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›› Politique intérieure

40e anniversaire des réformes. Crispation politique et incertitudes

40 ans après les décisions de Deng Xiaoping d’extirper la Chine du collectivisme, le Parti se bat toujours pour tenir à distance les réformes d’ouverture politique risquant de menacer son magistère.


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Le 18 décembre, Xi Jinping célébrait à Pékin, le 40e anniversaire de « l’ouverture » dont il faut rappeler qu’elle ne fut que socio-économique.

A l’époque, le « petit timonier » auteur de cette révolution idéologique bataillait avec les réminiscences du Maoïsme, encore portées par les caciques voyant dans la libération économique autorisant les marchés libres une infraction au dogme et surtout une menace pour leur pouvoir. Lire : Dix ans après DENG Xiaoping, reconnaissance... avec réserves.

Avec le recul, on voit bien que le point clé et la difficulté étaient déjà de libéraliser l’économie sans prendre le risque d’une contagion de « l’ouverture » vers la sphère politique. A la fois pragmatique, prudent et déterminé, Deng extirpa avec maîtrise la Chine des dogmes collectivistes délirants tout en la protégeant, aux prix de la grave crise de Tian An Men, des influences politiques extérieures.

Ayant imposé la réforme de l’économie planifiée à bout de souffle en même temps que l’ouverture vers les États-Unis, l’Europe et le Japon, creusets planétaires des innovations technologiques nécessaires à la modernisation, Deng entouré par les caciques porta un premier coût d’arrêt au risque de dérive politique en acceptant de limoger Hu Yaobang en 1987. Lire L’obsédant héritage de Hu Yaobang.

Promoteur de réformes démocratiques (élections directes au Bureau Politique avec plus de candidats que de postes) et, détail important, auteur d’une campagne anti-corruption lui ayant aliéné la presque totalité de l’oligarchie des « princes rouges », Hu Yaobang décéda en 1989. Sa mort fut la mèche explosive qui déclencha la révolte étudiante et la répression de Tian An Men, le 4 juin 1989.

Suivie la même année par la révocation de Zhao Ziyang de ses fonctions à la tête du Parti, l’intervention de l’APL au cœur de Pékin contre les étudiants rejoints par les ouvriers, sonna le glas des réformes politiques. Comme Hu Yaobang, Zhao qui termina sa vie en résidence surveillée était une figure de la mouvance réformatrice. Militant pour séparer l’État du Parti, il œuvra pour desserrer les contrôles de la liberté d’expression, laissant aux intellectuels suffisamment de champ libre pour proposer critiques et réformes.

Moderniser en se gardant des risques politiques.

Le slogan photographié en 1972, 4 ans avant la mort de Mao et 6 années avant l’ouverture décrétée par Deng Xiaoping est resté inchangé : « 伟大的, 光荣的 正确的 共厂党 万岁 : Vive le parti communiste, grand, glorieux et correct ». Signifiant toujours que seul l’actuel régime peut mener la Chine vers la modernisation, il tient à distance toute tentative d’ouverture politique.


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Quatre décennies plus tard, le dilemme reste le même. L’élan de la modernisation et du rêve chinois se méfient toujours de l’ouverture politique. Une différence pourtant. Les intellectuels sont sévèrement muselés et le rejet de l’évolution politique s’exprime sans complexe accompagné par un brin d’agressivité, dirigée contre Washington.

C’était l’objet du discours de Xi Jinping, essentiellement à usage interne.

Défendant becs et ongles ses politiques il a rappelé que personne ne saurait dicter sa conduite au peuple chinois : « 没有 可以 对中国人民 颐指气使 的 教师爷 – meiyou keyi dui zhongguo ren min yizhiqishi de jiaoshi ye », martelant à plusieurs reprises que pour tenir les rênes de la croissance chinoise, il n’y avait aucune alternative politique au Parti.

Dans le New-York Times Chris Buckley, correspondant en Chine ces 20 dernières années et Steven Lee Myers, vétéran du journal depuis 1989, spécialiste des questions stratégiques et récemment affecté à Pékin, notent que si les observateurs attendaient quelques indications et clarifications des intentions du parti pour faire face à la croissance en baisse et aux tensions commerciales avec Washington, ils en furent pour leurs frais.

Tout le discours qui dura près de 90 minutes, retransmis en direct sur toutes les chaînes de TV visait à affirmer que la première tâche du Parti était de se maintenir au pouvoir, condition essentielle de la poursuite de « la grande transition historique du pays. ».

