux investisseurs en garantissant la stabilité du marché et en promettant un réajustement des taux le moment venu.

Le 4 juillet, la société d’investissement Haitong Security annonçait que les dettes cumulées des secteurs financiers et industriels avaient atteint 270 % du PNB, contre 200 % en 2008, tandis qu’un rapport de la direction du Trésor français situe les dettes des provinces à 150 % du PNB, soit 3 fois plus qu’un rapport officiel chinois de 2011. Le même jour Cai Fang, démographe à l’Académie des Sciences Sociales, inquiet du tumulte financier en cours, conseillait au gouvernement de réduire le rythme de l’urbanisation, dont la charge financière a été estimée à 6500 Mds de $.

Parmi les alarmistes, signalons Gordon Chang (auteur de The coming collapse of China – 2001 -), qui avait anticipé une crise grave avant 2012. Il persiste et signe avec quelques arguments d’alerte.

1) Si on les rapporte à la hausse de la consommation d’électricité limitée à 2,7%, les chiffres de la croissance affichée sont surévalués. Selon Chang, la vraie croissance chinoise serait plutôt comprise entre 3 et 4% ;

2) La production et l’activité freinent plus que ne l’indiquent les chiffres officiels - au 1er trimestre l’Indice des prix à la production a baissé de 1,9% - ce qui fait dire à Gordon Chang que l’économie chinoise vient d’entrer en déflation ;

3) En dépit des efforts du pouvoir, la consommation interne, principal outil de la modification du changement de schéma de croissance, reste faible ;

4) Sur la cote Est, les investissements publics qui ont repris depuis 2008 sont gaspilleurs et de moins en moins efficaces pour la croissance, qui doit évoluer vers un schéma moins gaspilleur et plus qualitatif.

Dans une analyse publiée le 27 juin, Andy Xie, commentateur du magazine Caixin, mettait en garde : « Si le gouvernement central acceptait d’imprimer de la monnaie pour soutenir la bulle financière chaque fois qu’elle donne des signes de fragilité, l’excès de liquidité augmentera de manière exponentielle, créant un risque systémique majeur. L’effondrement de la monnaie et une hyperinflation détruiraient l’économie chinoise (…) ».

Il ajoutait qu’il fallait surmonter la panique née de l’assèchement des liquidités de court terme et s’assurer que la croissance monétaire était affectée aux activités de production les plus efficaces. Telles sont bien les intentions de Li Keqiang. Reste à savoir s’il sera en mesure de s’y tenir.


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