Prononcé au milieu d’une succession d’arrestations de Canadiens – trois sont actuellement en prison en Chine – pour faire pression sur Ottawa dans l’attente d’un jugement d’extradition aux États-Unis de la fille du PDG de Huawei, la profession de foi auto-laudative du n°1 chinois justifiait les vastes ambitions du pays par ses succès socio-économiques et la puissance croissante de son empreinte internationale.

Ambiguïté et embarras.

Le 16 décembre, lors d’un discours à l’Université du Peuple, le professeur d’économie Xiang Songzuo a dressé un tableau sans concessions de la situation économique du pays, contrastant avec les hyperboles de la propagande. Regrettant le mauvais signal lancé au secteur privé par les références marxistes de Xi Jinping, il a pointé du doigt les chiffres surévalués de la croissance, les risques posés par l’affrontement direct et obstiné avec Washington, la crise boursière marquée par 100 Mds de Yuan (14,51 Mds de $) de défauts sur les obligations des groupes industriels et les nombreuses faillites industrielles dont la valeur approchera 2 Mds de $ en 2018.


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Mais n’ayant fait aucune allusion aux problèmes en cours, le manifeste politique de Xi Jinping a laissé un sentiment d’inquiétude tant il y manquait les clés pour sortir par le haut des embarras.

Ceux des stratégies extérieures où les frottements tectoniques avec les États-Unis dans les échanges commerciaux, en mer de Chine du sud, à Taïwan, à propos de la philosophie générale de gouvernance de la planète, occupent tout l’espace, quand, dans le même temps, les initiatives du régime sous l’épée de Damoclès de la fin de l’armistice fiscal dans 60 jours, tentent sans faiblir d’apaiser les relations avec la Maison Blanche ;

Ceux de la politique intérieure exigeant au moins l’esquisse d’arbitrages pour éclairer la bureaucratie, quand la promotion des grands groupes publics heurte les appels à la privatisation, eux-mêmes brouillés par les références au marxisme, tandis que les discours faisant l’éloge de l’ouverture et de l’innovation sont contredits par le resserrement général des contrôles et de la censure, y compris des statistiques révélant que la croissance est en baisse.

A ce propos, l’alerte lancée par Xiang Songzuo, professeur d’économie à l’Université du Peuple, mérite attention. Citant sans le nommer un institut de recherche chinois pour qui la croissance réelle du pays serait tombée à 1,67% - recoupant nombre de mesures d’observateurs extérieurs pour qui les chiffres officiels sont grossièrement surévalués –, il mettait en garde que, « sans un sérieux approfondissement des réformes de structures, l’économie chinoise serait pour longtemps confrontée à de très douloureuses difficultés. »

Dans ce contexte certains interprètent l’appel récurrent de Xi Jinping à revitaliser les études marxistes par la crainte du régime de perdre l’appui des jeunes générations.

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Il est vrai qu’en Chine les anniversaires officiels ne sont jamais l’occasion de discours de politique générale tels que les attendent les Occidentaux. Depuis plus de 15 ans, le régime s’essaye à ce type d’exercice de vérité lors de la réunion annuelle des assemblées en mars qui, en 2019, coïncidera avec l’échéance de l’armistice fiscal décrété à Buenos Aires.

A ce moment, la direction politique sera confrontée au dilemme d’avoir à composer avec Washington sans donner à son opinion publique échauffée par le nationalisme, le sentiment d’un recul.

Peut-être la proximité de ce rendez-vous ayant le potentiel de mettre à mal les discours de propagande, incite-t-elle nombre d’observateurs, y compris chinois, à exiger d’ores et déjà plus de clarté dans la marche politique du pays.

Tel était, après le discours, l’état d’esprit de Ding Xueliang professeur à l’Université des sciences de Hong Kong : « De tous les anniversaires de la réforme – 20 ans, 25 ans, 35 ans – celui-là fut le moins optimiste. Partout des responsables de haut niveau se sont plaints de n’avoir pas de directives claires pour la suite ».

Voilà donc ce président dont on disait qu’il s’était arrogé tous les pouvoirs empêtré dans une série d’indécisions dont les premières conséquences sont que les réformes de fond semblent patiner, tandis que se perpétuent les anciennes recettes de relance pour soutenir la croissance. Ces blocages renvoient aussi à la persistance des oppositions internes.


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